CHAPITRE XXII
Troisième assemblée du grand conseil contre Jésus-Christ.
13 nisan, 14 avril.
a Après que Jésus eut achevé tous ces discours , pen- « danl qu’il demeurait encore dans la maison de Simon « de Béthanie, il dit à ses disciples : Vous savez que a c*est après-demain la Pâque, et le Fils de l’homme va a être livré pour être crucifié. Deux jours avant la Pâque, tt ou la fête des pains azymes, les princes des prêtres, les tt docteurs de la loi et les anciens du peuple se réunirent a dans le palais du grand prêtre , nommé Caïphe , et délibérèrent comment ils pourraient se saisir de Jésus par
« ruse ^ et le faire mourir. Car ils disaient : Que ce ne « soit pas seulement le jour de la fête , de peur que pcultt être il ne s’élève quelque tumulte dans le peuple. » C’était la troisième réunion du grand conseil des Juifs contre le Christ. La première avait eu lieu lorsque, par suite de la guérison du paralytique et des autres miracles de Jésus , on avait lancé l’interdit contre les partisans du Messie, c’est-à-dire le 28 mars de l’an 781. Le sanhédrin s’était réuni pour la seconde fois le lendemain de la résurrection de Lazare, et avait excommunié alors Noire-Seigneur Jésus-Christ lui* même. C’était le 7 mars 782. Il se réunit enfin pour la troisième fois deux jours avant la Pâque, c’est-à-dire le jeudi. C’était au reste le lundi et le jeudi qu’il avait coutume de s’assembler.
Le grand conseil ou le sanhédrin était composé, de trois chambres, à peu près comme les cours de justice chez nous : celle des scribes ou docteurs de la loi; celle des prêtres , qui s’appelaient grands prêtres ou archiprêtres , et celle des anciens. Ces trois chambres étaient présidées par le Nasi , l’Ab Belhdin et le Chacam. Chaque chambre était ordinairement composée de vingt-trois membres : ce qui , avec le Nasi et le grand pontife , faisait en tout soixante-onze personnes, comme Dieu l’avait ordonné par Moïse. Mais de même que c’était Moïse, et non pas Aaron, qui était à la tête des juges, ainsi ce n’était pas le grand prêtre, mais le Nasi qui était président de tout le sanhédrin, et qui, en cette qualité, était en même temps et le chef de la tradition, et le président de la cour de justice, et le grand maître de l’école ou de l’académie des rabbins. A coté de lui siégeait le Chacam, qui était comme son secrétaire. Le collège des prêtres avait à sa tête le
f,RA>U CONSEIL CONTRE JESCS-CRRIST. 321
grand pontife ou le père du sanhédrin, et le sagan, qui le remplaçait en son absence. Les autres places étaient occupées par des prêtres descendant d’Aaron, et choisis parmi les chefs des familles sacerdotales et les préposés du temple. Pour les distinguer du reste des prêtres, qui bien souvent étaient ignorants et n’étaient propres qu’à offrir les victimes, on leur donnait le titre d’archiprêtres ou de grands prêtres.
Après eux venait l’assemblée des scribes ou docteurs de la loi, lévites ou laïques, mais qui n’étaient pas de familles sacerdotales , et le sénat des anciens , composé d’Israélites. versés dans la connaissance de la loi et choisis parmi les personnages les plus considérables de la nation. Comme le nombre de chacune de ces trois chambres en particulier n’était pas fixé d’une manière invariable , le collège des prêtres formait ordinairement la majorité du grand conseil, quoique cependant celui-ci pût, à la ri7 gueur, être composé uniquement des anciens de la nation,' comme le cas arriva deux fois en effet , la première sous Hyrcan , et la seconde sous Hérode. Mais aux deux fois celte anomalie fut l’effet des influences révolutionnaires de l’État. Ce grand conseil ainsi composé formait le tribunal suprême de la Judée , et l’aréopage spirituel pour tous les Juifs, même pour ceux qui étaient dispersés parmi les gentils. Outre qu’il était composé d’ecclésiastiques et de laïques, il était encore divisé en deux factions, celle des sadducéens et celle des pharisiens ; et ceux-ci se subdivisaient de nouveau en deux partis, les disciples de Hillel. et ceux de Schammée. Le sanhédrin pouvait condamner à mort ou infliger des amendes : il jugeait toutes les questions concernant la foi. Mais depuis que les Romains
étaient devenus maîtres de la Palestine, ils avaient transporté au tribunal du prêteur la connaissance et le jugement des crimes qui emportaient la peine capitale. Celui-ci du reste se souciait peu des affaires pureûaent spirituelles et dans les cas de ce genre il se bornait ordinairement au rôle de pouvoir exécutif. L’influence du grand prêtre devint par là prépondérante dans le sanhédrin; de sorte que, même en présence du Nasi, il prenait la première place parmi les Pères , convoquait de son chef le grand conseil, et se contentait quelquefois de la présence de vingt-trois membres, c’est-à-dire du tiers de l’assemblée, pour ouvrir la séance. C’est là ce qui explique comment, dans les diverses assemblées qui se tinrent pour juger et condamner Notre-Seigneur Jésus-Christ , les évangélistes ne font aucune mention du président du grand conseil; soit qu’il ait voulu se tenir à l’écart, craignant le fanatisme et la fureur du pontife et des prêtres contre le Nazaréen , soit que les princes des prêtres, au contraire, aient eu peur de lui et de ses collègues. La condamnation de Jésus fut le dernier acte judiciaire, proprement dit, exécuté par le sanhédrin. Ethientôt il tomba dans un tel abaissement, par l’indignité des membres dont il était composé, qu’il pouvait être convoqué par un officier romain , et qu’on ne distinguait plus le grand prêtre des autres membres.