LE CHRIST BON PASTEUR
« teur donne sa vie pour ses brebis; niais le mercenaire, « qui n’est point le berger, et à qui les brebis n’appar- (c tiennent point, abandonne les brebis et prend la fuite « quand il voit venir le loup, et le loup enlève et disperse « les brebis. Le mercenaire fuit, parce qu’il est merce- « naire, et qu’il s’inquiète peu des brebis. Je suis le bon U pasteur; et je connais les miens, et les miens me contt naissent, comme mon Père me connaît et comme je « connais le Père. Le Père aime le Fils, et lui a tout « remis entre les mains; et je donne ma vie pour mes « brebis. Mais j’ai encore d’autres brebis qui ne sont « point de ce bercail : il faut aussi que je les amène : « elles entendront ma voix; et il y aura un seul troupeau « et un seul pasteur. Mon Père m’aime, parce que je « donne ma vie, pour la reprendre ensuite. Personne ne « peut me l’ôter; c’est moi qui la donne de moi -même. « J’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir aussi de R la reprendre. J’ai reçu cet ordre de mon Père. »
Telle est la louchante allégorie du bon pasteur. Elle porte, comme tout le reste de l’Évangile, l’empreinte et le reflet des rapports qui existaient dans le pays à cette époque. En Orient , et encore aujourd’hui au mont Carmel , où les bêles fauves, la panthère et le chacal guettent les troupeaux , et assiègent pendant la nuit les haies ou les autres remparts qu’on oppose à leur voracité , les bergers , là même où les étables sont en pierre, peuvent à peine, au risque de leur vie et avec le secours de leurs serviteurs, repousser ces bêtes féroces. De là l’image où le Sauveur prédit à son Église les combats qui l’attendent dans la suite des siècles. Les mercenaires sont ces ministres de l’Église qui, se tenant à la lettre de la loi , sans en
prendre l'esprit , semblent avoir peur de faire trop , et , dans les circonstances les plus pressantes, restent insensibles au cri d’alarme qui retentit autour d'eux. Les étrangers sont ceux qui, n’étant pas appelés, n'entrent pas par la porte, mais viennent comme des voleurs et des meurtriers sous le prétexte de réformer l’Église, et dispersent le troupeau de Jésus-Christ au lieu de le défendre.
La maladie principale des brebis est la gale. C’est sous ce nom que les Juifs désignaient les prosélytes ou les étrangers. Ils se nommaient eux -mêmes les brebis choisies, et partageaient en trois classes ces étrangers qu’ils appelaient la gale d’Israël. Les uns étaient les prosélytes de justice. Ils recevaient la circoncision, et devenaient tout à fait Israélites. Les autres étaient les étrangers de la porte. Us avaient le droit de demeurer en Israël; mais ils restaient incirconcis, et n’étaient tenus qu’aux sept commandements de Noé. Enfin, le nom de mercenaires était donné à ceux *qui servaient en Israël pour une récom^ pense, et c’étaient les moins estimés. Au reste, beaucoup de Juifs croyaient que ce qu’il y avait de mieux c’était d’exclure de l’alliance tous les païens qui n’étaient pas du sang d’ Abraham, et tous les apostats, afin de conserver ainsi le troupeau d’Israël. Mais de même que le grand nombre d’aveugles qui existaient à cette époque représentait d’une manière symbolique l’aveuglement spirituel dont le peuple juif était frappé, ainsi les lépreux, si nombreux alors, étaient comme le symbole de la corruption qui infectait l’Église et l’État. C’est pour cela que Noire- Seigneur reproche aux membres du grand conseil d’être des loups, des voleurs, des meurtriers, des étrangers et des mercenaires en même temps, au lieu d’être des ber-
DU JOUG DE l’évangile.
gers fidèles pour le peuple d’Israël. Ces autres brebis dont il parle, et qu’il doit amener au bercail, ce sont les païens, qui jusque-là avaient erré dans le désert. Une ancienne peinture, unissant l’idée chrétienne avec les images de la mythologie, représente le Christ vêtu en berger, ayant sept brebis à ses pieds, sept étoiles au-dessus de sa tête, et portant une brebis sur ses épaules. A coté de lui est l’arche, symbole de l’Église, ou les âmes échappent à la perdition, et au-dessus la colombe du déluge, symbole de l’Esprit -Saint, qui reposait sur les eaux; puis Jonas, au moment où le poisson le dépose sur le rivage, et où le prophète trouve le repos à l’ombre d’une plante ; enfin la lune, représentée sous les traits de Perséphone, enveloppée dans un voile, et Hélios, ou le soleil, avec une couronne de ravons sur la tête.
c( Sur ces paroles de Jésus, il s’éleva de nouveau une « dissension parmi les Juifs. Beaucoup d’entre eux di- « saient : Il est fou, et possédé du démon. D’autres, au « contraire : Ce ne sont pas là les paroles d’un possédé. « Le diable peut-il ouvrir les yeux des aveugles? »