‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 116 sur 190 · LE FIGUIER MAUDIT · texte numérisé non relu

LE FIGUIER MAUDIT

feuille», c’eât-à-dire les œuvres extérieures, stériles et mortes, que produisait l’arbre de l’ancienne loi; mais pendant ces trois ans elle n’avait produit aucun fruit. C’était en ce môme jour en effet que, trois ans auparavant , le Sauveur avait chassé du temple les marchands , et qu’il avait commencé à cultiver la souche du peuple juif pour le jardin du Seigneur. Et c’est après trois ans de peines perdues qu’il maudissait le ûgüier sur le chemin de Béthanie , svmbole de cette nation rebelle à sa voix. La route de Béthanie à Jérusalem devait abonder en figuiers; car le nom du village de Bethphagé; situé entre ces deux villes, signifie village des figues» Les grands et les riches avaient autour des murs de Jérusalem des jardins et des maisons de campagne , parmi lesquelles se distinguait le jardin des plantes de Jérusalem. C’était un parc , ou une allée de figuiers , dont les fruits étaient si délicieux qu’ils se vendaient jusqu’à trois 6u quatre as la pièce. Ce fut Titus qui fit abattre toutes ces plantations.

Nous retrouvons déjà dans l’ancienne alliance le figuier comme symbole du peuple d’Israël. {Osée, ch. ix.) Mais cet arbre a une signification bien plus profonde encore; car il est le symbole de l’histoire du monde , et joue dans la vie de l’humanité tout entière, comme en celle du Sauveur, un rôle important. D’après la tradition des Orientaux, en effet, l’arbre de la science du bien et du mal était un figuier indien ou bananier, le plus puissant de tous les arbres, et d’une telle fécondité que ses branches, en retombant à terre , y poussent de nouvelles racines ; de sorte que, venant à s’étendre de plus çn plus, il peut contenir sous son feuillage une armée tout entière. Au milieu de leurs villages , à l'endroit où les routes se croi-

sent, les Indiens plantent ordinairement un arbre nomme pipula, qui n’est autre que le fiats religiosa, gramadura. Cet arbre, qu’ils tiennent pour sacré, leur sert fréquemment de rendez-vous pour leurs sacrifices ou pour le culte de leurs idoles; et les dévots se livrent à la méditation sous son ombrage. C’est au pied d’un figuier, qui resta pendant quatre siècles encore au pied du mont Palatin , comme un objet sacré pour les Romains, que fut poussé par les flots le berceau de Romulus et de Rémus. Ce qui porte à croire que l’arbre de la science était proprement un figuier, c’est que ce fut avec des feuilles de figuier que nos premiers parents couvrirent après la chute leur nudité. C’est à un figuier que les vestales suspendaient les tresses de leurs cheveux lorsqu’elles étaient reçues dans l’ordre, voulant signifier par là qu’elles renonçaient à la fécondité dont cet arbre était le symbole. Une légende raconte que l’ange du paradis coupa une branche de l’arbre de la science , qu’il la planta dans la vallée de Cédron; et la branche devint l’arbre ou le Sauveur porta les péchés du monde.

Puis Jésus dit à ses disciples : a On reconnaît l’arbre au « fruit. Si l’arbre est bon , son fruit est bon aussi ; et si K l’arbre est mauvais, son fruit ne vaut rien non plus. « Un bon arbre ne porte point de mauvais fruits, de (( même qu’un mauvais arbre n’en porte point de bons. « Or tout arbre qui ne porte point de bons fruits est coupé tt et jeté au feu. Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra « dans le temple , et y enseignait , comme il faisait tous (( les jours. Et il dit au peuple celte parabole ; Quelqu’un « avait un figuier qui était planté dans sa vigne ; et il vint a pour y chercher des fruits, mais il n’en trouva point.

LE PAirV^RE LAZARE ET LE RICHE VOLUPTUEUX.

(( Il dit alors au vigneron : Voilà déjà trois ans que je a viens chercher des fruits sur ce figuier, et que je n’en « trouve point; arrachez -le donc; car pourquoi doit- il a occuper inutilement le sol? Mais le vigneron répondit : « Maître , laissez-le encore debout cette année, jusqu’à ce « que je creuse la terre autour et que j’y mette du fumier. « Peut-être qu’il peut encore porter du fruit; sinon, vous

(( pourrez l’arracher entièrement. » Ces trois ans sont précisément le temps pendant lequel Notre-Seigneur avait cherché à rassembler les brebis d’Israël. Mais l’heure de la vengeance était arrivée, et l’arbre allait être bientôt déraciné. Ainsi, non-seulement cette parabole embrassait dans sa signification vaste et profonde l’histoire présente et celle qui devait se dérouler dans un avenir prochain ; mais elle est en même temps comme un hiéroglyphe pour l’histoire de l’humanité tout entière. L’antiquité aimait, en général , à déposer sa sagesse pratique dans des paraboles ; et toutes les langues des peuples reposent à l’origine sur des symboles. Ce n’est que plus tard que, leur signification s’étant perdue, les images ont été remplacées par des abstractions.

Page 1