‹ La vie de Marianne, ou, Les aventures de Mme la comtesse deChapitre 6 sur 40 · OTICE SUR MARIVAUX. IX · texte numérisé non relu

OTICE SUR MARIVAUX. IX

maîtres personne ne peut plus prétendre à la peinture de ces caractères tracés d'une main si ferme. Mais aussi la petite comédie de seconde main, l'esquisse qui vient après le grand tableau, voilà l'œuvre de Marivaux. Telle sera sa tentative ; et certes son œuvre a été complète, sa tentative a réussi. Ces frivoles comédiens de la Comédie-Italienne, encore tout pénétrés de la grâce italienne,encore habitués à l'improvisation de chaque jour, ces comédiennes sans prétention, doux parler, doux sourire, accueillaient avec une joie heureuse les comédies de cet inconnu qui racontait de si bonne grâce celte histoire infinie et si variée des surprises de l'amour. C'est là en effet toute la comédie de Marivaux. Il a voulu montrer, non pas les vices de l'esprit, mais les petits accidents du cœur de l'homme ou, pour mieux dire, du cœur des femmes, dont il connaissait à merveille les grâces, les ruses, les détours, les câlines coquetteries. Il s'est rappelé, et il en a fait son profil, cette charmante comédie du Dépit amourcuc, à laquelle Molière revient toujours, et que Molière lui-même a copiée dans une ode d'Horace. Seulement, les querelles que les amants se font entre eux dans toutes les comédies de ce monde, charmantes et naïves disputes dans lesquelles l'amour trouve si bien son compte, dans la comédie de Marivaux elles se passent, non pas entre les deux amoureux, mais au fond du cœur de celui qui aime. Dans la comédie de Marivaux, Dorante et Sylvie ne se disputent pas à qui aimera le plus et le mieux ; mais Dorante, mais Sylvie agitent en eux-mêmes le grand débat de savoir si en effet ce qu'ils sentent au fond de leur âme, c'est de l'amour ? Marivaux disait de ses comédies, qu'on y apprenait surtout à se méfier encore plus des tours que l'amour se joue à lui-même que des pièges qui lui

X NOTICE SUn MARIVAUX.

sont tendus par des mains étrangères. Ceci appartient ppLil-étre un peu à la métaphysique de la passion ; mais que nous importe, pourvu que la passion se retrouve au fond de ces ingénieux détails ? D'ailleurs, il faut reconnaître qu'on s'intéresse malgré soi à ces inquiétudes de l'amour, à ces transes infinies, à ces terreurs d'un cœur agité sans savoir pourquoi. C'est toujours la même comédie, s'écrie-t-on. Oui, en effet, c'est la même comédie, mais cependant, dans les vingt-huit comédies (tout autant) que Marivaux nous a laissées, si le fond est le même toujours, la hroderie change sans cesse. Marivaux, qui n'a guère écrit qu'une seule préface, car en ceci encore il ne ressemblait pas à ses confrères les auteurs dramatiques, grands écrivains de préfaces, explique très bien comment et pourquoi chacime de ses comédies est un chapitre séparé de lamêmehistoire. «Tan- » tôt, dit-il, il s'agit d'un amour ignoré des deux amants, « tantôt d'un amour qu'ils sentent et qu'ils veulent se n cacher l'un à l'autre : ou bien c'est un amour timide <( qu'ils n'osent se déclarer ; ou encore c'est un amour » incertain et comme indécis, un amour à demi né, » pour ainsi dire, dont ils se doutent sans en être bien » sûrs, et qu'ils épient au dedans d'eux-mêmes avant de » lui laisser prendre l'essor. » Après quoi il ajoute avec » une bonhomie bien spirituelle : « Mais où donc est en h tout ceci cette ressemblance que l'on ne cesse de « m'objecter? »

A cette interpellation de l'auteur, il eût été facile de répondre que cette ressemblance, qu'on lui reproche, consiste justement dans cet amour qui se cache toujours. Que l'amour se cache dans une niche ou dans un antre, dans le cœur ou autour du cœur, circuinprxcordia, la question n'intéresse guère un spectateur inattentif qui

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