CHAPITRE XIII
Itetour du Messie en Galilée. — Dispute publique avec les pharisiens et les docteurs de la loi sur la loi et le Talmud.
u Jésus, ayant appris que Jean avait été livré, retourna en u Galilée, après avoir passé environ 40 jours en Judée. Or, « comme ils retournaient chez eux , c’est-à-dire à Caphartt naüm, ils furent entourés d’une si grande multitude u qu’ils ne pouvaient pas même manger. Des pharisiens « et quelques docteurs de la loi qui revenaient de Jéru- « salem, s’assemblèrent aussi autour de lui. Et comme ils « virent quelques-uns de ses disciples manger sans s’être u lavé les mains, ils les blâmèrent. Car les pharisiens et « tous les Juifs sont très -attachés aux traditions orales
KETOUH DU MESSIE EN GAULEE.
« des anciens, iis ne mangent point sans s’être lavé sou- « vent les mains. Et lorsqu’ils reviennent du marché à la « maison ils ne mangent point avant de s’être lavés. Et il « y a encore beaucoup d’autres choses qu’ils observent « avec soin , comme de purifier les coupes dont on se sert « pour boire, les vases de terre ou d’airain et les lits. Les « pharisiens et les docteurs de la loi le questionnèrent donc « et lui dirent : Pourquoi vos disciples transgressent -ils la « tradition des anciens, et mangent -iis le pain avant de « s’être lavé les mains ? »
Les disciples des pharisiens, de concert avec ceux de Jean, avaient autrefois reproché à Jésus et aux siens de ne pas faire beaucoup de jeûnes. Ce qu’ils leur reprochent maintenant c’est de manger sans s’être lavé les mains. Les Juifs avaient et ont encore coutume aujourd’hui de se mouiller le bout des doigts avant et après le repas. Cet usage leur était commun avec les anciens Grecs; et on le retrouve encore de nos jours chez les Orientaux. Notre - Seigneur en négligeant cette pratique ne prétendait point la blâmer en ellemême; mais il voulait seulement condamner le sens superstitieux que les Juifs y attachaient. En effet , c’était pour ces hommes extérieurs et charnels un principe inviolable que tout Israélite, ne voulût -il manger qu’un morceau de pain, devait se laver les mains en les tenant en haut si c’était avant le repas, et en les tenant en bas si c’était après, sans aller jamais au delà du poignet. Mais dans les repas des sacrifices on devait, au contraire, plonger les mains. 11 n’était jamais permis d’omettre cette pratique , fallût- il faire quatre milles de chemin pour trouver de l’eau. Bien plus, le traité intitulé Schylchan-Aruc, d’une époque plus rapprochée de nous, ne contient pas moins de
vingt-six prescriptions qui concernent la manière de se laver les mains le matin.
Que l’on se représente ce cérémonial absurde, pratiqué par tout un peuple façonné dès l'enfance à ces usages, et l’on comprendra jusqu’à quel point les Juifs contemporains de Notre -Seigneur, perdus dans un formalisme vide et étroit, étaient inaccessibles à toute idée un peu élevée. Celui qui omettait ces ablutions, prescrites par la coutume, et qui mangeait un seul morceau avant de s’être lavé, était aux veux des Juifs semblable à un adultère ; et celui qui ne se lavait pas les mains après le repas était, disaient -ils, aussi coupable qu’un meurtrier, et méritait d’être enlevé de dessus cette terre. Mais celui qui observait avec soin ces prescriptions pouvait , croyaientils, se regarder comme assuré du salut éternel et d’une place au banquet du royaume de Dieu. Les pharisiens s’étaient même attribué depuis quelque temps le nom de styaratistes , parce qu’ils s’éloignaient du commerce des autres hommes, dans la crainte de contracter quelque souillure corporelle. Ainsi, le préjugé que Jésus voulait combattre ici était tel, qu’il avait fourni le nom d’une secte particulière. Ces règles toutefois sur les ablutions religieuses n’étaient en vigueur que depuis Hillel et Schammée.
Les rabbins aggravaient encore ces exigences par cette proposition impie , à laquelle Jésus fait allusion plus haut, et que nous lisons encore dans le Talmud : « Les paroles u des savants dans l’Écriture l’emportent sur celles de la « loi et sur celles des prophètes. Celui qui s’occupe de « l’Écriture, lit-on dans le traité Bava-Metzia, fait quel- « que chose d’indifférent. Celui qui s’occupe avec la Mis-