CHAPITRE VI
Du levain des pharisiens.
« Il les laissa; et, s’éloignant, il monta de nouveau « dans une barque, et alla plus loin. Or ses disciples « avaient oublié de prendre du pain, et n’avaient plus « qu’un seul pain avec eux dans la barque. Jésus les ayant « avertis en disant: Faites attention, et gardez-vous du « levain des pharisiens et des sadducéens, et du levain « d’Hérode, c’est-à-dire de leur hypocrisie, ils pen- « sèrent, et se dirent les uns aux autres : C’est que nous « n’avons point pris de pain avec nous. Car les pains qu’il « avait multipliés n’avaient pas ouvert leur intelligence.
« parce que leur cœur était entièrement aveuglé. Mais « Jésus, l’ayant remarqué, leur dit : Hommes de peu « d’intelligence! pourquoi vous inquiétez-vous parce que « vous n’avez point apporté de pain? Comprenez- vous « donc si peu encore? Avez -vous toujours le cœur aussi « aveuglé? Vous avez donc des yeux, et vous ne voyez « point? Vous avez des oreilles , et vous n’entendez point? « Ne vous souvenez -vous donc plus des cinq pains qui « ont nourri cinq mille hommes, ou des sept pains qui « en ont nourri quatre mille? Avez -vous oublié combien « de corbeilles vous avez remplies du reste de ces pains? « Ils répondirent : Douze. Il leur dit alors : Ne voyez- « vous pas encore que je ne pensais point au pain lorsque « je vous ai dit : Gardez-vous du levain des pharisiens « et des sadducéens? Ils commencèrpnt dès lors à s’aper- « cevoir qu’il ne leur avait pas dit de se garder du levain « du pain , mais de la doctrine des pharisiens et des sad- « ducéens. »
Au soir du quatorze nizan , il ne devait plus y avoir de levain dans les maisons des Juifs , qui pendant les huit jours suivants ne mangeaient que du pain non fermenté. Cette époque approchait au moment où Jésus adressait ces paroles à ses disciples; et c’est pour cela que ceux-ci crurent devoir les prendre à la lettre. Ils regrettaient de n’avoir pas pris avec eux quelques-uns des pains qui étaient restés lorsqu’il avait nourri miraculeusement la multitude, parce qu’ils ne venaient point de ce levain impur des pharisiens dont ils croyaient qu’il voulait parler. Leur esprit ne pouvait s’élever jusqu’à comprendre le sens élevé du miracle qu'il avait fait et de l’image dont il se servait en leur parlant, quoique dans l’une des sept