JÉSUS VA AU MOM DES OLIVIERS
de Benjamin. Elle avait été témoin autrefois des horribles sacrifices offerts à Moloch , puis plus tard du martyre du prophète Isaïe, scié parle milieu du corps d’après l’ordre du roi Manassès. Et elle gardait sous un chêne les restes de cet ami de Dieu, dans un endroit oii s’élève aujourd’hui un mûrier qui indique encore aux pèlerins le lieu de sa sépulture.
C’est ici, dans ce cimetière de Jérusalem, que nous trouvons concentrées toutes les légendes de l’antiquité sur le jugement dernier et la résurrection; et il semble que chaque peuple ait emporté dans sa patrie l’image de celle contrée sauvage. L'aspect de la vallée tout entière porte encore aujourd’hui conime les traces de la désolation et de la mort. C’était là, au milieu de deux palmiers, entre lesquels montait sans cesse une épaisse fumée, c’était là, d’après la tradition, que s’ouvraient les portes de l'enfer. Le Cédron lui -même était comme le Styx de la Palestine, tandis que le Jourdain en était comme l’Achéron. Vers l’ouest, le ravin au fond duquel est Haceldama, s’étend et s’ouvre dans les vallées de Gihon et de Rephaïm, c’est-à-dire dans la vallée de l’Enfer et dans celle des Géants, oîi aulrefois 180,000 hommes de l’armée de Sennachérib périrent par la main du Seigneur. C’est ici que, d’après la tradition , les géants avaient été vaincus et précipités dans les sombres demeures. Cette gorge profonde semblait tellement horrible qu’on avait peine à croire qu’elle fût l’ouvrage de la nature; et le peuple croyait que c'étaient les géants, avec leurs rois Og et Sihon, qui l’avaient creusée. Une autre légende rapportait que c’était Satan lui-même.
C’est au-dessus du ravin de celte vallée, à l’est, que la
Vache rouge passait pour aller de la montagne du temple à celle des Oliviers. On dressait à cet effet un chemin de planches, long de cinq stades^ pour qu’elle né pût être souillée pendant la route par la poussière de celte vallée des tombeaux. C’était de là aussi que chaque année on lançait le bouc émissaire, qui devait, en se précipitant des roches de Zuk, à douze milles de Jérusalem, expier les péchés du peuple , comme on jetait chez les Romains du haut de la roche Tarpéienne les malfaiteurs , ou bien encore comme chez les Indiens les fakirs se jettent dans un précipice par esprit de pénitence. Ce genre de sacrifice était généralement en usage à une certaine époque de l’antiquité. Ainsi, à Hiérapolis on jetait des propylées du temple dé Saturne , des enfants , doUt le coVps se brisait contre les rochers du précipice situé à ses pieds : et l’on immolait à l’Artémise de Tauride les malheureux naufragés, en les précipitant du haut des écueils sur lesquels était bâti son temple. A Athènes même, à la fête des Tauropoles, on conduisait en procession hors de la ville un homme et une femme > après les avoir nourris aux frais de l’État, et on les jetait du haut d*un rocher. La ville de Marseille, dans les temps de peste, nourrissait pendant un an un homme pauvre, que l’on précipitait ensuite du haut d’un rocher, orné de couronnes et d’habits de fête, et charge des malédictions du peuple. Nous trouvons chez les Juifs eux-mêmes cette coutume barbare , comme lorsque, par exemple, le roi Amasias fit précipiter un jour 10,000 prisonniers de Seir-dans la vallée du Sel. Nous avons vu plus haut que les Nazaréens avaient voulu faire périr le Sauveur de celte manière , en le précipitant du haut de leur montagne. Mais comme il était
AGONIE DE NOTRE-SEÏGNEUR JÉSUS-CHHIST. 383
le véritable agneau pascal^ aucun de ses os ne pouvait être brisé, et il devait mourir d’une autre manière et expier nos péchés sur iine croix.
Le Fils de Dieu s’en allait donc silencieux, pendant la nuit, vers le mont des Oliviers. Il allait bientôt accomplir en sa personne sacrée tous les symboles des temps anciens, celui de la vache rouge comme celui du bouc émissaire. 11 pouvait sortir sans obstacle de la ville, quoique toutes ses démarches fussent épiées; car chez les Juifs, de même que chez les autres peuples dé l’antiquité, les portes des villes restaient ouvertes la nuit en temps de paix. Lalune brillait au firmament, les ombress’ étendaient dans la vallée. Mais Judas le traître attendait, avec la troupe qui lui avait été donnée , lé moment ou il pourrait exécuter son crime.
CHAPÎTKE XXXV
Agonie de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
« Us arrivèrent donc à la métairie de Getlisématii. n Huit gros oliviers désignent encore aujourd’hui la place du jardin où s’arrêta Notre-Seigneur. C’était une propriété particulière, peut-être la villa do quelque disciple de Jésus. <( Là il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici, pendant « que je vais prier là-haut un peu plus loin. Mais il prit « avec lui Pierre et les deüx fils de Zébédée, Jacques et « Jean. » Deux mille cent ans auparavant. Abraham laissait à peu ptès à la même place ses compagnons, pour monter seul avec son fils, qu’il allait immoler. Ceux-là
seulement qui avaient été témoins de la gloritication du
Sauveur sur le Thabor devaient être témoins de ses an-
goisses et de son agonie au mont des Oliviers. « 11 com- « mença à devenir triste et à trembler; et lorsqu’il fut « venu à ce lieu, il leur dit : Mon âme est troublée jus- « qu’à la mort; restez ici et veillez avec moi. Mais lui alla « plus loin, à peu près à la distance d’un jet de pierre; il a s’agenouilla, tomba la face contre terre, et pria en c( disant : Père, si c’est possible, éloignez de moi ce « calice; cependant que votre volonté se fasse, et non la <( mienne. Puis il revint à ses disciples, les trouva en- « dormis, et dit à Pierre ; Tu dors, Simon? Ainsi vous tt n'avez pu veiller une heure avec moi. » Son agonie avait donc duré une heure de temps., a Veillez et priez, « afin de ne point tomber en tentation : l’esprit est vif, « mais la chair est faible. Il s’éloigna une seconde fois , « et pria en disant : Mon Père, s’il n’est pas possible que ce « calice s’éloigne de moi , que votre volonté s’accomplisse. « 11 revint, et les trouva encore endormis ; car leurs yeux « étaient appesantis, et ils ne savaient que lui répondre. <c II les laissa de nouveau, s’éloigna, et pria une troisième « fois avec les mêmes paroles. Une angoisse mortelle « s’empara de lui : il priait avec plus de ferveur encore, « et sa sueur devint comme des gouttes de sang, qui tt tombèrent sur la terre. Un ange du ciel lui apparut (( alors et le fortifia. »
Le Messie, au commencement de sa carrière , avait été assailli par une triple tentation ; il devait être tenté trois fois encore avant de l’achever. 11 avait vaincu la triple concupiscence, à laquelle les hommes succombent ordinairement dans les trois régions de leur être terrestre.