QUESTION SUR L’IMMORTALITÉ DE L’AME
stoïciens et les épicuriens ; ainsi, dans le judaïsme, les pharisiens et les saddueéens représentaient les deux directions principales qui partageaient alors la nation. C’est pour cela qu’il n’est presque question que d’eux dans l’Évangile. Si les pharisiens, par un respect outré de la loi, en multipliaient outre mesure les pratiques, les saddueéens, au contraire, faisaient peu de cas des traditions, et même des vérités positives de la foi. Leur principe fondamental était que ce qui n’est pas dans la loi n’est pas vrai, et que ce qui n’est pas défendu est permis. Ils ne faisaient nulle attention aux impuretés légales, rejetaient, à cause de cela, le sacrifice de la vache rouge et beaucoup d’autres pratiques.
La cour, déjà du temps des asmonéens, penchait naturellement du coté des saddueéens, qui étaient les rationalistes et les absolutistes de leur temps. Jean Hyrcan et Alexandre Jannée furent même deux fois sur le point d’anéantir entièrement les pharisiens, comme le fit plus tard Hérodc; mais ils se relevèrent sous la reine Alexandra. La guerre qui s’éleva plus tard entre les deux frères Hyrcan et Aristobule fut en même temps la lutte de ces deux sectes, et amena enfin la ruine de la famille des asmonéens. Le général romain Gabinius en prit occasion de dissoudre le grand conseil. Il établit cinq tribunaux supérieurs à sa place; mais César le rétablit ensuite. Dans le sanhédrin, les saddueéens savaient céder quand il le fallait à leurs adversaires, qui étaient bien plus considérés qu'eux parmi le peuple, et qui pouvaient même, à cause de cela, devenir redoutables à ceux qui avaient la puissance; tandis que les saddueéens comptaient surtout des partisans parmi les grands et les riches. Ces derniers
néanmoins prirent vers cette époque la haute main dans les affaires, comme nous le verrons bientôt lors de la condamnation du Sauveur. Il y avait, au reste, parmi les Juifs, une prophétie qui disait que le Messie viendrait lorsque tout serait plein de sadducéens ou de libres penseurs. Or ce temps était arrivé.
Ces philosophes athées, qui niaient la Providence, P existence des esprits et la résurrection, qui méprisaient les œuvres de la loi et se prétendaient justes par euxmêmes, viennent aussi, à leur tour, tenter Jésus -Christ par une question insidieuse : « Maître, dirent -ils. Moïse « a prescrit que, si quelqu’un meurt sans laisser de fils, « son frère doit épouser sa veuve, et susciter ainsi des « enfants à son frère défunt. Or il y avait parmi nous « sept frères, dont le premier, s'étant marié, mourut; c< et comme il n’avait point d'enfants, il laissa sa femme a à son frère. Le second, l’ayant épousée, mourut aussi « sans postérité; la même chose arriva au troisième, et a tous les sept ont épousé la même femme et sont morts « sans avoir d’enfants. Enfin cette femme est morte aussi « après eux tous. Auquel d’entre eux appartiendra-t-elle u après la résurrection, puisque tous l’ont eue pour u femme? » Les Juifs s’imaginaient que Dieu créerait de nouveau le corps humain avec une côte lors de la résurrection, et que tous les hommes, dans la vie future, mangeraient, boiraient, se marieraient comme ici -bas. Le Talmud lui-même enseigne de la manière la plus formelle cette opinion superstitieuse. Aussi le Sohar, traitant la question proposée par les sadducéens à Notre-Seigneur, décide que la femme appartient là -haut à son premier mari. Le Talmud enseigne, au contraire, que les bons
QUESTION SUR l’iMMORTAUTK DK L*ÀME.
seuls ressusciteront, et que ceux, entre autres , qui auront nid la divinité des Écritures et la vie éternelle ne participeront point à la résurrection du Messie. C’est par opposition aux pharisiens, et pour les embarrasser, que les sadducéens mettaient en avant l’histoire de cette femme et de ses sept maris. Au reste, l’obligation pour le frère d’un défunt d’épouser sa veuve était autrefois commune à presque tous les peuples. Nous la trouvons, en effet, dans les lois de Menu chez les Indiens, chez les Perses, et, d’après Diodore, chez les Italiotes. Cette règle existe encore aujourd’hui à Siam et au Pégu, chez les Afghans, les Tatares et les Tscherkesses, de même que chez les Gallas en Éthiopie , où elle existe sans interruption depuis la plus haute antiquité.
« Mais Jésus leur répondit : Vous êtes dans l’erreur, ne « comprenant ni l’Écriture ni la puissance de Dieu; car a les enfants de ce monde se marient; mais après la « résurrection on ne se marie plus. Ceux qui sont deve- * nus dignes de participer à cette vie et à la résurrection u des morts ne se marieront plus et n’épouseront plus a de femmes; iis ne mourront plus aussi; mais ils seront « comme les anges et les enfants de Dieu dans le ciel, « parce qu’ils sont les enfants de la résurrection. Moïse « prouve clairement que les morts ressuscitent, si vous « avez bien lu ce que Dieu lui dit près du buisson, à « savoir: Je suis le Dieu d’ Abraham, le Dieu d’Isaac et « le Dieu de Jacob. Or Dieu n’est point le Dieu des morts, « mais des vivants. Vous êtes donc dans l’erreur, car « tous sont vivants devant lui. Le peuple, entendant ceci, « admirait sa doctrine. » Nous pouvons remarquer ici que Notre -Seigneur, répondant aux .sadducéens, ne leur
cite que les livres de Moïse, parce que c'étaient les seuls qu’ils reconnaissaient comme divins, tandis qu’il agit tout autrement avec les pharisiens, qui admettaient les vingtdeux livres de l’Ancien Testament. Dans sa réponse il enseigne non - seulement l’immortalité de l’âme, mais encore le commerce des esprits avec nous, ou l'intercession des saints. Car les Juifs aussi s’adressaient souvent dans leurs prières à Abraham , leur père , et priaient Dieu au nom, c’est-à-dire par l’intercession des patriarches.