‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 203 sur 589 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le Christ en extase. — Sa mère et ses frères.

Cette femme avait parlé ainsi parce qu’elle avait aperçu la mère de Jésus qui approchait. En effet, « les siens en- « tendant ces choses, » c’est-à-dire les blasphèmes des pharisiens contre lui, « vinrent pour l’arrêter; car ils disaient: 11 est hors de lui. » (Marc, m, 21.) Le Christ hors de lui! Et ce sont les siens qui parlent ainsi! Comment faut- il donc entendre leurs paroles? 11 s’agit ici certainement d’un état d’extase, où l’àme , arrachée à la vie des sens, est transportée dans une sphère plus élevée. Mais , de même que l’âme est le lien qui unit la partie inférieure et la partie supérieure, l’esprit et le corps, ainsi il existe un double rapport entre cette région intermédiaire et le ciel ou le bien, d’un côté , et l’enfer ou le mal, de l’autre. Il y a une exlase naturelle ou tellurique.

C’est ce sommeil magnétique qui s’emparait de la pythie à Delphes sur son trépied , lorsque , enivrée par la fumée qui montait des profondeurs de la grotte , elle était soustraite en quelque sorte aux conditions de la matière, de l’espace et du temps , et apercevait, comme dans le centre des choses, les objets les plus éloignés aussi bien que les plus proches. C’est cette excitation dangereuse de l’esprit de la terre, qui, dans son développement, peut aller jusqu’à la possession satanique, que les pharisiens désignaient sous cette expression : Avoir Beelzebul. Aussi le paganisme était dans son fond le plus intime l'œuvre du démon. Et les apôtres et tous les prédicateurs de la foi l’ont toujours considéré et combattu comme la religion de Satan , ou le pacte avec le Dieu de ce monde.

Mais il y a aussi une possession céleste et divine ; et celle-ci existait hypostatiquement dans la personne du Sauveur. En lui, en effet, l’humanité était personnellement unie avec le Verbe. Est-il donc étonnant que chez lui, de temps en temps, la nature humaine, dominée et absorbée, pour ainsi dire, par la nature divine , fût transportée par un saint ravissement jusqu’au trône de la majesté divine , là où le Père parle avec la sagesse éternelle des mystères inaccessibles à tout esprit créé, et dans lesquels, selon l’expression du Psalmiste, « les anges eux- « mêmes désirent en vain plonger le regard? » Est -il étonnant que nous rencontrions parfois l’extase dans la vie de Celui en qui la nature humaine était, par l’incarnation, unie dans une extase continuelle à la nature divine? de Celui qui est notre médiateur éternel , le principe et le centre de toute extase, chrétienne. L’extase était en lui comme naturelle; et la manifestation de cet état

Page 1