‹ La vie de n. s. Jésus-Christ: ou les saints évangilesChapitre 70 sur 179 · En ce jour-là^ vous connaîtrez que · texte numérisé non relu

En ce jour-là^ vous connaîtrez que

^ f 16. Jésas-Christ, comme homme, consolait les siens par sa présence el par FefTtt sensible de ses paroles; l'Esprit-Saintles console, lui, par une présence et une opération in visibles 9 en les remplissant d'une joie tout intérieure. (SAiifT Augustiii.)

* f 17. Ici, et dans les passages suivants, le mot monde a deux signiiications s io îl désigne les Juifs, ennemis de la personne et de la doctrine du Sauveur; 2o tous ceux dont les sentiments et la conduite contredisent les maximes et les exemples da Fils de Dieu, et qui, à cause de ceUe contradiction, ne sont point inscrits dans le livre de vie. Ces liommes tout charnels sont incapables de comprendre ce qui est de l'Esprit de Dieu.

s f 17. Voir ftu premier Tolame, page 346 , deuxième note, rexplication de œ ferset,

^ t t9. La monda ne me verra plus après ma mort; mais vous, vous me verres, parce qu'après ma résurrection je passerai queii^ue temps au milieu da vous^ et Je n'appardftrai pas aux Jaifii.

^0% LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. ca. xcix

Kcti. qui. lîgo «un in je siiîs dans le Père, et vous en moi, et moi

Pâtre meo, el voe m met * ' '

efgoinTobi.. en VOUS *•

^ f tO. JéSQS-Christ est dans son Père par rnnité d'ane même nature; il est ea

nous, non-seulement par l'alliance qu'il a contractée avec notre nature, mais plus

encore par la communication qu'il nous a faite de son Esprit et de ses mérites; nous

' sommes en lui par la foi et la charité, qui nous unissent à lui, comme les membres

à leur chef.

1. 0^6 votre comme se trouble point. — C'est le but de tout ce discours, et le terme où il aboutit. Considérons toutes les raisons par lesquelles le Fils de Dieu bannit le trouble que devait causer sa mort. Premièrement, s'il s'en va, c'est pour nous préparer la place dans la maison de son Père; ses disciples le peuvent suivre; et en leur disant où il va, il leur montre aussi le chemin pour y parvenir. 11 leur apprend où ils pourront voir le Père^ dont la vision leur suffit^ dans la possession duquel ils n'ont plus rien à craindre. Secondement, quoiqu'il les quitte, il n'en sera pas moins leur protecteur, et ils peuvent tout obtenir en son nom. Loin que son absence leur nuise, il fera pour eux et par eux de plus grandes choses qu'il n'avait jamais faites. Troisièmement, en les quittant il leur promet un consolateur invisible, qui adoucira leurs peines et leur gravera dans le cœur toute sa doctrine. Soutenus par l'amour qu'ils auront pour sa personne, ils garderont sa parole. Enfln, en les quittant, il ne les quittera pas, il viendra à eux, il y viendra avec son Père, et ils établiront leurs demeures dans leurs âmes : ce qui les fera jouir dans le fond du cœur, au milieu des persécutions et des tentations, d'un imperturbable repos, et de cette paix qui surpasse tout sentiment, toute pensée, toute intelligence. Après cela , on peut conclure : Ne vous troublez pas, ne craignez rien. (Bossuet.)

1-2. Que votre cosur ne se trouble point; vous croyez en JDieu^ croyez aussi en moi. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. — Les temps de trouble arrivaient, c'était l'heure de la puissance des ténèbres, les apôtres étaient déjà comme au milieu de ces troubles : Jésus-Christ leur avait déclaré qu'il allait être trahi et par l'un d'eux; il avait désigné le traître à quelques-uns, et ils l'avaient vu partir de la table et de la maison; il venait de leur dire le dernier adieu : Mes petils enfants, je m'en vais, et je ne serai plus avec vous; il leur faisait voir la violence de ses ennemis prête à éclater ; sa sainte

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Cène ne leur avait remis devant les yeux que du sang répmdu et un corps livré, et la tentation était tout ensemble et si terrible et si pro« che, que Pierre, le plus fervent, le plus hardi, le plus favorisé d'eux tous, y devait succomber jusqu'à renoncer à son Maître, et cela dans la nuit même où ils allaient entrer. En cet état, il n'y avait rien de plus nécessaire que de les précautionner contre tant de troubles. C'est aussi à quoi se termine tout ce discours, jusqu'à la fin de ce chapitre ; et, après avoir dit dès le commencement : Ne vous troublez pas, ne craignez rien, il finit encore par les mêmes mots : Je vous donne ma paix, je vous laisse ma |>aix, que votre cœur ne se trouble pas, ne craignez pas, après quoi il termine ce discours et se lève pour aller à la mort. Il faut donc entendre et peser toutes les paroles par rapport à celle-ci : Ne vous troublez pas, nous verrons qu'au lieu de trouble, tout inspire la confiance aux apôtres. Ce qui leur causait plus de trouble, c'est qu'en leur disant: je m'en vais, il semblait ne leur laisser aucune espérance de le suivre; il les avait mis au rang des Juifs qui semblaient exclus de cette grâce : Je m'en vais, et comme j'ai dit aux Juifs, vous ne sauriez venir où je vais. 11 est vrai qu'il avait dit à saint Pierre : Vous ne pouvez pas encore me suivre, mais vous m§ suivrez après, par où il leur donnait quelque espérance ; puisque saint Pierre devait le suivre un jour où il allait, les autres semblaient aussi y être appelés. Hais, pour ne leur laisser aucun doute : U y a, dit-il, plusieurs demeures dans la maison de mon Père, il n'y en a pas seulement pour moi et pour Pierre, il y en a pour plusieurs, il y en a pour vous. Je m'en vais, mais c'est pour vous préparer la place , ne vous troublez donc pas, ne craignez rien : Vous croyez en Dieu; c'est dans son royaume que votre demeure vous est préparée; croyez aussi en moi, car c'est moi qui vous y vais préparer la place. (Bossuet.)

2. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. S*il n'en élait pas ainsi, je vous aurais dit: Je vais vous préparer une place» — Admirez et ressentez la tendresse de ces paroles: S'il n'en était pas ainsi, je vous le dirais. Ce n'est pas aux seuls apôtres qu'elles sont dites : c'est encore à nous. Répétons-les encore une fois et laissons-nous-en pénétrer; s'il n'en était pas ainsi, je vous le dirais : je ne vous veux rien cacher, et avant que de partir, je veux vous apprendre tous les secrets qui vous regardent. Ayant aimé les siens, il les a aimés jusqu'à la fin, et en s'en allant il leur veut ôter tout sujet de crainte. Si je m'en vais» c'est que je vais vous préparer la place. Jésus, notre avant-coum. 14

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reur, esl entré pour nous, et c'est pour cela qu'il est appelé noire pontife selon rordre de Melchisedech. Nous avons un grand pontife qni a pénétré les cieux, il est entré dans ce sanctuaire éternel, dont l'entrée était interdite aux hommes à cause de leurs péchés. Il a percé au-dedans du Toile, et notre foi, notre espérance y entre après lui, car il nous est allé préparer la place, et c'est pour cela qu'il y entre. Remettons-nous devant les yeux la structure de l'ancien temple, où était le lieu très-saint, le Saint des saints, la partie du sanctuaire la plus intime, celle où était Farche où Dieu même avait établi sa résidence, lieu inaccessible à tout autre qu'au souverain pontite, qui encore B*y pouvait entrer qu'une fois l'an. Il était couvert d'un grand voile parsemé de chérubins, pour nous faire souvenir de ce chérubin qui, avec une épée flambloyanle qu'il remuait d'une manière menaçante, gardait la porte du paradis pour empêcher nos premiers pères d'y rentrer, après qu'ils en eurent été chassés. Ce voile sacré et ces chérnbins répandus dessus semblaient encore nous dire à l'entrée du sanctuaire : R'cntrez pas, rien d'impur, ne doit entrer en ce lieu, c'est la figure du ciel, où personne ne doit entrer jusqu'à ce que le souverain pontife en ait ouvert l'entrée. C'est là ce joile qui nous cachait la gloire de Dieu; c^est là ce voile qui nous rendait le sanctuaire inaccessible ; c'est le ▼oUe qui nous marquait que nous étions interdits, impurs, incapables d'entrer jamais dans le Saint des saints; c'est ce voile qui fut déchiré de haut en bas par le milieu, et mis en deux parts, lorsque Jésus- Christ expirau La terre trembla en même temps, les tombeaux s'ouvrirent, et les morts ressuscitèrent, en témoignage que, par la mort et par le sang de Jésus, le sanctuaire était ouvert, les morts recevaient la vie, l'interdit était levé, tout était changé pour les hommes. (Bossokt.)

3. Je reviendrai à vous, et je vous prendrai avec moi afin que^ là où je suis, vous y soyez aussi. — Voici le dernier degré d'assurance et du repos que Jésus-Christ promet de donner à ses fidèles. C'est là la grande parole, la parole de consolation et de tendresse où Jésus-Christ nous fait voir quMl ne veut pas être sans nous, qu'il ne veut pas que nous soyons longtemps sans lui. Cest donc alors que, bien loin d'être effrayés, nous devons nous mettre en état de lever la tête, parce que le moment arrive où nous allons être où est Jésus-Christ, dans son royaume, dans son trône. C'est là ce qui fait dire à saint Paul que ce corps mortel lui est à charge, qu'il désire d'en être dégagé pour être avec Jésus-Christ, qu'il désire d'être défait de cette demeure terrestre et de quitter ce séjour où il est éloigné du Seigneur pour aller habiter

«. xca. LÀ TIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. lit

OÙ il est. Si nous aimons Jésus-Cbrist, rien ne nous doit être plus cher que cette parole : Je m'en Tais et je reviendrai vous quérir, afin que vous soyez où je suis. Être loin de Jésus-Christ c'est être dans la peine, dans la mort, dans la tentation, dans le péché. Ëlre avec Jésus-Christ, c'est être dans la gloire, dans la paix, dans la justice parfaite. Voilà ce qu'il nous promet, voilà où- il appelle les apôtres en leur disant le dernier adieu. Cet adieu n'est donc que pour un peu de temps : Jésus- Christ leur promet de revenir pour les emmener avec lui, c'est la dernière marque de son amour et le plus puissant motif pour les rassurer.

(Bossurr.)

4. Or, où je vais, vous le savez, et vous en savez le chemin. — C'est en quoi est la dilTérence entre eux et les Juifs. Car les Juifs ne savaient ni où il allait ni par où il fallait aller, leur infidélité, leur aveuglement les empêchaient de le suivre ; mais il dit au contraire à ses apêtres : Vous savez où je vais, et vous savez le chemin par où il y faut aller. Et ce chemin, c'est moi-même, je suis la voie, la vérité et la vie. Pourquoi donc seriez-vous troublés de mon départ, puisque je vous montre la voie pour venir où je suis? Seigneur, lui avait dit saint Thomas, nous ne savons où vous allez, et comment en pouvons-nous savoir la voief Je suis la voie, la vérité et la vie ; je suis celui où il faut aller, car c'est avec moi qu'il faut être; je suis la voie par où il faut aller, parole haute «t impénétrable au sens humain. Quelle est la fin de tous les désirs si ce n'est la vérité et la vie? C'est, dit-il, ce que je suis ; et quand on en a trouvé le chemin, que reste-t-il à chercher? Je suis encore ce chemin, je suis la voie* Comment peut*on être à la fois et le terme où l'on va et le chemin pour y aller? Mon Sauveur unit l'un et l'autre, et dans oe peu de paroles : Je suis la voie, la vérité et la vie, il renferme toute sa doctrine et tout le mystère de sa piété. Seigneur I faites-moi la grftce de savourer cette parole, de vous y trouver, de vous y goûter tout entier. (Bossobt.)

6. Nul ne vient au Pire que par moi.— L'Écriture nous dit bien que la beauté des créatures fait connaître celui qui en est l'auteur; mais elle ne nous dit pas qu'elles produisent cet effet dans tout le monde. Elle nous avertit, au contraire, que quand elles le font, ce n'est pas par elles-mêmes, mais par la lumière que Dieu répand en même temps dans l'esprit de ceux à qui il se découvre par ce moyen ; elle nous dit généralement que Dieu est un Dieu caché, et que, depuis la corruption de la nature, il a laissé les hommes dans un aveuglement dont ils

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ne peuvent sortir que par Jésus-Christ, hors duquel toute communication avec Dieu nous est ôlée. Les preuves métaphysiques de Dieu sont si éloignées du raisonnement des hommes, et si impliquées, qu'elles frappent peu: et quand cela servirait à quelques-uns^ ce ne serait que pendant Finstant qu'ils voient cette démonslration ; mais une heure après, ils craignent de s'être trompés. D'ailleurs ces sortes de preuves ne nous peuvent conduire qu'à une connaissance spéculative de Dieu ; et ne le connaître que de cette sorte^ c'est ne le connaître pas. Nous pouvons connaître Dieu sans connaître nos misères, ou nos misères sans connaître Dieu, ou même Dieu et nos misères sans connaître le moyen de nous délivrer des misères qui nous accablent. Mais nous ne pouvons connaître Jésus-Christ sans connaître tout ensemble et Dieu, et nos misères, et le remède de nos misères. Ainsi tous ceux qui cherchent Dieu sans Jésus-Christ ne trouvent aucune lumière qui les satisfasse ou qui leur soit vérilablement utile. Car, ou ils n'arrivent pas jusqu'à connaître qu'il y a un Dieu, ou s'ils y arrivent, c'est inutilement pour eux, parce qu'ils se forment un moyen de communiquer sans médiateur. De sorte qu'ils tombent ou dans l'athéisme ou dans le déisme, qui sontdeux choses que la religion chrétienne abhorre presque également. (Pascal.)

6-8. Nul ne vient au Père que par moi. Philippe lui dit : Seigneur, faites-nous voir le Père, cela nous suffit. — Il entre avec ses apôtres dans un secret plus profond, et pour les rendre tout à fait imperturbables, il leur apprend tout le bien qu'ils trouveront en lui. Ce biea sera, qu'en le trouvant, par lui ils posséderont son Père même qui devait être tout l'objet de leurs désirs, comme c'était le terme de tous les siens. Nul ne vient à mon Père que par moi. Si le Sauveur est la voie, la vérité et la vie, il ne faut point qu'il nous mène à autre qu'à lui-même pour être heureux. Comment est-ce donc qu'il est la voie pour nous mener à son Père? Que voulons-nous davantage que la vérité et la vie que nous trouverons en lui? Il explique lui-même ce profond secret en disant : Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père et vous le connaîtrez bientôt, et vous l'avez déjà vu. Ne croyez pas qu'en vous élevant à la connaissance de mon Père, je vous mène à quelque chose qui soit hors de moi : c'est en moi qu'on connaît le Père, et vous l'avez déjà vu. Quel est ce nouveau mystère? Comment est-ce qu'on connaît le Père en connaissant Jésus-Christ? Quand les apôtres ont-ils vu le Père? Où l'ont-ils vu? C'est ce qu'il dira dans 1

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suile, mais auparavant il nous faut entendre ce que lui dit saint Pbi-» lippe : Seigneur, montrez-nous votre Père^ et il nouss.ifflt A ces mots, et pourainsi dire au seul son descelle parole , T&me chrétienne ressent quelque chose de grand, mais quelque chose de tendre, mais quelque chose dUntime. Seigneur, montrez-nous votre Père, et il nous suffit, montrez-le-nous, c'est par vous que nous le voulons voir, il nous suffit. Vous nous ordonnez de n'avoir ni crainte, ni trouble pour cela, il ne nous faut qu'une seule chose, votre Père nous suffit. Comprenons bien celte pleine satisfaction de notre esprit en voyant Dieu, ce sera le remède à tous les troubles. Car nous avons trouvé un bien que rien ne nous peut ôter, et ce bien nous suffisant seul, rien ne pourra troubler notre repos. (Bossuet.)

9. Qui me voit, voit aussi mon Père. — Comme il ne nous paraît point dans tout TÉvangilede demande plus haute que celle de saint Philippe, il n'y a aussi rien de plus haut que la réponse de Notre-Seigneur. Nous avons vu que saint Philippe avait bien connu deux choses, Func, que pour être heureux, c'était assez de voirie Père; Taulre, que c'était au Fils à nous le montrer. Le Fils lui va donc apprendre ce que c'est que voir le Père, et que c'est dans le Fils même qu'oi( le voit. Remarquez avant toutes choses cette espèce d'étonnement avec lequel le Sauveur parle : 11 y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pasl Philippe, qui me voit , voit mon Père. Je ne parle pas de celui qui me voit seulement des yeux du corps, celui-là, en me voyant, ne me voit point. Car si celui qui regarde l'homme par ses yeux mortels n'en voit que le dehors, et, pour ainsi parler, que Técorce, combien est-on éloigné de voir le Fils de Dieu quand on n'ap* porte que les yeux du corps à cette vue? Les apôtres avaient passé beaucoup au-delà, puisqu'ils avaient cru et confessé par la bouche de saint Pierre, qu'il était le Christ, le Fils de Dieu vivant, et le même apôtre lui avait encore dit au nom de tous : Nqus avons cru et nous avons connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. Us l'avaient donc connu, et ils avaient en même temps connu son Père, puisqu'ils avaient très-distinctement et très-véritablement connu de qui il était Fils. Cependant ils n'étaient pas encore contents, et ils avaient raison, parce que, comme ils n'avaient pas encore connu parfaitement Jésus- Christ, ils n'avaient pas encore parfaitement connu son Père. Et c'est pourquoi il leur avait dit : Si vous m'aviez connu, leur faisant entendre qu'ils ne l'avaient pas encore parfaitement connu , et que c'était la raison pourquoi ils ne connaissaient pas encore parfaitement son Père;

S14 lA YIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CH. xcix.

et c'est pour expliquer à fond celte vérité qu'il dit maintenant : Qui me voit, voit mon Père. II y a une certaine manière de me voir qui ne laisse plus rien à désirer, parce que celui qui me voit de cette sorte, c'est-àdire celui qui me voit à découvert, et tel que je suis, il voit mon Père. Je suis moi-même par mon fonds et par ma naissance la manifestation de mon Père , parce que je suis son image vivante, Téclat de sa gloire, Tempreinte, Fexpression de sa substance. Prenez donc garde, Phi- L'ppe, ne souhaitez pas de voir mon Père, comme si mon Père était quelque chose hors de moi ; c'est en moi qu'il le faut voir, c'est en lui aussi qu'on me voit : Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père, et mon Père dans moi? Quand donc on le voit, on me voit dans mon principe, et quand on me voit, on le voit dans son image, dans son expression, dans son éclat, dans le rejaillissement de sa gloire, et la vue du Père et du Fils est inséparable. (Bossu£t.)

15. Si vous ïïCaimez^ gardez mes commandement s. ^Ldi conséquence naturelle de l'amour que Ton a pour Jésus-Christ est de faire ce qu'il commande. Que vous ayez pour quelqu'un une affection vraie, par cela seul que vous l'aimez , vous vous étudiez à lui plaire en vous conformant à tout ce qu'il désire. Doit-il vous en coûter davantage pour témoigner à votre Dieu que vous l'aimez, en accomplissant ses ordonnances, en ne vous permettant rien qui puisse lui être désagréable! Jacob offre à Laban de le servir sept ans pour avoir Rachel , la plus jeune de ses filles. Sept ans entiers ne sont rien pour lui, parce qu'il aime. Quelle leçon pour nous, qui apportons tant de tiédeur dans le service de notre divin Maître, après tant de bienfaits que nous en avons reçus, et les magnifiques récompenses qu'il nous promet! Non, ce n'est pas ainsi que Taimait saint Paul, lui dont le cœur enflammé laissait échap[)er ces brûlantes paroles : Qui me séparera de la charité du Christ? Nommez-lui, parmi les êtres visibles ou invisibles, ce que vous croirez le plus propre à ralentir son ardeur; opposez-lui l'affliction, l'angoisse, la faim , les persécutions, les glaives, les dangers de toute espèce : rien de tout cela ne saurait Tcm pécher d'obéir à celui qu'il aime, et de travailler sans cesse à le gloriflcr. saint transport de l'amour! quel homme aussi mérita jamais d'aimer Jésus-Christ et de l'aimer de cette manière? Qui ne le croirait affranchi déjà des liens du corps? Déjà il n'est plus sur la terre ; mais dans le ciel, dont il exprime dans son langage les sublimes extases ! Aussi voyez-le, dans ses jpourses laboneuses, éprouvé par l'exil, par les flagellations^ par les

CB. xcix. LA VIE DE N S. JÉ6LS CHRIST. 21S

tortures, par les périls qu'on iui suscite de toutes parts : à peine peut* il contenir la joie qui le pénètre? (Saint Jean-Chaysostôiis*)

15-16. Si vous m^aimezy gardez mes commandements* Et moi, je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur qui demeu^ rera toujours avec vous. — 11 n'oublie rien pour les consoler et les raffermir; et après leur avoir parlé de son amour et de celui de son Père, aOn que rien ne leur manque de ce qui est divin, ou plutôt afin que rien ne leur manque de ce qui est Dieu, il leur promet le Saint- Esprit. L'aimable titre que celui de Consolateur, que Jésus-Chrisl donne au Saint-Esprit! Ce sera donc cet Esprit qui vous consolera de mon absence, ce sera cet Esprit qui vous inspirera le vrai amour, qui vous fera garder mes commandements. Cet Esprit viendra, à la prière de Jésus-Christ; le Père le donnera, et nous verrons aussi que Jésus-Christ le donnera lui-même. C'est cet Esprit qui est venu enflammer l'Église à Famour de Jésus-Christ, et à la pratique de ses préceptes. Un autre consolateur. Jésus-Christ est un grand consolateur, puisqu'il dit: Venez à moi, vous tous qui êtes peines. Le Saint-Esprit insinue cette douce consolation dans le cœur; il y répand la douceur céleste qui fait ressentir, qui fait aimer les consolations de Jésus-Christ. Un autre con-solateur. Il avait parlé de son Père, il avait parlé de lui-même, il fallait encore parler de cet autre consolateur, et nous manifester tout ce qui est Dieu, la Trinité tout entière. Pour demeurer en vous éternellement. Cet Esprit consolateur ne quille jamais que ceux qui le chassent, et de lui-même il demeure éternellement. L'Esprit de vérité. Quelle est la consolation de l'homme parmi les travaux et les erreurs, si ce n'est la vérité? L'Esprit de vérité est donc notre véritable consolateur, en meltant la vérité à la place de la séduction du monde, et de l'illusion de nos sens. Que le monde ne peut recevoir. Le monde est tout faux. Qu'est-ce que le monde? la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et rorgueil de la vie. La concupiscence de la chair nous livre à des plaisirs qui nous aveuglent. La concupiscence des yeux, Tesprit de curiosité, nous mènent à des connaissances, à des épreuves inutiles : on cherche toujours, et on ne trouve jamais, ou bien on trouve le mal. L'orgueil de la vie, qui dans les hommes du monde en fait tout le soutien, nous en impose par de pompeuses vanités. Le faux est partout dans le monde, et l'esprit de vérité n'y peut entrer,

(BOSSUET

16, Et moi je prierai mon PirCj et il vous donnera un autre conso- /a/etir. --- Nous disons que le Saint Esprit procède du Père. Celle pro-

tl6 LÀ VIE DE N S. JÉSUS-CHRIST. CB. xcix.

cession n'en fait point une créature... Mais qu'est-ce que celte procession? Commencez par me répondre : Gomment le Père n'est pas engendré^ et ce que c'est que la génération du Fils? Alors je tâcherai de vous expliquer la procession du Saint-Esprit* et^ dans ce cas, il y aura de part et d'autre une égale témérité à prétendre expliquer les mystères de Tessence divine. Que manque-t-il donc au Saint-Esprit, me direz-vous, pour être fllsî Je réponds qu'il a tout ce qu'a le Fils, étant Dieu comme lui. 11 n'y a de difTérence que dans les rapports de l'un à l'autre, et dans la qualification que nous lui donnons. Le Fils n'est pas le Père, d'autant qu'il n'y a qu'un Père; mais le Fils est ce qu'est le Père. Le Saint-Esprit n'est pas le Fils, parce qu'il n'y a qu'un Fils unique; mais il est ce qu'est le Fils; ces trois personnes ne font qu'une seule et même divinité. L'unité dont je parle ne favorise ni Terreur de Sabellius, ni les divisions d'Arrius.

(Saint Grégoire de Nazianze.)

ÉLÉVATION

Seigneur, quelle douce et consolante parole tous adressez à yos disciples en leur annonçant que l'heure de la séparation s'approchait! « Que votre cœur ne se trouble pas, leur dites-vous : je ne vous laisserai point orphelins ; l'Esprit consolateur restera au milieu de vous; moi, je vais par ma mort vous préparer une place dans le royaume de mon Père, je vais ouvrir le ciel fermé à l'homme coupable, rétabli désormais, par ma sanglante expiation, dans ses droits primitifs au bonheur descieux. » Oh! oui, bon Sauveur, nous savons où vous alliez ; c'est aussi le but de nos désirs et de notre espérance ; nous en connaissons le chemin, vous nous l'avez tracé, et quoique les sentiers qui mènent à la patrie soient rudes et difficiles à parcourir; quoiqu'il faille, pour s'y maintenir, lutter contre des obstacles sans cesse renaissants, nous y marcherons résolument, sans craindre les ennemis intérieurs et extérieurs qui voudraient nous les faire abandonner, pour les voies spacieuses du monde et de ses faux biens, car nous croyons fermement que vous ne cessez point d'habiter au milieu de vos fidèles pour être leur ^uide, leur lumière et leur défense. Amen.

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