CHAPITRE X
Incendie des livres généalogiques des Juifs.
L’apparition des mages de l’Orient releva le courage de la sainte famille ; ils admirèrent les merveilleuses dispo-
sitionsde la Providence, els’en réjouirent; et les présents des mages les aidèrent à vivre pendant quelque temps. Le recensement des tribus de Bethléhem commença, et les noms de la sainte famille furent inscrits aussi sur les registres romains qu’invoquent Tertullien et Chrysoslome. Mais Hérode roulait bien d’autres pensées dans son esprit, comme nous l’apprend Jules Africain, qui, né à Emmaüs, en Palestine, vivait au commencement du 111e siècle. Ce prince non -seulement n’était point issu d’une uncienue et noble famille, mais il n'était pas même Juif de naissance; et l’on disait que son père ou son aïeul était tils d’un homme d’Ascalon qui servait dans le temple, et qui, dans le pillage du sanctuaire, avait été emmené par des brigands iduméens. Pour venger son amour-propre humilié par une aussi basse origine, et profitant de l’occasion que lui donnait le recensement ordonné par l’empereur, il conçut le projet de faire enlever et brûler dans le temple, avec les archives, toutes les anciennes généalogies et tous les diplômes de famille du peuple juif, documents qui étaient à la fois pour celui-ci un objet d'orgueil et d’espérance, et qu’ils devaient présenter en celle conjoncture pour constater leur origine. Cette mesure odieuse a été prise au reste plus d'une fois par des usurpateurs ou des tyrans qui voulaient effacer ainsi tous les souvenirs historiques d’une nation, détruire d’un seul coup tous les droits, tous les titres de noblesse, et toutes les prétentions au trône, pour établir une égalité générale. Quelques familles, cependant, grâce à la fidélité de leurs souvenirs, et par le secours de quelques documents arrachés à la destruction, parvinrent à refaire leurs généalogies; et parmi ces familles il s’en trouva plusieurs de la race de David,
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qui, plus tard , à cause de leur parenté avec le Sauveur, prirent le nom de desposynoi, ou les amis du Seigneur. Jules Africain en avait connu personnellement plusieurs, qui lui avaient raconté ces choses. C’est l’historien Josèphc qui nous a conservé le fragment où Jules raconte ce fait, attesté d’un autre côté par le patriarche d’Alexandrie Saïdus Patricides.
Quel sens profond l’on découvre dans cette action d’Hérode, juste au moment où le Messie paraît ! Les généalogies avaient atteint leur but, qui était de prouver que le Messie était de la race de David, et que, par conséquent, les promesses divines étaient accomplies. Or c’est ce que nous démontrent saint Matthieu et saint Luc, qui nous ont laissé la généalogie du Sauveur. Ce but une fois atteint, le reste devenait inutile et pouvait, sans inconvénient, être détruit par le feu. Les Juifs cherchèrent, il est vrai, plus tard, à rétablir leurs généalogies; et ce fut souvent parmi les premières communautés chrétiennes de la Judée, au temps des apôtres, un sujet de dissension, comme on peut le voir dans la première Épitre de Timothée, ch. i, vers. 4; ch. iv, vers. 7, et dans l’Épitre à Lite, ch. i, vers. 14; ch. ni, vers. 9, comme aussi dans l’Épitre de saint Ignace aux Magnésiens. Mais enfin, convaincus par l'impossibilité de réussir dans cette entreprise, ils ont laissé à leur futur Messie le soin de remettre en ordre leurs généalogies perdues.
l.A VIE DE N. -S. JESUS-CIIMST.