CHAPITRE VII
Èntréo dt* Jésus à Jérusalem, 9 iiisan ou 10 avril.
La multitude du peuple , qui était venue pour la fête ^ U ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, ils prirent des branches de palmiers , sortirent à sa rencontre ; et , « comme il approchait de la descente du mont des Oli- « viers, toute la foule se mit à pousser des cris de joie , en c( disant : Hosanna au fils de David ; béni celui qui vient « au nom du Seigneur, le roi d’Israclî La plupart élenw daient leurs habits sur la route; d’autres coupaient des branche? d’arbres, et les Jetaient devant lui sur le
LA VIK DE .N.-ÿ. JKSL'îs-CHRIM .
« chemin; et tous ensemble, tant ceux qui allaient de-
« vaut lui que ceux qui le suivaient, criaient et repé- « taient : Hosanna au haut des cieux î Béni Celui qui vient « au nom du Seigneur! Béni le royaume de David, notre « père, qui nous arrive maintenant. » Telle fut la procession solennelle qui descendit avec le Sauveur le mont des Oliviers, et dont les processions qui se font dans nos
églises ne sont que le souvenir et l’image. 11 y avait près du ruisseau de Cédron beaucoup de saules. Il est donc probable que ce furent des branches de saule et d’olivier que le peuple coupa pour faire cortège au Sauveur.
. « Mais ses disciples ne pensaient point à ce qui avait K été écrit de lui, à savoir : Ne crains point, fille de « Sion; voici que ton roi vient assis sur un ânon. Ce ne « fut qù’après qu’il eut été glorifié qu’ils comprirent « qu’ils avaient accompli en lui cette parole. » On lit dans les auteurs juifs que, lorsque Moïse revint de chez l'haraon vers son peuple, il fut reçu au milieu des chants et des fanfares, et que les Hébreux jetaient leurs habits devant lui sur la route, en criant : Vive notre roi! C’élait ainsi, au reste, que l'on recevait en général les rois en Orient. Hérodote raconte que Xerxcs fut reçu de celte
manière lorsqu’il traversa l’Hellespont et qu’il entra en Europe. Lorsque Simon Machabée eut conquis la citadelle de Jérusalem, il fit son entrée au milieu du chant des hymnes, du son des cymbales, et précédé de la foule, qui portait des branches de palmiers. La môme chose eut lieu lorsque Judas Machabée vint consacrer de nouveau le temple, qui avait été profané. Cette coutume s’est conservée jusqu’à nos jours; et encore en 1834 le consul anglais de Damas, M. Farran, passant par Belhléhem , vit
EMKKE Üt JÉSUS A JÉRCSAl.tM. îi M
arriver à sa rencontre des centaines d'iioumies et de reiiimes, qui tout à coup, comme par une inspiration subite , étendirent leurs habits par terre devant son cheval , le suppliant d’intercéder pour eux auprès du vice -roi d’ Égypte^ dont ils avaient encouru la colère en se révoltant contre lui.
De tout temps et chez tous les peuples, les branches de palmier ont été considérées comme un signe de triomphe. Elles étaient la récompense des vainqueurs aux jeux oly mpiques. Les Juifs les liaient en faisceaux lors de la foie des Tabernacles , et quelquefois aussi à celle de la IVique, et on les appelait alors luîabùi ou arcabUn, ou même Hvmnna. Iloswoia au fils de David l semble avoir été chez les anciens juifs une manière de se saluer, comme on se salue encore aujourd’hui dans beaucoup de pays par ces paroles ; Que Jésus -Christ soit loué, H est certain, du moins, que les Juifs se saluaient en se disant : Béni celui qui vient , à quoi l’autre répondait : Au nom du Seigneur,
VHosanna, d’ailleurs, ne se chantait qu’à la fêle des Tabernacles, loi*sque le peuple faisait le tour de l’autel en portant des palmes à la main. Le jour où Notre- Seigneur fit son entrée à Jérusalem était celui où, d’après la loi, on allait chercher l’agneau qui devait être immolé pour la Pâque. Celte année-là, il n’était pas nécessaire d’aller le chercher; car il se présentait de lui-même.
« Loi^squ’il fut plus près et ([u’il aperçut la ville, il « pleura sur elle en disant : Jérusalem, Jérusalem, qui « tues les prophètes, et lapides ceux qui ont été envoyés w pour ton salut, combien de fois ai-je voulu rassembler « tes enfants, comme une- poule ramasse ses petits sous
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« ses ailes! Mais tu ne l’as pas voulu. Oh! si lu pouvais « reconnaître, et même encore en ce jour qui est à toi , « ce qui peut te donner la paix! Mais ceci est caché « maintenant à tes regards. Il viendra sur toi des jours où « tes ennemis élèveront un mur autour de loi, l’enfer- « nieront et te tourmenteront de tous les cotés. Bien plus, « ils t’égaleront à la terre , te détruiront, loi et tes enfants « au milieu de toi, et ne laisseront pas pierre sur pierre, « parce que tu n’as point compris les jours de ta visite, w L’Homme-Dieu , qui, pendant toute sa vie, n’a pas ri une seule fois, comme on le lit dans la lettre.de Lentulus, pleura sur la misère et l’opiniâtreté des hommes. Le don des larmes, ce sang de l’âme, comme les appelle saint Augustin, était bien plus commun dans l’antiquité, où ràme était plus accessible aux impressions profondes, où la froide raison n’avait pas encore absorbé toutes les autres puissances de l’homme. Dans l’antiquité, comme au moyen âge, la poésie était riche en larmes. Non-seulement nous voyons pleurer les héros d’Homère, Achille à leur tête, mais encore Godefroi de Bouillon avec toute l’armée des croisés lorsqu’ils aperçurent pour la première lois Jérusalem. Richard Cœur de Lion pleura tout haut lorsqu’il vil qu’il ne pouvait délivrer la ville où était mort son Sauveur. Saint Louis et une multitude d’autres, saints ont eu lè don des larmes. « Il est plus grand, >) dit saint Amhroise, « d’être accessible à la douleur que d’avoir « l’indifférence des stoïciens et d’être insensible aux souf- « frances des hommes ou à leur conversion.
(K ï.orsqu’il entra donc à Jérusaleni , toute la ville se U mit en mouvement, et l’On disait : Quel est-ilf Mais « le peuple disait: C’est Jésus, le prophète de Nazareth