LA FEMME ADULTÈRE
l’on appelait le jour de la joie de la loi, ou la fête de la loi : c’était donc pour les pharisiens une occasion de montrer leur zèle pour la loi. D’après celle ci, toute fiancée surprise en adultère devait être lapidée. Si c’était la fille d’un prêtre, elle était brûlée; et si c’était une femme mariée , elle était pendue. Il est donc probable que la femme dont il est question ici était seulement fiancée. « Mais « Jésus se baissant écrivait avec son doigt sur la terre. « Comme ils le pressaient de répondre , il se releva et « leur dit : Que celui d’entre vous qui est sans péché lui « jette la première pierre. Puis, se baissant de nouveau, « il continua d’écrire sur la terre. A ces paroles ils se re- « tirèrent l’un après l’autre, à commencer par les vieil- « lards jusqu’aux plus jeunes, et ils laissèrent Jésus seul « avec la femme qui était au milieu. Jésus, se relevant et « ne voyant personne que la femme seule, il lui dit : a Femme, où sont vos accusateurs? Personne ne vous et a-t-il condamnée? Elle lui répondit: Non, Seigneur. « Alors Jésus lui dit : Je ne vous condamnerai pas non « plus : allez-vous-en , et ne péchez plus. »
Cette femme était une image de l’état moral du peuple d’Israël. Trois femmes adultères nous apparaissent dans la vie du Christ : une Galiléenne , une Samaritaine et une Juive ; et chacune d’elles représente le pays qu’elle habite. La première fut amenée aux pieds du Sauveur par le repentir. C’est lui qui fit les premières avances à la Samaritaine, et qui la fit rentrer en elle-même , en lui touchant le cœur. Quant à la troisième, dont il est ici question , et que lui amenèrent les pharisiens, il exerça sur elle d’une manière symbolique le jugement de Dieu. On sait en effet que, lorsqu’une femme était accusée d’adultère, on
no LA VIE DE N. - S. JÉSUS-CHRIST.
la menait devant le prêtre. Celui - ci prenait dans le portique des femmes de la poussière du pavé du temple; puis, après avoir écrit dans un livre les malédictions sur son péché, il lui donnait de l’eau maudite mêlée avec cette poussière, et répétait une fois encore la malédiction. Si l’accusée était vraiment coupable , ses lèvres, après qu’elle avqit bu ce breuvage, pâlissaient, ses yeux enflaient, et ses flancs tombaient en putréfaction. Bien plus, â ce moment même, son complice mourait comme elle, quelque éloigné qu’il fût. Cependant, lorsque son mari s'était rendu lui-même coupable d’adultère, ne fut-ce qu’une seule fois , ce breuvage perdait son efficacité. Aussi, le Seigneur reproche aux pharisiens de demander la mort de cette femme , et d’attendre l’effet du jugement de Dieu, lorsqu’ils savent bien dans leur conscience qu’ils sont coupables du même crime. Et c’est pour cela qu’il les appelle une race adultère.
Au reste, le libertinage des docteurs de la loi était un des caractères qui devaient marquer l’époque du Messie; et il y avait parmi les Juifs une sorte de prophétie qui annonçait que , lorsque l’école se livrerait aux voluptés de la chair, le Messie paraîtrait bientôt. Cette femme n’avait pas été surprise tout à fait en flagrant délit, sans quoi Jésus
n’aurait pu agir ainsi avec elle; car l’épreuve de l’eau
amère n’avait lieu que lorsqu’il y avait doute. Les pharisiens, en lui demandant son avis, espéraient qu’il se mettrait en contradiction avec la lettre de la loi s’il donnait un avis favorable à l’accusée , ou qu’il se compromettrait dans l’esprit du peuple s’il jugeait d’après toute la rigueur de la loi. Mais sa réponse les confondit; et ils se retirèrent sans attendre qu’il leur en dît davantage. Les adul-