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CHAPITRE XVII

Noire-Seigneur est prié de partager un héritage. — Parabole de l’homme riche et de l’intendant prudent.

« Quelqu’un de la foule lui dit : Maître, dites donc à « mon frère qu’il partage avec moi son héritage. » Les rabbins étaient choisis souvent comme exécuteurs testamentaires, ou comme arbitres et juges dans les affaires d’héritage. Souvent même on leur léguait par testament quelque chose pour s’en faire des avocats et des intercesseurs auprès de Dieu. Nous lisons, par exemple, dans le Talmud de Babylone, qu’un père, à peu près à cette époque, déshérita ses fils pour léguer tous ses biens au U. Jonathan ben Uzziel , célèbre targumiste; mais que le vieux Schammée en lit un reproche à celui-ci, et le décida à partager avec l’héritier naturel les biens qu’il avait reçus. C’est pour cela que Notre-Seigneur reprochait aux pharisiens, peu de jours auparavant, de déclarer corban, ou biens du temple, le plus de choses qu’ils pouvaient, de dissiper les biens des veuves, et de fermer le ciel à ceux qui ne voulaient pas se prêter à leurs caprices.

D’après la loi des Juifs, l’aîné de la famille héritait toujours le double de ses frères. Le frère cadet d’une famille vint donc trouver Notre-Seigneur : il avait appris tout dernièrement qu’à ses yeux mère, frères et sœurs étaient égaux. Il voulait probablement profiter de cette égalité, si nouvelle aux yeux des Juifs, et presser Jésus- Christ de décider son frère aîné à partager également son

héritage avec lui. 11 appartenait, autant que nous pouvons en juger par le contexte , à une de ces riches familles qui possédaient de grandes terres à blé, des jardins plantés d’oliviei^s et d’immenses magasins pleins de ces divers produits, le tout administré par un intendant qui demeurait à Capharnaüm. Son père était mort depuis peu de temps , de sorte que sa succession était ouverte. Mais Jésus lui répondit : a Homme, qui m’a établi juge sur vous ou « arbitre de vos héritages? et il leur dit : Faites attention , tt et gardez-vous de toute avarice; car c’est la racine de U tout mal. En quelque abondance que soit un homme, « sa vie ne dépend point de ses biens. Puis il leur proposa tt cette parabole : Le champ d’un homme riche avait tt rapporté beaucoup de fruits; il réfléchit donc en soi- « même, et dit: Que ferai -je? car je n’ai point d’espace tt pour serrer mes fruits; et il dit: Voici ce que je ferai : « j’abattrai mes greniers et j’en bâtirai de plus grands, et tt j’y amasserai toute ma récolte et tout ce que je possède ; tt puis je dirai à mon âme : Maintenant, mon âme, tu as « beaucoup de provisions pour plusieurs années, repose- « loi donc , mange et bois , et prends tes aises. Mais Dieu M lui dit : Insensé ! cette nuit même on va te redemander tt ton âme; et pour qui sera ce que tu as amassé? C’est tt ce qui arrive à celui qui amasse des trésors et qui n’est « point riche devant Dieu.

« C’est pourquoi, dit-il à ses disciples, ne vous mettez « point en peine pour votre vie de ce que vous mangerez « et boirez, ni pour votre corps comment vous vous tt vêtirez. La vie n’est -elle donc pour rien autre chose tt que pour manger; et le corps n’est -il que pour le tt vêtement? Considérez les oiseaux sous le ciel , les cor-

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« beaux ; ils ne sèment ni ne moissonnent ; ils n’amas- « sent point dans des magasins, ils n’ont ni celliers ni « greniers, et cependant votre Père céleste les nourrit. « Combien êtes-vous au-dessus d’eux? Qui de vous peut « avec tous ses soins ajouter à sa taille une coudée? Si « donc les moindres choses sont au-dessus de votre pou- « voir, pourquoi vous inquiéter du reste? Pourquoi vous « inquiéter du vêtement? Considérez les lis dans la cam- « pagne, comme ils croissent! ils ne travaillent point «■ et ne filent point; et cependant. Je vous le dis, Salo- « mon , dans toute sa magnificence , n’a jamais eu de « vêtement aussi beau que l’un d’eux. Si donc Dieu donne « une aussi belle parure à l’herbe qui est aujourd’hui « dans les champs, et qui demain sera jetée dans le four, (c combien aura- 1- il plus de soin de vous vêtir vousu mêmes, ô hommes de peu de foi. Ne vous mettez donc tt point en peine, et ne demandez point ; Que mange- « rons-nous? que boirons-nous? ou, de quoi nous vêti- « rons-nous? Ce sont les gens du monde qui s’occupent « de ces choses , et votre Père céleste sait bien que vous « en avez besoin. Ne vous tourmentez point du lende- « main : le lendemain aura soin de lui-même; à chaque « jour suffit son mal. Cherchez plutôt le royaume de Dieu a et sa justice, et tout cela vous sera donné par sur- « croit. )) •

Salomon sert ici de sujet de comparaison à Notre-Seigneur ; car la magnificence de ce prince et de sa cour était proverbiale , de même que le soin qu’il avait pris de fout ce qui concernait la vie temporelle , comme on peut le voir au troisième livre des Rois, chap. iv et x. Mais tous ces soins sont vains et inutiles, nous dit l’auteur de

rimitation. Ainsi pouvait parler la Providence divine, Celui qui s’était fait comme l’intendant de la table et l’administrateur du peuple qu’il s’était choisi, qui l’avait accompagné et nourri miraculeusement dans le désert. Dieu pouvait parler ainsi aux Juifs, lui qui leur avait ordonné de célébrer chaque septième année, et de n’y point cultiver leurs champs, et qui pendant ce temps les nourrissait de ce qui était resté sur le sol ou de ce que le sol produisait de lui-même. Dieu pouvait parler ainsi, lui qui avait ordonné à tous les hommes de son peuple de paraître trois fois l’année en sa présence, et qui ne manqua jamais de protéger contre les excursions des ennemis extérieurs le pays laissé sans défense par ces absences périodiques.

11 dit encore à ses disciples : « Un homme riche avait « un économe qui fut accusé devant lut de dissiper son « bien. Il le fit donc venir, et lui dit : Qu’entends-je dire « de toi? Rends compte de ton administration, car tu ne « peux rester plus longtemps mon intendant. L’économe .« dit alors en lui -même : Que faire? Je ne puis bêcher « la terre, et j’ai honte de mendier. Je sais bien ce que (( je ferai, afin que, lorsqu’on m’aura ôté ma charge, .(( je trouve des gens qui me reçoivent chez eux. Il fit « donc venir chacun des débiteurs de son maître, et dit « au premier: Combien flois-tu à mon maître? 11 répon- « dit : Cent tonnes d’huile. Il lui dit : Prends ton obli- « gation; assieds-toi tout de suite, et écris cinquante. « Il dit ensuite à un autre: Et toi, combien dois -tu? (( Celui-ci répondit : Cent mesures de froment ; et il lui « dit: Prends ton obligation, et écris quatre-vingts. Et (( le maître loua l’économe infidèle à cause de son habi-

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« lelé ; car les enfants de ce siècle sont plus habiles dans K leurs affaires que les enfants de la lumière. Je vous tt dis de même : Faites-vous des amis avec l’argent d’iniii quité, afin que, lorsque vous partirez, ils vous reçoi- (( vent dans les demeures éternelles. Ne vous faites point a de trésors sur la terre , où la rouille et les vers les « rongent , et où les voleurs les déterrent et les dérobent ; « mais vendez ce que vous possédez, et faites -en des « aumônes. Faites- vous des bourses qui ne vieillissent « point, et faites -vous un trésor impérissable pour le « ciel, que ni la rouille ni les vers ne dévorent, et qu’au- « cun voleur ne puisse déterrer ni dérober. >• Cette expression fait allusion à une opinion des Juifs, qui croyaient que les anges de Dieu recueillaient dans une boîte, pour les garder jusqu’au jugement dernier, les aumônes de chacun, et que dans ce jour suprême ils devaient les représenter avec toutes les œuvres bonnes ou mauvaises qu’il avait fait ici -bas. L’administrateur infidèle espère, en récompense des avantages qu’il a procurés à ses amis, être accueilli par eux sur ses vieux jours dans quelque établissement public comme il y en avait plusieurs à cette époque chez les Juifs. Saint Luc (ii, 37) semble même indiquer qu’il y avait quelques institutions de ce genre annexées au temple; et c’est d’elles que Notre -Seigneur aura pris occasion de parler des demeures éternelles, où nous devons nous acquérir une place par nos aumônes.

« Jésus continua en ces termes : Celui qui est fidèle a dans les plus petites choses l’est aussi dans les grandes , « et celui qui est injuste dans les petites l’est aussi dans « les grandes. Si donc vous n’avez pas été fidèles dans

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« les richesses injustes, qui voudra vous conüer les véri- « tables ? Et si vous n’avez pas été fidèles dans un bien « étranger, qui vous donnera le vôtre propre? Nulservi- « teur ne peut servir deux maîtres; car, ou il haïra l’un, « et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera « l’autre. Vous ne pouvez donc pas servir à la fois « Dieu et Mammon : mais ou est votre trésor, là est aussi « votre cœur. Que servirait à l’homme de gagner tout « l’univers en se perdant soi-même et en souffrant dom- « mage en son âme? ou que peut donner l’homme « comme prix de rachat pour son âme? Les phari- « siens, qui étaient avares, lui entendant dire ces choses, « se moquaient de lui. Mais il leur dit : Vous savez « bien vous donner devant les hommes les apparences « de la piété, mais Dieu connaît vos cœurs , et ce qui est « grand devant les hommes est une abomination devant « le Seigneur. »

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