LE PAUVRE LAZARE ET LE RICHE VOLUPTUEUX. 2(H
« Il dit alors au vigneron : Voilà déjà trois ans que je « viens chercher des fruits sur ce figuier, et que je n’en <* trouve point; arrachez -le donc; car pourquoi doit- il « occuper inutilement le sol? Mais le vigneron répondit : « Maître , laissez-le encore debout cette année, jusqu’à ce a que je creuse la terre autour et que j’y mette du fumier, u Peut-être qu’il peut encore porter du fruit; sinon, vous « pourrez l’arracher entièrement. » Ces trois ans sont précisément le temps pendant lequel Notre-Seigneur avait cherché à rassembler les brebis d’Israël. Mais l’heure de la vengeance était arrivée , et l’arbre allait être bientôt déraciné. Ainsi , non-seulement cette parabole embrassait dans sa signification vaste et profonde l’histoire présente et celle qui devait se dérouler dans un avenir prochain ; mais elle est en même temps comme un hiéroglyphe pour Phistoire de l’humanité tout entière. L’antiquité aimait, en général , à déposer sa sagesse pratique dans des paraboles ; et toutes les langues des peuples reposent à l’origine sur des symboles. Ce n’est que plus tard que, leur signification s’étant perdue, les images ont été remplacées par des abstractions.
CHÀPITB E XI
Le pauvre Lazare et le riche voluptueux.
Les Juifs avaient écouté avec indifférence la parabole où Notre-Seigneur avait tracé l’esquisse des événements que leur préparait la vengeance divine. 11 voulut donc leur rendre plus sensible encore le sort qui les attendait
par une autre parabole, où il représente les chefs qui les gouvernaient alors comme jetés dans les feux de l'enfer et parlant du fond de ces abîmes. Il leur proposa donc cette parabole en présence des princes des prêtres , des docteurs de la loi et des anciens. « Il y avait un homme qui « s’habillait de pourpre et de lin précieux , et qui passait « tous ses jours dans l’abondance et l’éclat. Mais il y cc avait en même temps un pauvre nommé Lazare, qui « était couché devant sa porte, tout plein d’ulcères, et « qui se serait volontiers rassassié des miettes qui tom- « baient de la table du riche ; mais personne ne les lui « donnait. Seulement les chiens venaient et léchaient ses « ulcères. Or il arriva que le pauvre mourut, et fut porté « par les anges dans le sein d’ Abraham. Le riche mourut « aussi, et fut enseveli en enfer. Lorsqu’il se trouva dans a les tourments et qu’il leva les yeux, il vit dans le loinci tain Abraham, et Lazare dans son sein. 11 cria alors :
« Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez -moi « Lazare, afin qu’il trempe le bout de ses doitgs dans a l’eau , et qu’il rafraîchisse ma bouche , car je souffre « horriblement dans cette tlamme. Mais Abraham lui « dit : Mon fils, souviens-toi que tu as joui de ton bien « pendant ta vie , et que Lazare n’a eu dans la sienne a que des maux. Maintenant celui-ci est soulagé, tandis <t que tu es dans les tourments. De plus il y a entre vous u et nous un si grand abîme que, quand meme ils le vou- « draient, ni ceux d’ici ne pourraient passer vers vous, a ni ceux de votre côté ne pourraient venir à nous. Le u riche lui dit alors : Je vous supplie donc, père, de u l’envoyer dans la maison de mon père, où j’ai encore a cinq frères, afin qu’il les avertisse, et qu’ils ne vien-