‹ La vie de n. s. Jésus-Christ: ou les saints évangilesChapitre 64 sur 179 · Et ayant trempé da pain, il le donna à Judas Iscariote · texte numérisé non relu

Et ayant trempé da pain, il le donna à Judas Iscariote

20. Et sitôt que Judas eut mangé ce paîn, Satan entra dans lui, et Jésus lui dit : Ce que vous £ailes, Caites-le vite.

21. Or, aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi Jésus disait cela.

82. Quelques-uns crurent , de ce que Judas avait la bourse , que Jésus lui avait dit : Achetez ce dont nous avons besoin pour le jour de la fête, ou qu'il lui avait commandé de donner quelque chose aux pauvres.

23. Après avoir pris le pain, Judas partit aussitôt. Or, il était nuit ^

> t 23. Ceux qui font mal aiment les ténèbres. ^Cétait pour Jodas une doaUa nuit : la nuit naturelle, et ensuite la nuit du péché qui régnait dans son cœur.

2. Jésus se troubla intérieurement , et ses disciples étant à table et continuant de manger, U leur porta ouvertement et leur dit : En vérité, je vous le dis, un de pms me trahira. — Ce trouble dans l'âme sainte et dans l'esprit de Jésus est digne d'une attention extraordinaire. Ce qui se présente d*abord à notre esprit ^ c^est la cause de ce trouble : un de vous me trahira. Le crime, la traiiison^ la perfidie d'un des disciples de Jésus, c'est ce qui lui cause ce trouble intérieur. Ce qui le trouble donc en général, c'est le péché; ce sont, en particulier^ les péchés de ceux qui lui étaient le plus unis, comme Judas, qu'il avait mis au nombre de ses apôtres. Quand il songeait que sa passion, par la* quelle il venait détruire le péché, devait introiuire dans le monde tant de nouveaux crimes ; des crimes si énormes, si singuliers, si inouïs : la trahison d'un Judas, les inhumanités des Juifs, leur ingratitude, en un mot , le déicide ; c'est là ce qui lui causait, plus que tout le reste, ce trouble intérieur, et on ne se trompera pas, en croyant que c'était

«B. xcYtt. LA YIE DB N. 9. JÉSUS-CHRIST. 179

là la partie Yà pins amène de son calice. Ainsi ce trouble qae Jésus ressentit ici dans son esprit^ c'est l'horreur dont il fut saisi en cotisidéraot le pédié; c^esl ce qui lui causa ce saisissement quMl fit paraître en frémissant. Et sll nous est permis de pénétrer dans ses sentiments les pk» intimes, ce qui le troubla le plus vivement en cette occasion^ ^esiiia^il regarda le maoTais effet que sa mort et le mérite de son sang lépaada devaient produire dans les pécheurs en leur étant une occa* flioo desTabandonser au péché par Fespérance qu'elle leur donnait d'en obtenir le pardon. Cest là ce qu'il y a de plus horrible dans le péché, dTy fsdre aenrir la bonté de Dieu et la grâce de la rédemption. Si c*est là ce que le péché a de phis horrible , c^t là aussi , par conséquent , €t qfÊÊ cassait au Sauveur le plus d'horreur^ le plus de saisissement, 1» plus de treiible. (Bossuir.)

2. Jésus se troubla intérieuremenL — Poor en venir au trouble qa^k

ressentît aux approches de sa mort, il n'était pas seulement causé par

les crimes, par les cruautés, par les injustices et les perfidies qui de-^

vaient le mener au dernier supplice , mais encore parce qu'il voyait

qu'il en serait en quelque façon l'occasion innocente ; car encore que

bien éloigné de donner lieu à la jalousie et aux injustices des Juifs, ÎL

n^ait rien omis pour les corriger, et que leur malice seule fut la cause

de leurs fureurs, néanmoins il ne laissait pas d'être véritable que la

sainteté de Jésus, sa doctrine, ses miracles, seS vives et paissantes ré-

préhensionst qui devaient opérer leur salut, excitèrent cette jalousie

et cette haine implacable contre Jésus-Christ, et que Judas prit occ^

aion de s'éloigner de lui, des paroles qu'il avait dites en faveur de

Marie lorsqu'elle avait épanché sur lui tant de parfums précieux* Il

faut fouler à tout cela qu'il avait à souffrir la mort comme k juste

punition de tous les péchés dont il s'était chaîné, et il y allait en

quelque façon comme coupable. Ainsi Thorreur du péché le saisissait;

il fiTen voyait tout environné , tout pénétré. Il voyait, cruel spectacle

pour le Sauveur du genre humain, il voyait croître le péché par le

mauvais usage qu'on ferait de sa mort. Elle ferait dire à plusieurs qull

n'était pas le Fils de Uieu; que tous les miracles par lesquels il Tavait

prouvé n'étaient qu'illusion. Elle était scandale aux Juifs et foKe aux

Gentils et aux fidèles même; quelle occasion de vengeance I puisqu'on

général tous ceux qui ne voudraient pas en profiler en devenaient phis

coupables, plus punissables, plus damnés. Combien était louché de

leur mal ce bon Sauveur! qui aimait si tendrement tous les hommes^

parliculîèrement ses fidèles, et qui ne s'était fait homme que pour les

ISe» LA VIE DE N. S. JESUS-CHRIST. cn.xcviu

sauver 1 Jésus 1 c'est ce qui troublait principalement votre sainte fime ; c'est ce qui lui causa cette émotion et les autres que nous verrons dans la suite. Ayons donc horreur du péclié, et voyons, dans le trouble de Jésus^ combien notre conscience en devrait être troublée.

(BOSSUET

6. Et pleins d'une grande tristesse , ils se mirent chacun à lui dire : Est'Ce moi y Seigneur ? — Ils furent extrêmement affligés à ces paroles du Sauveur, d% savoir qu'un de leur compagnie devait trahir leur maître. Quel scandale pour les Juifs! c'est un méchant; ses propres disciples le livrent et ne peuvent plus le souffrir. Quelle douleur à ceux qui avaient de Tamour pour leur maître , de lui voir faire un tel affront! Quand quelqu'un offense le Sauveur, ce devrait être une affliction pour tous les disciples, c'est-à-dire pour tous les chrétiens» Tous furent affligés, et lui demandaient : N'est-ce pas moi qui suis ce traître et ce malheureux? Et Judas, qui devait se confondre et se convertir en voyant l'horreur et raffliclion que ce discours causait à tous ses frères, loin d'en être touché, prend avec les autres un air de confiance et dit comme eux : Seigneur, est-ce moi? Et Jésus lui répondit : Vous l'avez dit, c'est vous-même. Cependant il n'est point ému, et» content de faire bonne mine, il persiste dans son dessein. Vous en êtes étonné! Mais quoi ! quand vous machinez quelque crime, et que vous faites cependant bonne contenance, Jésus ne vous voit-il pas? Ignorez-vous qu'il vous dise : c'est vous-mcmc? N'est-ce pas pourvous qu'il dit : Le Fils de l'homme s'en va ainsi qu'il a été écrit de lui? Il n'y a pour lui rien de surprenant ni de nouveau dans cette entreprise. Mais malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera livré! n vaudrait mieux pour cet homme qu'il n'eût jamais été. Il ne dit pas, il vaudrait mieux absolument ; car, par rapport au conseil de Dieu et au bien qui revient au monde de la trahison de Judas, il faut bien qu'il vaille mieux qu'il ait été. Mais la puissance do Dieu n'empêche ni n'excuse la malice de l'homme. Le bien qu'il tire de notre crime ne nous justifie pas. Malheur, malheur à cet homme par qui Jésus est offensé! Il vaudrait mieux pour cet homme qu'il n'eût jamais été, puisqu'il est né pour son supplice , et que son être ne lui sert de rien que pour rendre sa misère éternelle. (Bossuet.)

9. Prenez et mangez , car ceci est mon corps qui sera livré pour tous. — Puisque le Verbe a dit, ceci est mon corps, donnons à sa parole l'assentiment de notre foi, et contemplons son corps de l'œil de l'intelligence. Car Jésus-Christ ne nous a rien donné de tangible, de

€B. xcTii* LA YIE DE M. 8. JÉSUS-€HRIST. 181

palpable; mais, sous des dons sensibles^ des trésors spirituels. Il a fait comme dans le baptême : là, Tœuvre spirituelle^ la régénération de râme^ est accomplie par le moyen sensible de Teau répandue sur nous. Si vous étiez incorporels, le Seigneur vous eût présenté des dons incorporels et sans voile; mais parce que votre âme est unie à un corps, il vous donne le spirituel sous une forme sensible. Combien de gens nous disent à ce propos, je voudrais voir sa beauté, contempler sa physionomie, ses vêtements, du moins sa chaussure ! Et voici que vous le voyez, vous le touchez, vous le mangez lui-même! Vous demandiez à voir ses vêtements, et voici qu'il vous accorde, non-seulement de le voir et de le toucher, mais de vous en nourrir et de le recevoir dans votre sein. Hais que personne ne s*approche de lui avec un cœur dégoûté, une conduite dissolue. Soyez tous vigilants, fervents, enflammés d'amour. Si les luifs devaient manger Tngneau en toute hâte, debout, la chaussure aux pieds , le bâton à la main , il vous faut, à vous, bien plus de diligence encore. Les Hébreux allaient partir pour la Palestine, et voilà pourquoi ils devaient être équipés en voyageurs; mais Tous^ vous avez à faire le voyage de la terre au ciel; veillez donc sur toutes vos démarches , d'autant plus qu'elle est sévère la peine portée contre les indignes. Quelle n'est pas votre indignation contre celui qui Ta trahi, contre ceux qui Font crucifié ! Prenez donc garde de ne pas devenir vous-mêmes coupables de son corps et de son sang. Les Juifs ont frappé de mort son cœur très-saint; et vous, chrétiens, vous le recevriez dans une âme souillée! Oh! combien doit être pur, plus pur que le rayon du soleil, celui qui participe à ce grand sacrifice, la main qui distribue cette chair sacrée, la bouche qui se remplit de ce feu spirituel, la langue qui est rougie de ce sang redoutable! Voyez donc rhonneur qui vous est fait, voyez quelle table vous est servie ! Celui que les anges n'envisagent qu'avec un certain effroi, tant est grande la splendeur qui rayonne autour de son trône, c'est celui-là même qui nous nourrit de sa substance ! (Saint Iban-Chrysostôue.)

9. Pendant quHU étaient au souper j Jésus prit du pain et rendant grâceSy il le bénit et le donna à ses disciples^ en disant : Prenez et man-^ gezj car ceci est mon corps qui sera livré pour vous; faites ceci enmévioire de moi, etc. — A Saint-Iean-de-Latran, nous avons vu la Table de la cène eucharistique. Heureuse église, où l'on trouve un tclmouument de Tamour de notre Dieu!... Arrivés dans le sanctuaire, nous nous sommes dit: a Autour de cette table, que nous vénérons, Jésus- Christ a réuni ses apôtres : Jean, le disciple de l'amour, repose sileu-

%9È LA TIE DE N. 8. IÉSfJS43IRIBT. CH. i£vm

eieusementsnr la pdbinede son maître; Pierre, toujours impétueux^ laisse échapper lessaiUies de son zèle^ et Judas médite son déicide projet.» Cependant Toilà qne, par une inTention de sesdivinestendresses, le Verbe fait chair se donne à tous comme aliment 1 TEucharistle est instituée I Les hommes n'ont donc plus rien à envier aux anges, et ils peuvent^ eux aussi, se nourrir de Dieu, de sa Térité, de sa justice^ de sa sainteté! Philosophes, politiques, ce que vous cherchez vainement à travers tant de bruits et de ruines^ vous le trouverez, par la foi et par Famour, dans l'Eucharistie. N'est-elle pas le principe de la civilisation? C'est elle qui redonna jadis la vie au monde; qui fit avancer nos mo* dernes sociétés par toutes les voies de la lumière , et qui inspira, à la gloire du Dieu même de FEucharistie, ces éternels chefs-d'œuvre que vous admirez avec nous. N'est-elle pas le principe de la liberté? C'est elle qui affranchit l'homme de la tyrannie des passions, qui émancipe l'esclave, qui sanctifie le pouvoir, qui ennoblit Tobéissance, et donne à l'ordre d'infaillibles garanties. N'est-elle pas le principe de régalitét Elle fait asseoir, sans distinction, à la même table, le matlre et le sei^ viteur; elle investit des mêmes espérances celui qui a faim et celai qui est rassasié; elle fait du superflu du riche le patrimoine du pauvre^ et peut rendre, ainsi qu'aux premiers jours, toutes choses communes par la charité. Et notre cœur s'échauffant au feu de cette médilation, nous baisions avec reconnaissance la table sacrée qui, en nous faisant assister, pour ainsi dire, à la dernière cène, nous retraçait si vivement l'heure de la vie de Jésus-Christ la plus féconde en bénédictions et pour les âmes et pour les sociétés. (tb^ Sibocr.)

9. Prenez et manges j car ceci est mon corps, qui sera livré pour vous; faites ceci en mémoire de moi. — Mon Sauveur, puisque les chicanes des rebelles de votre Église, me conduisent à une grande intelligence de votre vérité, je veux encore considérer celles qu'ils lui font sur l'adoration, sur la reserve, sur l'exposition de votre adorable Sacrement. On ne voit point, disent-ils, dans les paroles de l'Évangile, que les apôtres aient adoré le corps et le sang de Jésus-Christ en les recevant. Et voit-on qu'ils aient adoré Jésus-Christ qui bien constamment était assis avec eux, en sa forme visible et naturelle? mon Dieul ces dispuleurs ne verront-ils jamais que quoi qu'ils répondent, ils se font à eux-mêmes leur procès? Les apôtres adoraient-ils Jésus-Christ en sa propre et naturelle figure ? Us ne le peuvent nier, mais ils le croient sans qu'il soit écrit. En ce lieu-là ne l'adoraient-ils pas? Et que veulentils donc conclure^ de ce qu'il n'est pas écrit qu'ils l'aient adoré dans

CB. XCTiu LÀ VIE BE N. S. JÉSUS^GHRIST. 185

l'EucharistieTlIais que ces hommes qui se jcroieat subtils et appellent les autres grossiers, sont grossiers eux-mêmes, puisqu'ils n'enten* dent seulement pas quelle est la Yéritable adoration. Car à nous tenir mot à mot, àce qui est écrildansl'histoiredelaCène^etsanschercherà suppléer an endroit de l'Évangile par les autres, croire en lésus-Cbrist lorsqu'il dit: Prenez, mangez^ ceci est mon corps ; lecroire, dis-je, sans bésiter et sans disputer^ lorsqu'il dit une chose si étonnante, faire ce qu'il dit et manger ce pain apparent, avec une foi certaine que c'est son YTBÀ corps, en faire autant du sacré calice^ faire un acte de foi si pur et si haut, n'est-ce pas adorer Jésus-Christ? Hais discerner avec saint Paul œ corps du Sauveur, le discerner tellement qu'on entende que c'est le corps non-seulement d'un homme , mais d'un Dieu, et le vrai pain descendu du ciel, y mettre son espérance, y chercher sa vie, y attacher tout son amour, n'est-ce pas encore l'adorer parfaitement? Et qu'ajoute à cette foi la génuflexion, Tinclination du corps, son prosternement, en un mot l'adoration extérieure , sinon un témoignage sensible de ce qu'on a dans le cœur? (Bossust.)

9-10. Prenez et mangez, ceci est mon corps...* Prenez et buvez-en toits, ceci est mon sang. — Comment tout cela s'est-il fait? Dieu a tant aimé le monde 1 il ne vous reste qu'à croire, et à dire avec le disciple bien* aimé : Nous ayons cru à l'amour que Dieu a eu pour nous. La belle profession de foi ! le beau symbole ! Que Croyez-Tous, chrétien? Je crois à Tamour que Dieu a pour moi. Je crois qu'il m'a donné son Fils : je crois qu'il s'est fait homme; je crois qu'il s'est fait ma victime ; je crois qu'il s'est fait ma nourriture, et qu'il m'a donné son corps à manger, son sang à boire, aussi substantiellement qu'il a pris et immolé l'un et l'autre. Mais comment le croyez- vous î C'est que je crois à son amour, qui peut pour moi l'impossible, qui le veut, qui le fait. Demander un autre comment, c'est ne pas croire à son amour et à sa puissance.

(BOSSUET

9-11. Prenez et mangez: ceci est mon corps ; prenez et buvez : ceci est mon sang. — Soyons donc^ au sortir de cette table sacrée, comme des lions respirant le feu et la flamme; que le démon tremble en nous apercevant, et que la pensée de notre divin chef et de son immense charité pour nous soit toujours vivante dans nos cœurs. Les parents donnent souvent à d'autres leurs enfants à nourrir; mais moi, dit Jésus-Christ, je n'agis point ainsi : je les nourris moi-même, et de ma chair. Je me donne moi-même à vous, aQn de faire de vous des hommes libres et devons inspirer pour l'avenir les plus grandes et les plus magni»

ISI LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CB. zcrii.

fiques espérances. Car celui qui se donne ainsi à nous dans cette vie, se donnera bien plus encore dans la vie à Tenir. J'ai voulu devenir votre frère ; c*est à cause de vous que j'ai participé à la chair et au sang ; or> cette même chair et ce même sang qui m^unisscnt maintenant à vous, je vous les donne. Ce sang fait briller le caractère de la royauté; ce sang imprime en nous les traits d'une beauté toute céleste; ce sang, en coulant sur notre fime^ en entretient la noblesse^ et Tempèche de faillir jamais. Le sang qui nous vient des aliments n'a pas tout à coup sa vertu; il passe auparavant par différents états. Hais le sang divin, à rinstant même où il arrose Tâme^ la remplit de force et d^énergie. Ce sang mystique éloigne les démons, et nous met en communication avec les anges et avec le Maître des anges. La vue de ce sang fait fuir les démons et accourir les anges. Ce sang, versé sur la terre l'a purifiée tout entière. Ce sang, en figure seulement, suffit autrefois pour nous imprimer la sainteté au temple de Jérusalem et au Saint des saints. Or, si la figure a été si puissante, et dans le temple des Hébreux, et en Egypte, à l'égard des maisons qu'elle avait touchées, la vérité le sera bien plus encore. Dans ce sang est le salut de notre âme, sa joie, sa beauté, son ardeur. (Saint Jean-Chrysostôme.)

11. Faites ceci en mémoire de moi. — Par ces paroles, le Fils de Dieu établit dans son Église le grand et ineffable sacrifice prédit par les prophètes et figuré par les sacrifices anciens. Maintenant dites-moi, au spectacle d'un Dieu immolé sur l'autel où il s'anéantit, d'un prêtre incliné sur la victime et qui prie, de ce sang précieux dont les flots baignent les assistants, pouvez-vous croire que vous êtes sur la terre et parmi les hommes? Ne vous imaginez-vous pas, au contraire, que vous êtes transporté dans les cieux, libre de toute pensée charnelle, et que votre âme, dégagée des sens, contemple toute la munificence de la Je' rusalem céleste? miracle ! ô bonté inépuisable de Dieu! celui qui est assis à la droite du Dieu suprême repose, à cette heure solennelle, dans les mains de tous, se livre aux embrassements de qui veut le recevoir, et se découvre aux yeux de la foi I Est-ce qu'il y a là quelque chosequivousparaisse digne de mépris? Voulez-vous connaître par une autre merveille toute l'excellence de ce sacrifice? Représentez- vous Élie, la foule immense qui l'environne, la victime étendue sur la pierre, tout Israël attentif et dans un profond silence; le prophète seul est en prière; soudain la flamme descend du ciel et dévore la vie* lime. Cela est beau, cela est grand et propre à remplir l'âme de frayeur. Mais jetez les yeux maintenant sur nos autels; les merveilles dont ils

CH. zcvii. LA VIE DE N. S. JÉSUS-GlIîlIST. 185

sont le théâtre surpassent toute admiratioa. Le prêtre est debout; ce n^est pas le feu qui brille dans ses mains: ce sont les rayons de la gloire de Dieu hii-même; il prie longtemps, non pour qu'une flamme en sillons lumineux tombe du ciel sur les choses qui sont préparées et les consume^ mais pour que la grâce, s'échappant delà victime, Tienne enflammer le cœur des fidèles^ et les rendre plus brillante? que Tor épurédans le feu. Quel hommei à moins que sa raison éteinte ne se soit changée en un délire furieux, osera mépriser un mystère si redoutable ? (Saint Jban Chkysostôme.)

11. Faites ceci en mémoire de moi. — Par un effet inconcevable de sa bontés le Fils de Dieu a employé à notre salut tout ce qu'il avait pris de nous. Son corps, il Ta offert à Dieu son Père, comme une hostie sainte sur Tautel de la croix, afln de nous reconcilier avec lui; et il a répandu son sang pour être, tout ensemble, et le prix qui devait nous racheter de la servitude, et le bain qui devait nous laver de tous nos péchés. Et afin que le souvenir d'un si grand bienfait demeurât éternellem(»9t gravé dans notre mémoire, il a laissé aux fldèles, sous les espèces du pain et du vin, son propre corps pour nourriture, et son sang pour breuvage....* festin précieux et admirable ! ô banquet salutaire et délicieux! En effet, quoi de plus précieux que cette table sacrée, où Ton nous donne à manger, non plus la chair des animaux, comme dans Tancienne loi, miis Jésus-Christ lui-même qui est le vrai Dieul Quoi de plus admirable que cet auguste sacrement, dans lequel le pain et le vin deviennent véritablement le corps et le sang de Jésus- Christ 1 en sorte que Jésus-Christ, vrai Dieu, et vrai homme, est contenu réellement sous ces fragiles espèces. Il a institué cet auguste sacrement comme le monument perpétuel de sa Passion , comme Faccomplissement de toutes les figures de Tancienne loi , comme le plus grand de tous ses miracles, enfin comme la plus douce consolation, et même comme un dédommagement réel de son absence.

(Saint Thomas d'Aquin.)

11. Car ceci est le calice de mon sang, gui sera répandu pour vous, en rémission des péchés : faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous le boirez. -Quand donc on veut s'imaginer qu'en ne recevant qu'une espèce on ne reçoit qu'une cène et une communion impar-^ faite, c'est qu'on n'entend pasqnec'est l'Églisequi saitle secret de Jésus- Christ, qui sait ce qui appartient essenliellement à son institution, qui règle ce qui doit être donné à chacun , ce qui doit être dispensé

$86 LA TIE BE N. S. JÉSUS-GHaiST. ch. xctiu

diversement, selon les temps et les conjonctures différentes. Vous vous étonnez qu'on sépare ce que Jésus-Cbrist a uni ensemble , et qu'on donne le corps à manger, sans donner en même temps le sang à boire. Étonnez-vous donc aussi de ce que la cène sacrée est séparée du souper commun. Mais plutôt ne vous étonnez jamais de ce que l'Église sait Instruite par le Saint-Esprit et par la tradition de tous les siècles» elle sait ce que Jésus-Christ a voulu faire, et que ce qu'il a séparé pour une représentation mystique ne laisse pas d'être uni , non-seulement en vertu, mais encore en substance. 11 est vrai : il a fallu pour la parfaite représentation de sa mort que son corps parût séparé d'avec le San g, et qu'on les prit chacun à part ; mais TÉglise sait en même temps que la vertu du corps livré n'est pas autre que la vertu du sang répandu f et que non-seulement la vertu , mais encore la substance même de Tun et de Tautre, après sa résurrection, sont inséparables. Elle laisse donc ce corps et ce sang dans cette séparation mystique* Mais au fond elle sait bien, quelque partie que Ton prenne , qu'on reçoit la vertu du tout. Il ne. faut que voir comment Jésus-Christ a célébré la cène ; car les évangélistes ont marqué distinctement, qu'il en a donné les deux parties avec quelque distance l'une de Tautre, puisqu'il a donnné le corps pendant le souper, selon saint Mathieu et saint Marc, et le calice du sang après le souper, selon saint Luc et saint Paul. Et non content d'avoir séparé ces deux actions par ce caractère, il a voulu montrer que chaque partie de son action était complète en elle-même, puisqu'il dit après chacune, comme saint Paul le marque expressément : Faites ceci en mémoire de moi. Ainsi, quelque parti que je prenne , je célèbre la mémoire de la mort de Jésus- Christ, je m'en applique la vertu tout entière, je m'incorpore à Jésus-Christ; car ne lui suis-je pas incorporé en prenant son corpsî N'est-ce pas par là que je suis fait os de ses os , et chair de sa chair, et une même chair avec lui, ainsi que nous avons vu? Que me faut-il davantage pour accom|)Iir l'œuvre de mon salut, surtout en mangeant ce corps, comme le pain descendu du ciel, c'est-à-dire comme le corps d'un Dieu , comme un corps uni à la vie même , et rempli pour moi de l'esprit qui me vivifie? N'ai-je pas en même temps reçu et son corps et sou esprit? Ce qui reste me peut bien donner une plus entière expression de la mort de Jésus-Christ , mais j^en ai toute la vertu dans ie corps seul. Et je ne m'étonne pas si saint Paul a dit : Que quiconque mange ce pain ou boit cette coupe indignement est coupable du corps et du sang ; oui , dit-il ^ et il le dit tiès-distinctement : Quiconque reçoit indignement l'un ou l'autre est coupable de tous les deux, et»

CH. xcvu. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 187

parla même raison^ qui participe dignement à Tun des deux^ honore tous les deux ensemble et en reçoit le fruit et la sainteté , parce qu*il n'y a dans Tun et dans Tautre qu'une seule et même vertu, une seule et indivisible sainteté. Ainsi qui reçoit Tun ou qui reçoit l'autre , ou qui reçoit tous les deux , reçoit toujours également son salut La substance n'en est pas plus dans tous les deux que dans Tun des deux; car où est toute la substance de Jésus-Christ^ là est aussi , pour ainsi parler» toute la substance du salut et de la vie; car, comme dit relise elle-même^ dans le saint concile de Trente, le même qui a dit : Si TOUS ne mangez ma chair et ne buvez mon sang^ vous n'aurez pas la vie en vous, a dit aussi : Quiconque mange de ce pain aura la vie éternelle. Et le même qui a dit : Qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle, a dit aussi : Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde. Et le même qui a dit : Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui, a dit aussi : Qui mange ce pain vivra éternellement, et qui me mange vivra pour moi.

(BOSSUET

11. Faites ceci en mémoire de moi. —Il y a un grand nombre de vérités, et de foi, et de morale, qui semblent s'exclure mutuellement, et qui subsistent toutes dans un ordre admirable. La source de toutes les hérésies est l'exclusion de quelques-unes de ces vérités; et la source de toutes les objections que nous font les hérétiques est l'ignorance de quelques-unes de nos vérités. Ne pouvant concevoir le rapport de deux vérités qui semblent opposées, et croyant que Taveu de l'une renferme Texclusion de l'astre, ils s'attachent à Tune et ils excluent l'autre. Les Nestoriens voulaient qu'il y eût deux personnes en Jésus-Christ, parce qu'il y a deux natures ; et les Eutichéens , au contraire, qu'il n'y eût qu'une nature, parce qu'il n'y a qu'une personne. Les Catholiques sont orthodoxes, parce qu'ils joignent ensemble les deux vérités de deux natures et d'une personne. Nous croyons que la substance du pain étant changée en celle du corps de notre Seigneur Jésus-Christ, il est présent au Saint-Sacrement. Voilà une des vérités. Une autre est que ce sacrement est aussi une figure de la croix, et de la gloire, et une commémoration des deux. Voilà la foi catholique, qui comprend ces deux vérités qui semblent opposées. L'hérésie d'aujourd'hui ne concevant pas que ce sacrement contient tout ensemble, et la présence de Jésus-Christ, et sa ligure, et qu'il soit sacrifice, et comme, moration de sacrifice, croit qu'on ne peut admettre l'une de ces vérités sans exclure l'autre. Par cette raison, ils s'attachent à ce point, que ce sacrement est figuratif; et en cela ils ne sont pas hérétiques.

188 LÀ VIE DE N. S. JÉSOS-GHRIST. en. xcvii.

Us pensent que nous excluons cette vérité; et delà vient qu^ils nous font tant d'objections sur les passages des Pères qui le disent. Enfin, ils nient la présence réelle; et c^est en cela quMIs sont hérétiques. C'est pourquoi le plus court moyen pour empêcher les hérésies, est d'instruire de toutes les vérités; et le plus sûr moyen de les réfuter^ est de les déclarer toutes. (Pascal.)

11. Faites ceci en mémoire de moi.... — Après avoir établi la pâque figurative^ Moïse dit aux enfants d'Israël : Vous célébrerez ce jour-là en mémoire du sang de l'agneau interposé entre vous et Tange de la mort. En instituant la pâque véritable, Jésus-Christ ordonna à ses apôtres de la faire àl'avenir, non plus en mémoire de Tagneau immolé en Egypte, parce que le temps des figures est passé , mais en mémoire de lui-même et de son sang interposé entre la justice divine et le monde coupable. Ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi , ne sont pas une explication de celles qui précèdent, mais une déclaration nouvelle du Fils de Dieu. Après avoir dit : Ceci est mon corps^ceci est mon sang, figurés par le corps et le sang de l'agneau pascal, le Sauveur ajoute : Hais comme il y avait dans la pâque ancienne, outre la chair et le sang de Tagneau, un souvenir et une continuation de ce qui s'est fait en Egypte, ainsi dans la pâque nouvelle il y aura, outre ma chair et mon sang, un souvenir et une continuation du sacrifice que j'offre en ce moment pour vous. En disant : Ceci est mon corps... ceci est mon sang, il établit un sacrement où il est réellement et substantiellement présent. En ordonnant ensuite à ses apôtres d'offrir à Dieu ce corps et ce sang en commémoration et en continuation du sacrifice de la croix, il établit le sacrifice véritable, dont les oblations anciennes n'étaient que des ombres et des figures (B.)

11-12. Faites ceci en mémoire àe moi. Toutes les fois quevous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. — Lorsque nous considérons ce qu'opère Jésus-Christ dans ce mystère, et que nous le voyons, parla foi, présent actuellement sur la sainte Table avec ces signes de mort, nous nous unissons à lui en cet état, nous le présentons à Dieu notre unique victime et notre unique propitiateur par sou sang, prolestant que nous n'avons rien à offrir à Dieu que Jésus-Clirisl et le mérite infini de sa mort. Nous consacrons toutes nos prières pour cette divine offrande; et en présentant Jésus-Clirist à Dieu , nous apprenons on même temps à nous offrir à la majesté divine en lui et par lui comme des hosties

cu.xcTii. LA TIE DE N. S. JÉSUS-CURIST, 189

vivanfes. Tel est le sacrifice des chrétiens, infiniment différent de celui qui se pratiquait dans la loi : sacrifice spirituel et digne delà nouvelle alliance 9 où la victime présente n'est aperçue que par la foi, ouïe glaive est la parole qui sépare mystiquement le corps et le sang, où ce sang, par conséquent ; n'est répandu qu'en mystère, et où la mort n'intervient que par représentation ; sacrifice néanmoins très-véritable^ en ce que Jésus-Cbrist y est véritablement contenu et présenté à Dieu sous cette figure de mort; mais sacrifice de commémoration, qui, bien loin de nous détacher du sacrifice de la croix, nous y attache par toutes les circonstances, puisque non-seulement il s'y rapporte tout entier, mais qu'en effet il ne subsiste que par ce rapport, et qu'il en tire toute sa vertu. (Bossuet.)

12. Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boires ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qvfil vienne. — Vous l'annoncerez comme une chose déjà accomplie pour le salut du genre humain; vous Tannoncerez comme une chose qui doit continuer en quelque façon jusqu'à h fin des siècles. La mort de Jésus-Christ est toujours présente dans l'Eucharistie, par la séparation mystique de son corps et de son sang. Toute la vertu delà croix est dans ce mystère...; On est touché le vendredi saint , parce qu'on y célèbre la mémoire de la mort du Sauveur : venez ^ mes enfants, c'est tous les jours le vendredi saint ; tous les jours on érige le calvaire sur le saint autel. Venez, et souvenez- vous de cette mort qui est notre vie; venez participer à la chair et au sang de la victime immolée pour vous. Celte auguste victime est toujours là, attendant que les aigles viennent trouver en elle une nouvelle force et une nouvelle vie. (Bossuet.)

12. Faites ceci en mémoire de moi. Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur y jusqu'à ce qu'il vienne. — Le sacrifice de la messe place tous les jours le chrétien au pied de la croix de Jésus-Christ; il le reporte au moment le plus important, le plus auguste qui ait jamais existé^ qui a rapproché la terre du ciel, et rejoint le lem|.s à Télernité. Ce n'est point encore là le terme de la bonté divine. Non content de réitérer tous les jours le sacrifice de notre rédemption, Jésus-Christ descend au-dedans de nous, pour nous eu appliquer les mérites; il sefaitnotre nourriture... Voyez autour de cette table sainte, tous les rangs se confondre, les dislinclions disparaître, les grandeurs s'évanouir. Toute hauteur s'abaisse aux pieds de la majesté suprême. Leçon profonde et

190 LA TIE DE N. S. JÊSUS-CHRIST. ch. xctii.

précieuse dé cette égalité primitive , que les institutions humaines peuvent suspendre^ mais non pas anéantir; dont nous sommes sortis, maïs où nous devons rentrer; qu^avaît établie la nature , et que rétablira la religion f Loin de Tautet ou TAgneau sans tacbe daigne se communiquer , toute âme souillée de quelque péché grave rente y mangerait son Jugement^ et en remporterait sa réprobation, L^Eucharistie attache donc le fidèle à la vertu * elle exige qu'il soit saint, pour le rendre plus saint encore. En attirant souvent ses enfants à la table sainte , en les y ramenant au moins une fois chaque année, I^glise leur impose Poblîgatîon b plus forte de conserver ou de réparer leur innocence. (Db la Ldzbriib.)

ÉI^ATION.

Potmifioi , Seigneur^ cette triistesse profonde , oe trouble qui salsK votre flme au moment même ob , plein de compassion pour les 9011Cfrance? de Pbomme^ et ne voulant point le hisser orphelin sur la terre dti passage^ vous lui ouvrez la porte du ciel par la phis admirable in* vention de l^mour d^in DieuT Ah ! c^est que vous saviez que cette étonnante manifestation de votre amour appellerait aussi la plQ9 incompréhensible et la plus noire ingratitude. Tous voyiez vos autele déserts ou profanés ; les indiffërenlS| si nombreux^ s'arrêtant an seuil dfu saint tabernacle sans une pensée , sans un désir vers vous , contemplant d^un œil curieux la pompe de nos reKgieuses cérémonies, et oubliant qu^u fond de ce sanctuaire où ses regards se reposent avec un intérêt tout profane, un Dieu caché, anéanti, attend un mot , nn soupir du cœur qui réponde à un amour si tendre et si persévérant Et cependant tous sont appelés, car raffliction est au fond de toute vie huntaîne ; pourquoi donc cette indifférence en cette profanation coupable d\in si immense bienfait? Seigneur, Seigneur, je veux fonder m<m coeur avant de m^élever jusqu'à vous, afin que le germe de vie que Je vais chercher en approchant de vos saints autels, ne devienne pas pour mon &me, comme il Va été pour Judas , un principe de mort éternelle.

Page 1