LE PARALYTIQUE A L*ÉTA!NG DE BETHSAÏDA
dis que ses ennemis, au contraire, souffraient ordinairement, autour de son enceinte, des ardeurs de la soif.
Un phénomène tout opposé s’était manifesté lors du siège de Jérusalem sous Sanhérib ou Sennachérib , comme nous l’apprend une tradition rapportée par saint Épiphane. À cette époque, l’eau de la source ne coula que pour les Juifs. Aussi la légende des rabbins lui donne une origine merveilleuse, et rapporte qu’elle jaillit à la prière d’Isaïe, pour apaiser sa soif au milieu des souffrances qu’il endurait lorsqu’il fut scié sur l’ordre de l’impie Manassès. Tacite lui-même avait entendu parler de cette source intarissable. (Hist., v , 12.) Dans le sac de Jérusalem, sous Titus, les portiques de la fontaine de Bethsaïda furent détruits comme tout le reste; car les Romains brûlèrent la ville jusqu’à Siloé, comme le raconte Josèphe (de Bello , vi, 7,2). Eusèbe rapporte , dans son Onomasticon, que de son temps on montrait encore deux réservoirs, dont l’un avait un fond rougeâtre ou jaune qui venait probablement du soufre contenu dans la source, combiné avec l’alun, le natron et d’autres minéraux. Le peuple attribuait ce phénomène au sang des victimes qui coulait du temple dans la source , ou encore aux agneaux qu’on y lavait autrefois avant de les immoler aux fêtes de Pâques. Mais le sang des victimes était reçu dans le ruisseau de Cédron , et y arrivait par la source nommée Étam.
Au reste, nous ne devons pas nous étonner que la fontaine de Bethsaïda ait perdu son efficacité merveilleuse depuis la mort du Fils de l’homme. En effet, la terre promise tout entière n’a-t-elle pas changé de face depuis cette époque, et n’a-t-elle pas présenté chaque jour un nouveau signe de cette malédiction divine qui avait autre-
fois frappé Sodome et Gomorrhe? Tertullien appelle déjà de son temps l’attention des Juifs sur ce point. Plus d’une fois, depuis cette époque, le voyageur, passant près du Jourdain, où Notre-Seigneur a été baptisé, a vu sortir du lit de ce fleuve des monstres menaçants. Et l’on sait qu’uu médecin français qui accompagnait Salignac dans son voyage en Palestine, fut dévoré en cet endroit par une bête de cette espèce. Ce désert de sable, qui part des rives de l’Euphrate, approche tous les jours davantage de la terre sainte, et menace déjà de dépasser le Jourdain. Le pays n’est plus aujourd’hui qu’une ombre de ce qu'il était autrefois. Au lieu de ces sources qui y entretenaient l’abondance, et y rendaient la santé aux malades, les habitants de ces contrées n’ont plus que la solitude des déserts et les horreurs de la peste.
Les harpes des filles de Sion sont suspendues aux saules pleureurs. Les toits des maisons de la Judée sont renversés, ses vignobles sont devenus des forêts sauvages, où le sanglier trouve une retraite assurée. Le puits de Jacob est tari, le Kison et le lit du Cédron sont desséchés. Une seule barque de pêcheur vogue aujourd’hui sur cette mer de Galilée où se sont données autrefois des batailles sanglantes. Le voyageur trouve à peine dans toute la contrée une dizaine de sources dont le cours s’étende au delà de cent pas; et l’on n’aperçoit pas un seul village dans la grande plaine de Samarie , depuis Scy topolis jusqu’à Ginée. Jéricho, cette ancienne place de guerre, n’est plus qu’un petit village nommé Kicha, composé de quelques huttes, et entouré d’une plaine immense et inculte, large de quatre lieues. Voilà tout ce qui reste de cette riche cité , célèbre par ses palmiers et par ses jardins embaumés. Là
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où plusieurs millions d’hommes vivaient en paix, végètent tristement aujourd’hui quelques centaines de milliers d’habitants. Le chacal erre au milieu de ces landes désertes, et les loups pénètrent jusque dans la demeure des hommes. Le berger a peine à se défendre sur le Carmel , pendant la nuit, contre la panthère et le léopard. On ne voit plus sur le mont Liban que quelques cèdres épars çà et là. Le tigre a choisi sa tanière sur le mont Thabor, et, caché dans l’herbe avec le serpent, il épie les pas du voyageur. Les hommes eux -mêmes qui ont conquis ce pays sont comme des bêtes sauvages; et c’est ainsi que s'accomplit encore aujourd’hui sous nos yeux la malédiction annoncée autrefois à la terre promise par Moïse au nom du Seigneur. « Les peuples de la terre regarderont et diront : « Pourquoi le Seigneur en a-t-il « agi ainsi avec ce pays? Quelle est donc la cause de cette « colère et de cette fureur? » ( Deuter ., xxix, 21 .)
L’ancien étang de Bethsaïda n’est plus aujourd’hui qu’une espèce de caverne murée et presque vide d’eau , située derrière la montagne du temple , près de la porte de Saint-Étienne. Ce changement de la Palestine depuis la mort de Notre-Seigneur Jésus- Christ est avoué par les Juifs eux-mêmes, qui semblent exagérer encore les avantages et les bénédictions dont ce pays jouissait autrefois. Lorsque le Sauveur parut sur la terre, la terre sainte regorgeait de biens et nageait dans l’abondance. Mais déjà , dans les jours du rabbin Jochanan, qui avait vécu du temps de Notre-Seigneur, la terre avait pris une autre forme : ce sont les expressions du Talmud de Jérusalem. [Sota, cap. xii.)