‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 376 sur 589 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Le Christ devant Pilate.

« Tous ces hommes se levèrent donc en foule , et ils « lièrent Jésus , le conduisirent de très-bon matin de chez « Caïphe au tribunal, et le livrèrent au gouverneur <( Ponce-Pilate. Mais, pour eux , ils n’entrèrent point dans « le prétoire, de peur de se souiller, et de ne pouvoir « manger l’agneau pascal. » C’était un spectacle inaccoutumé que de voir si matin le grand conseil tout entier assemblé devant le palais du gouverneur, et demandant avec instance la condamnation d’un prisonnier. Jusqu’ici ils ne s’étaient guère adressés à la justice du préteur que pour

demander la délivrance d’un criminel. Caïphe semble avoir élé dans de très-bons termes avec Pilate, puisqu'il garda le souverain pontificat pendant tout le temps que celui-ci fut gouverneur de Judée, au lieu que son prédécesseur, Valérius Gratus, avait à lui seul déposé quatre pontifes. Pilate avait probablement été instruit la veille qu’on lui amènerait un prisonnier de distinction, et avait permis au grand prêtre de prendre un détachement de la cohorte romaine qui gardait le château.

« Jésus parut donc devant le gouverneur. Pilate, s'a- « dressant à eux, leur dit : Quelle plainte apportez-vous « contre cet homme? Ils se mirent alors à l’accuser en « disant : Nous avons des preuves que cet homme séduit « notre peuple, et l’empêche de payer l’impôt à César en « se donnant pour roi et pour le Christ. Si ce n’était pas « un malfaiteur, nous ne vous l’aurions pas livré. Et les « princes des prêtres portaient contre lui beaucoup de « plaintes de cette sorte. » Soit qu’il ne voulût point se mêler de cette affaire, la jugeant plutôt religieuse que politique; soit qu’il fût blessé de ce qu’on avait condamné cet homme sans qu’il eût pris connaissance des crimes qu’on lui imputait, « Pilate répondit : Eh bien! prcnez-le « et jugez -le d’après votre loi. Les Juifs lui dirent alors : « Il ne nous est pas permis de faire mourir qui que ce a soit. » C’était donc bien la peine de mort qu’ils demandaient contre Jésus.

Le grand conseil pouvait encore, il est vrai, prononcer cette peine dans les affaires purement ecclésiastiques; et Pilate leur reconnaît ici ce droit, qu’ils exercèrent longtemps encore. Titus lui-même leur accorda celui de condamner à mort non-seulement les Juifs, mais encore les

Page 1