CHAPITRE II
L’aveugle mendiant. Jésus-Christ
vient à Jéricho.
Pendant qu’ils descendaient la valide d’Achor ou de l’Affliction , ils furent rejoints par les caravanes qui arrivaient des bourgs , des villes et des montagnes de la Galilée pour aller à la fête. Beaucoup ayant reconnu Jésus se réunirent à lui, et lui formèrent ainsi une nombreuse escorte. « Et comme il approchait de Jéricho avec ses dis- « cipies, il se trouva qu’il y avait là sur le chemin un « aveugle nommé Bartimée , qui mendiait. Entendant a passer la foule du peuple, il demanda ce que cela sia gniûait, et on lui dit que c'était Jésus de Nazareth qui w passait. 11 se mit à crier bien haut : Seigneur, fils de a David, ayez pitié de moi. Et comme ceux qui passaient « voulaient lui imposer silence, il se mit à crier encore « plus haut: Ayez pitié de moi. Jésus alors s'arrêta, et t* ordonna de le lui amener. On annonça cette nouvelle u à l’aveugle en lui disant: Ayez bon espoir, et leveztt vous; il vous demande. 11 jeta son manteau, sauta et u vint à lui. Jésus lui dit : Que veux-tu que je te fasse? Il u dit: Maître, que mes yeux soient ouverts. Jésus eut a pitié de lui, toucha ses yeux , et lui dit : Vois , ta foi fa « sauvé; et aussitôt il vit, loua Dieu, et le suivit dans « le chemin. Et tout le peuple qui vit cela rendit grâces « à Dieu, plein de joie. »
a Jésus vint à Jéricho , où la route le conduisait. » Jéricho, la ville des parfums, était, après Jérusalem, le lieu le plus considérable de la Judée. C’était la capitale de
la tribu de Benjamin; et elle avait vingt stades de circonférence. Elle avait été autrefois la place d’armes des Chananéens, et elle était encore entourée de fortifications. Pompée, il est vrai, avait détruit dernièrement les deux forts de Thrax et de Tau rus , comme les appelle Strabon, qui étaient à l’entrée de la ville; mais elle avait encore l’ancienne citadelle nommée Dagon, construite par Simon Machabée, qui y avait été tué avec ses deux fils, et le nouveau fort de Cypros, que le roi Hérode venait de. faire bâtir. Puis au-dessus de ces forts s'élevaient les mon-, tagnes, qui formaient un vaste amphithéâtre autour de la vallée délicieuse au milieu de laquelle était Jéricho. Nulle part on ne respirait un air plus pur. Des sources abon^ dantes, dont les eaux, distribuées avec art par des canaux infinis, portaient partout la fécondité et la vie, faisaient de ce lieu le paradis de la Judée. C’est là aussi qu’Archélaiis avait fait planter ce bois de palmiers célèbre dans le monde entier. Là croissaient le figuier et l’arbuste qui fournit le baume; le palmier qui donne le miel, et presque toutes les autres productions des climat» les plus chauds; la canne à sucre, l'indigo, etc. C'est que la plaine du Jourdain, près de Jéricho, avec le lac Asphaîtite, était, par un phénomène singulier de la nature , située à six cents pieds au-dessous du niveau de la Méditerranée, ce qui donnait au pays le même climat que celui de la basse Égypte. C’est dans le bassin de Jéricho que croissait le produit le plus précieux de la Judée et la source principale de son commerce, le baume. Les anciens auteurs, Théophraste, Diodore de Sicile, Strabon, Pline, etc., en vantent la perfection. Les Égyptiens et les Arabes eux-mêmes avaient, au rapport de Strabon et de Tacite, des comptoirs