‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 385 sur 589 · CHAPITRE XLY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLY

Son^c de la femme de Pilate.

a Pendant que Pilate siégeait sur son tribunal , sa « femme lui envoya dire : Ne vous mêlez point de ce qui « concerne ce juste ; car j’ai été aujourd'hui étrangement « tourmentée en songe à cause de lui. » D’après le témoignage de la tradition , la femme de Pilate s'appelait Claudia Procula. 11 est probable qu’elle était affranchie de la famille Claudia, d’oii l’empereur Tibère était issu, et que c’est * à cette circonstance qu’elle devait son premier nom. C’est peut-être elle aussi qui, par son alliance avec cette puissante famille , avait poussé son mari, et lui avait obtenu la place importante de préteur, de même que plus tard Félix fut nommé gouverneur parce qu’il était affranchi de l’empereur Claude. La famille des Pontius avait pris

LA VIE DE If. -S. JESUS-CHRIST.

peut-être le nom de Pilatus de Parme romaine nommée

pila, javelot. Ce qu'il y a de cerlain c’est que Virgile et

Martial emploient ce mot comme adjectif. Claudia eut un songe. Le paganisme tout entier vivait comme dans un monde de songes et d’illusions, et les païens se laissaient diriger, dans leurs actions les plus importantes, par des présages et des visions de cette sorte. Dans le sommeil, les deux mondes, celui de la réalité et le monde des illusions, se réflètent l’un dans l’autre. Mais ici, dans cette

nuit mémorable de la Passion du Sauveur, l’événenjent qui allait s’accomplir se présente dans son affreuse réalité à l’imagination de la femme de Pilate. El de même que Calpurnia, avertie par un pressentiment mystérieux, voulut empêcher Jules César de se rendre au sénat le jour où il devait y être assassiné, ainsi Procuîa veut épargner à soa mari une démarche inconsidérée.

L’Évangile de INicodème (chap. 11) rapporte queProcula était prosélyte de la porte; ce qui était à cette époque si fréquent parmi les dames romaines, que le sénat romain crut devoir employer des mesures de rigueur pour l'empêcher. Mais comment avait-elle pu accompagner son mari en Palestine? L'empefeur Auguste avait confirmé l’ancienne loi Oppia, qui défendait à tous les hommes d’Éfat, de même qu’aux ambassadeurs, d’emmener leurs femmes avec eux dans les provinces qui leur étaient confiées, permettant seulement à celles-ci d’y faire un voyage de peu de durée pendant les mois d’hiver. Cependant, lorsque , sous Tibère , le sénateur Sévérus Cécinna voulut faire renouveler cette loi, il trouva une opposition violente, si bien que sa proposition fut rejetée. Il fut convenu seulement que, par un sénatus - consulte , les gouverneurs

LA FLAGELLATION

seraient rendu» responsables de toutes les intrigues de leurs femmes, parce que celles-ci commençaient déjà à prendre de l’influence et à faire valoir leur protection. Le sénat s’en inquiétait d’autant plus, que bien souvent les femmes des préteurs obtenaient de leur mari qu’ils traitassent avec plus de ménagement les provinces qu’ils venaient gouverner. Ainsi, par exemple, lorsqu’au temps de la persécution des Juifs, sous Gamaliel le Jeune, deux frères, Julien et Pappus, furent mis à mort par les Romains pour avoir refusé, à l’exemple des Machabées, de violer la loi, le rabbin Josué, tils de Schemua, se rendit à Césarée à Ja tète d’une députation , et s’adressa à une dame considérable de la ville pour réclamer sa protection. « O Ciel! lui dit-il, ne sommes- nous donc pas les enfants « d’un même père et d’une même mère? Pourquoi « devons- nous donc être traités plus mal que les autres t< peuples, et gémir sous le joug de lois si terribles? » Ces paroles produisirent leur effet; et, sur la recommandation de cette Romaine, l’édit de persécution lancé par Trajan fut révoqué. Pilate amena donc avec lui sa femme en Judée, comme Germanicus avait amené Agrippine en Allemagne, et comme le gouverneur Pison avait amené la sienne en Syrie. Et Procula intercéda aussi pour le Sauveur*

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