‹ La vie de Pierre FauchardChapitre 1 sur 3 · ETAMPES · texte numérisé non relu

ETAMPES

Imprimerie Maurice Dormann i6 . Rue Saint-Mars.

Par George V I A U

Parfois il arrive, au cours des siècles, qu’un homme surgit doué d’une intelligence supérieure, d’une grande puissance de travail et, si j’ose dire, d’une sorte de prescience. Sous l’effort d’un pareil cerveau, celle des connaissances humaines à laquelle il s’est consacré fait un progrès si remarquable que plusieurs générations ne suffiraient point à le réaliser.

Tel fut Pierre Fauchard, qui exerça, il y a deux cents ans, notre profession.

Certes Fauchard ne créa pas tout ce qu’il expose dans son important ouvrage ; il faut convenir qu’en utilisant les modestes travaux de ses devanciers, il ne s’en servit cependant que Comme « eschauguettes pour voir plus loin », suivant l’expression si savoureuse et si pittoresque d’Ambroise Paré.

Non content de classer méthodiquement les travaux épars jusque-là et d’en faire un corps homogène de doctrines, son esprit novateur s’aventura dans d’autres arts et métiers pour leur emprunter des instruments et des techniques qu’il sut adapter à ses besoins professionnels. C’est ainsi qu’il mit à contribution la mécanique, la bijouterie, l’horlogerie, l’émaillerie, etc..., pour les plier aux nécessités de la prothèse, qui n’était avant lui qu’à l’état rudimentaire.

Dans le domaine de la chirurgie dentaire et de la dentisterie opératoire qui, jointes à la prothèse, lui donnent toute sa valeur professionnelle, Fauchard ne se contenta.pas de mettre au point et de coordonner les connaissances acquises, il créa encore des méthodes curatives nouvelles. Mais si, dans cet ordre d’idées, il fit preuve d’une grande hardiesse, il s’appuya toujours sur le bon sens et la raison.

Il resta toujours et avant tout l’homme par excellence

de l’observation et de la méthode expérimentale. Rien dans son œuvre ne demeure obscur ; tout y est minutieusement décrit et la clarté n’est pas le moindre de ses mérites tant qu’il n’aborde pas les théories médicales, si nébuleuses à son époque.

En lisant son œuvre on regrette qu’un tel homme n’ait pas eu un champ d’action plus vaste et les moyens d’enseigner à de nombreux élèves une science qu'il sut si bien décrire. Il possédait au plus haut degré les deux qualités nécessaires à un chef d’école : le sens pratique et la clarté d’exposition.

On peut dire qu’avec Fauchard l’art: dentaire entra dans sa voie véritable et presque définitive. L’héritage considérable laissé par le grand ancêtre, et qui n’a cessé de s’accroître jusqu’à l’heure présente, rend la tâche ardue et complexe à quiconque veut exercer dignement et utilement notre profession, car il doit joindre à un long travail raisonné une pratique manuelle à toute épreuve. C’est à ce prix seul qu’il peut devenir un praticien vraiment digne de ce nom.

Comme celle de bien d’autres hommes de génie, la vie de Pierre Fauchard était restée pour ainsi dire mystérieuse, et ce sont les recherches destinées à combler cette lacune qui feront l’objet de cette conférence.

On ignore le lieu de naissance de Pierre Fauchard, mais on suppose qu’il naquit en Bretagne à une date qui peut être placée entre 1675 et 1680.

En effet, il rapporte dans son livre, Le Chirurgien-Dentiste ou Traité des dents, qu’étant à Angers en 1696 il fit une série d’opérations, très hardies pour cette époque, afin de régulariser la denture d’un sieur de Crépy de la Mabilière. Il s’agissait, après lui avoir enlevé les quatre canines, de lui ébranler à l’aide du pélican les incisives mal placées, pour les ramener dans leur situation normale, puis de les assujettir à leurs voisines à l’aide de fil ciré.

Or, pour tenter semblable opération, il faut certainement avoir une grande sûreté de main alliée à une expérience professionnelle déjà mûrie. Pour ces raisons seules, nous ne pouvons pas supposer que Fauchard eût moins de vingt ans en cette année. Il était du reste honorablement connu de la famille de son opéré, ce qui prouverait aussi que sa réputation d'opérateur avait déjà quelque relief.

D’autre part, nous savons également par lui qu’il avait été des-

tiné dès sa jeunesse à la chirurgie et que, par suite de revers de fortune, il avait dû servir à bord des vaisseaux du Roi comme élève chirurgien. Vu les nécessités de l’époque, Colbert, en organisant la marine, l’avait dotée d’un service de santé, et les épreuves d’admission à ce poste étaient peu rigoureuses ; ce fut donc vraisemblablement après sa sortie de la Marine, où il dut rester environ trois ans, que Fauchard put se consacrer à la spécialité dont il devait tant contribuer à relever le niveau. De ce fait, encore, il est difficile d’imaginer qu’il ait pu naître à une époque trop éloignée de

Le hasard seul ne porta pas Pierre Fauchard à diriger son activité intelligente vers l’étude des organes buccaux et les soins à leur donner ; bien des faits observés pendant son séjour à la mer durent l’y inciter.

A cette époque, en effet, une maladie, entre autres, causait de grands ravages parmi les marins. Les longues navigations les exposaient surtout à l’affection scorbutique qui avait souvent, sinon toujours, un retentissement désastreux sur les gencives et par répercussion sur les dents.

Il est donc bien certain que sur les navires, et particulièrement sur les vaisseaux de guerre comptant un plus grand nombre d’hommes, lés chirurgiens se trouvaient plus que sur terre dans la nécessité de s’occuper de ces organes. Pour cette raison seule Fauchard aurait donc eu l’idée de se spécialiser dans le traitement de la bouche et des dents.

En outre, il eut la chance d’être, à bord, l’élève d’Alexandre Poteleret, chirurgien-major de la marine, homme très expérimenté dans les maladies de la bouche. « Je lui dois les -premières teintures des connaissances que j’ai acquises dans la chirurgie que ‘j’exerce, et les progrès que je fis avec cet habile homme me donnèrent l’émulation qui m’a conduit dans la suite à des découvertes plus considérables », dit Fauchard dans la préface de son livre.

Le manque de fortune l’obligea peut-être ainsi à diriger sa vie vers la pratique de l’art dentaire, plus accessible, que la chirurgie générale comportant des études plus longues et plus coûteuses.

Toujours est-il qu’après avoir quitté le service peu lucratif de la marine de l’Etat, Fauchard était en 1696, ainsi que nous venons de le voir, installé et avantageusement connu à Angers, ville dont l’importance universitaire était plus grande qu’aujourd’hui,

A cette époque, les véritables dentistes, les dentateurs, comme on les nommait encore, étaient peu nombreux ; Fauchard fut le premier à s’intituler chirurgien-dentiste.

. L’extraction des dents, qui constituait la pratique courante, était généralement abandonnée aux barbiers, qui y adjoignaient les saignées, la pose des sangsues et le maniement de... l’instrument cher à Monsieur Purgon !

Néanmoins l’adresse manuelle que nécessitait, pour l’avulsion des dents, l’emploi des instruments primitifs d’alors, créait et sé- . lectionnait déjà les opérateurs plus spécialisés qui avaient peu à peu étendu le champ de leurs interventions, tels que le limage des dents cariées, l’enlèvement du tartre et même l’ablation de quelques tumeurs anodines des gencives, etc., mais pourtant bien rudimentaires encore ! La prothèse, à peu près nulle, comprenait la ligature aux dents restantes, à l’aide de fils cirés ou de fils d’or, de grossières imitations des dents humaines faites avec des blocs d’os et quelquefois d’ivoire.

Les praticiens du nouvel art, lorsqu’ils n’exerçaient pas dans une grande ville comme Paris, avaient besoin de rayonner autour de leur centre habituel. Fauchard dut donc avoir recours aussi à ces déplacements, d’abord pour augmenter ses ressources, puis aussi sa renommée, afin de satisfaire aux nombreuses sollicitations d’une clientèle de plus en plus élevée. .

Nous serions peu fixés sur son existence à cette époque ’ et sur ses périgrinations si Fauchard avait pratiqué, comme tant d’autres, sa profession au petit bonheur des hasards journaliers, et s’il n’eût été doué à un très haut degré du sens de l’observation. Non seulement il était observateur excellent, mais il se plaisait à établir des rapports entre les faits, et pour cela il avait l’habitude de prendre en note les cas et les opérations qui l’avaient le plus frappé, soit par leur rareté, soit par leur difficulté.

Dans*son ouvrage, il cita un grand nombre de ces cas, tous antérieurs à la première édition. Il ajouta du reste très peu au texte de cette première édition, soit que sa clientèle trop nombreuse ne lui eût pas permis de relever ses observations, soit à cause de son âge, car en 1728, date de cette première édition, il approchait de la cinquantaine.

Grâce à ses observations et à l’activité qu’il déploya dans cette période de sa vie, nous savons que Fauchard, quoique fixé à Angers, ne tarda pas à rayonner dans les villes d’Anjou, puis dans les provinces voisines. Nous le retrouvons à Nantes, Rennes, Tours, etc., où il dut faire de nombreux séjours jusqu’en 1719. Il est possible aussi qu’il ait fait plusieurs voyages à Paris, comme* la lecture de certaines de ces observations le donne à croire. Peutêtre y fut-il appelé par certains patients de province y séjournant

parfois ; peut-être s’y rendit-il afin de sonder le terrain pour un établissement futur.

Nous supposons donc que Fauchard avait fait des séjours à Paris. Toutefois jusqu’en 1718 son quartier général fut à Angers, où des gens de qualité venaient de loin le trouver, ainsi qu’il ressort par exemple de l’observation concernant une dame de Maubreuil, qui vint de Nantes à Angers pour se faire soigner par lui.

Sa réputation dans toute la région Ouest de la. Francé était alors à son apogée, mais il put avoir l’ambition bien légitime d’exercer sur un plus grand théâtre — Paris — devenu plus que jamais le centre intellectuel de la France et de l’Europe.

En effet, l’augmentation de la population parisienne, qui était considérable à cette. époque, créa forcément dans la grande ville des besoins qui furent profitables tout d’abord à ceux qui exerçaient les professions libérales. Les dentistes étaient naturellement du nombre, car les connaissances d’hygiène buccale commençaient à se répandre, et, avec elles, la nécessité de soins particuliers plus constants et plus spéciaux. On comptait donc déjà nombre de praticiens jouissant à Paris d’un certain renom, tel un nommé Carmeline, que cite Fauchard, avec un grand éloge.

A ce moment; et sans doute à la requête des dentàteurs et peutêtre même à celle du Collège de chirurgie, un règlement fut publié à Parisien 1700, en vertu duquel ne pouvaient désormais s’établir dentistes que ceux possédant un certificat d’expert, délivré après examen devant une Commission de trois Maîtres en chirurgie nommés par la municipalité.

Ce titre ne donnait certes pas toujours la garantie de valeur professionnelle, car, remarque Fauchard dans sa préface, on avait omis, naturellement, d’adjoindre un spécialiste à la Commission d’examen ! Comme, d’autre part, il n’existait pas d’ouvrages où l’étudiant en dentisterie pût puiser la théorie de son art, on se demande quelles matières pouvait bien comprendre cet examen,’ exigé cependant en vue d’un but déterminé.

Ce fut dans ces circonstances favorables que Fauchard, déjà célèbre, vint définitivement se fixer à Paris, vers 1718, car il note dans ses observations que, dès 1719, Antoine de Jussieu le fit appeler pour opérer un malade, auquel deux dents cariées avaient occasionné une monstrueuse fluxion.

Antoine de Jussieu, premier de l’illustre dynastie, était docteur de la Faculté de Médecine, membre de l’Académie des Sciences, professeur de botanique au jardin du Roy, où il succédait à Tournefort. Pour qu’un si grand personnage eût fait appeler Fauchard,

il fallait que le renom de celui-ci fût déjà établi à Paris ou qu’iî l’eût précédé. Or, en 1719, Fauchard devait avoir 40 ans ; il comptait plus de vingt ans de pratique, il pouvait donc avoir assez fait parler de lui — à une époque où les bons dentistes étaient rares pour que les notabilités de la science et de la médecine eussent l’idée de recourir à son adresse et à ses lumières.

Installé à Paris, rue de la Comédie-Françoise, en plein centre universitaire, Fauchard eut presque aussitôt une nombreuse clientèle. Les plus illustres médecins et chirurgiens : Dodart, conseiller d’Etat, premier médecin du roi, auquel il dédia son livre, J. Louis. Petit, Helvétius, de Jussieu, La Peyronie, Finot, Hecquet, Winslow, etc., le mandaient, le consultaient ou lui adressaient des malades. En 1725, le Collège de Chirurgie l’avait même appelé en consultation. Il s’agissait d’un malade venu d’Auxerre qui souffrait d’une tumeur volumineuse et ulcérée des gencives ; le chirurgien du pays n’avait pas osé l’opérer et l’avait adressé à un confrère de Paris, lequel, devant la gravité du cas, proposa de prendre l’avis de ses confrères réunis en séance publique du Collège de Chirurgie de Saint-Côme. Fauchard fut appelé. Après avoir donné son opinion, il demanda qu’on lui confiât le traitement ; il opéra la tumeur chez lui, avec l’assistance de quelques chirurgiens, soigna le malade et le guérit en trois semaines.

Tous ces travaux ne l’empêchent pas de' penser à son livre,, d’augmenter le nombre de ses observations, L’ouvrage parut en 1728. Cet ouvrage, qui professionnellement brille d’un si vif éclat,, ne nous a laissé sur la vie privée de son auteur que des renseignements insuffisants qui ne nous permettent que des conjectures. J’ai voulu, par des recherches minutieuses dans nos archives nationales, compléter ce que nous pouvons tirer de l’œuvre de Fauchard.

Il aurait été très important de découvrir le lieu de sa naissance. J’ai fait fouiller, notamment à Rennes, les actes notariés de l’époque qui auraient pu nous fournir des renseignements sur les principaux actes de la vie civile et sur l’état de fortune de notre auteur : je n’ai rien trouvé. Rien non plus dans les archives des paroisses qu’il habita, archives qui, du reste, ont été en grande partie détruites, soit au moment de la Révolution, soit en 1871.

Nous avons essayé, à l’aide de ce que nous trouvons dans son livre et des portraits que nous possédons, d’établir sur son caractère et sa psychologie des données ; elles sont malheureusement insuffisantes. Fauchard eut certainement un caractère aimable et courtois. Il fut toujours réservé dans la discussion des matières

concernant.son art. Ses nombreuses relations dans le monde médical, monde généralement assez dédaigneux et pointilleux pour tous ceux qui n’appartenaient pas à la Confrérie de Saint-Côme, nous sont des preuves certaines de son aménité.

Quelques détails maintenant sur les portraits qui sont des documents essentiels à notre esquisse biographique.

Le portrait qui orne le livre fut gravé par Scotin, d’après une peinture de Le Bel. Je n’ai découvert aucune trace de cette peinture. Scotin, qui grava nombre d’œuvres de Watteau, ne fut pas heureux dans le portrait de Fauchard, qui, malgré son style théâtral, manque de finesse et de caractère. J’ai eu le rare bonheur de rencontrer et d’acquérir un autre portrait à l’huile qui est, à mon avis, une œuvre véritablement artistique. Cette découverte a été une des grandes joies de ma vie ; aussi me permettrez-vous de vous faire connaître comment je suis devenu possesseur de ce précieux document.

Ce portrait faisait partie de la collection du docteur Cusco, chirurgien des hôpitaux, membre de l’Académie de médecine, réputé non seulement comme habile et savant praticien, mais aussi comme amateur d’art, bibliophile et musicien, compositeur même. Il avait réuni de nombreux portraits de chirurgiens et médecins des 17 e et 18 e siècles. Je soignais le docteur Cusco et j’avais eu l’occasion de voir ses tableaux vers 1890. Je dois dire que je n’avais pas particulièrement remarqué le portrait de Fauchard et je pense que le docteur Cusco ne supposait pas à quel point cette, œuvre pouvait intéresser notre profession, sans quoi je suis persuadé qu’il me l’eut signalée.

Après sa mort, on fit une vente à l’hôtel Drouot et je m’y rendis, connaissant des raretés que contenait cette collection. C’est ainsi qu’en cherchant à savoir les noms des personnages et admirant particulièrement ce petit portrait, je découvris au dos de cette toile, écrite à l’encre, l’inscription suivante : Pierre Fauchard 1720. et plus haut, sur le châssis, le nom probable du peintre: Netscher.

Dans plusieurs encyclopédies, Fauchard est simplement désigné comme chirurgien, né en Bretagne au 17 e siècle et mort à Paris en 1759 ; il n’est donc pas étonnant qu’il ait figuré comme tel dans cette collection de portraits de médecins et chirurgiens.

Ce portrait représente Fauchard plus jeune que dans le livre ; mais dans ces deux portraits, il est vêtu à peu près de la même façon et a la même attitude.

Des recherches postérieures me font supposer que cette peinture n’est pas de Netscher, je l’attribue de préférence à Rigaud ou à un élève de son école ; ce fut peut-être aussi tout simplement l’œuvre d’un nommé F. Octavien, peintre reçu à l’Académie Royale en 1725, avec lequel Fauchard fut en relations ; une de ses observations nous indique qu’il lui donnait des soins.

Poursuivant mes recherches, je découvris, il y a quelques années, un charmant portrait gravé, destiné, à en juger par son format, à orner la première page d’un livre. Cette gravure, de 9 c. 1 fz sur 7 c. 1/2, représentait le buste d’un homme jeune, au visage pensif, appuyé à une table sur laquelle est posé un maxillaire inférieur ; sa main droite tient un livre ouvert. La figure de ce personnage rappelle d’une façon frappante, mais plus jeune, celle du portrait à l’huile dont nous venons de parler. J’ai trouvé cette gravure sans marges, sans le nom du personnage, ni du graveur elle semble être une épreuve, peut-être incomplètement terminée, à coup sûr une épreuve avant la lettre.

Quoi qu’il en soit, la présence d’un maxillaire inférieur sur la table revêt une signification suffisamment emblématique pour que nous puissions logiquement attribuer au personnage la qualité de dentiste. En effet, un chirurgien ou un anatomiste, auxquels cet attribut conviendrait à la rigueur, ne se serait probablement pas contenté comme emblème d’une pièce anatomique aussi modeste ; un crâne, par exemple, aurait été d’une signification moins spéciale et plus noble, en tout cas, plus dans la note pompeuse et allégorique de l’époque.

Si à ces déductions abstraites nous joignons le fait concret de la ressemblance de cette figure avec les portraits de Fauchard que nous possédons, nous avons un ensemble de présomptions suffisantes-pour avancer que ce portrait pourrait être celui que notre auteur aurait fait graver vers 1723, alors que son manuscrit était déjà prêt à être imprimé. Si, par suite, du retard de cinq ans dans la publication, cette gravure ne fut pas utilisée, on peut supposer que Fauchard, devenu en 1728 un praticien célèbre, dédaigna cette figuration comme ne correspondant plus à sa situation sociale et mondiale. Sacrifiant sans doute au goût du jour, il préféra la planche inhabile, mais théâtrale, de Scotin à cette charmante gravure d’un burin plus libre, d’un dessinateur plus habile, d’un véritable artiste.

En résumé les portraits de Fauchard décèlent qu’il avait bon air, presque grand air, le front vaste, le nez long et fin, légèrement arqué, les lèvres et la bouche bien dessinées, exprimant la finesse

et la bonté ; les yeux sont grands, rêveurs, avec un regard plein de franchise. Il porte sur toute sa personne l’empreinte de cette courtoisie française, qui jamais ne fut plus raffinée qu’alors. Cet ensemble donne l’idée d’un homme réfléchi, sympathique et loyal.

La rue de la Comédie-Françoise, qui portait également le nom de rue des Fossés-Saint-Germain sur le plan de Paris dressé en 1734 d’après les ordres de Turgot, est devenue rue de VAncienne-Comédie ; malgré toutes nos recherches, rien aujourd’hui ne peut nous indiquer la maison où Fauchard habita, ainsi qu’il le dit, en arrivant à Paris en 1719.

Quant à la rue des Cordeliers, où il- s’installa en 1747, elle s’appelle actuellement rue de l’Ecole-de-Médecine et ne compte plus que 13 maisons, dont la dernière, le n° 13, forme l’angle de la Place de l’Ecole-de-Médecine. La plupart de ces maisons ont été rebâties ; la seule ancienne, le n° 5, a une grande porte de style du xvm e siècle ; dans la cour nous voyons encore un bâtiment à coupole qui est l’ancien amphithéâtre du Collège Royal de Chirurgie et abrite actuellement l’Ecole des Arts décoratifs.

Rien encore ne peut nous indiquer dans cet endroit la maison de Fauchard.

Place de l’Ecole-de-Médecine nous voyons la grande construction de style gothique devenue le Musée Dupuytren, qui présente la forme d’une église ; c’est tout ce qui reste du couvent des Cordeliers. dont c’était le réfectoire ; les autres parties du couvent furent détruites en 1790. La rue des Cordeliers qui passait devant le couvént était au xvin e siècle un peu plus longue que la rue de l’Ecolede-Médecine actuelle, elle allait de la rue de La Harpe à la rue de l’Observance, près de l’église Saint-Côme et Saint-Damien.

Nous pouvons supposer que la maison de Fauchard se trouvait sur l’emplacement qui traverse actuellement le boulevard Saint- Michel, vers l’angle de la rue des Ecoles.

C’est en 1747 que Fauchard, atteignant 70 ans, vint s’installer, ainsi qu’il le dit lui-même dans la deuxième édition de son livre : rue et près les Grands-Cordeliers faubourg Saint-Germain dans une maison neuve à porte cochère où sera mon enseigne, le I er janvier

L’indication de maison neuve nous fait supposer que Fauchard venait de faire construire cet immeuble ; nous montrerons plus loin qu’il avait à ce moment acquis une assez grande fortune.

Tout porte à croire qu’il eut une verte vieillesse et qu’il exerça longtemps encore, pour le plus grand bien sans doute de son seul élève et successeur, Duchemin.

Il mourut en 1761 plus qu’octogénaire. On 'a fixé son décès à 1759, mais on n’en donne aucune preuve sérieuse ; je crois plutôt que Fauchard est mort en 1761, le 22 mars, ainsi que nous l’indique Portai, célèbre médecin - anatomiste, qui publia en 1770 une importante Histoire de l’anatomie et de la chirurgie, en 6 volumes ; on y trouve au tome V, pages ix et suivantes, une note sur Fauchard et son oeuvre où il donne, pour son décès, la date que je viens de dire.

Portai, contemporain de Fauchard, a été très certainement en relations avec lui ; l’éloge qu’il fait de son livre nous autorise à le penser. Il peut donc mieux que d’autres nous fixer sur ce point* d’autant que son devoir d’historien devait le poussér à se documenter le plus exactement possible.-

Le cimetière de Saint-Côme et Saint-Damien était celui de s'a paroisse, où il fut sans doute enterré.

La notoriété qu’il avait acquise lui survécut, et le titre d’élève et successeur du célèbre dentiste fut revendiqué par plusieurs.

Au reste, nous ne sommes pas certain que le sieur Duchemin lui ait longtemps succédé ; ce que nous pouvons affirmer, c’est que Duchemin exerçait encore en 1759 ; nous en trouvons la preuve dans un opuscule qu’il publia en cette année même : Sur la carie des dents de lait (1).

En tout cas Duchemin n’exerça pas longtemps après la mort de son maître, car peu après la disparition de celui-ci, un sieur Delafondée, habitant rue et près les Grands Cordeliers, se donne alors comme « seul élève et associé de M. Fauchard », ainsi qu’en fait foi la carte d’adresse que nous possédons.

La charmante composition qui encadre la carte et porte le cachet du goût délicat de l’époque est signée Marillier, un des plus grands dessinateurs graveurs du XVIII e siècle.

L’apparition de l’ouvrage de Fauchard fut saluée comme un événement professionnel et la première édition en 1728 paraît

(x) Cet opuscule a été publié également dans le Journal de Trévoux. Février 1759.

avoir été vite épuisée. Cinq ans après, en 1733, ce livre fut traduit en langue allemande par Aug. Buddâus, conseiller royal et médecin du roi sous le titre du Dentiste Français (Der Franzôsische Zahnarzt) et imprimé à Berlin. Le portrait ornant le livre est gîavé par J. P. Busch ; ce n’est qu’une contrefaçon de l’épreuvé renversée de Scotin.

Le succès sans précédent d’un livre de ce genre nous est révélé par des appréciations émanant de confrères contemporains de Fauchard. Nous avons d’abord celle de Landumiey, praticien qualifié, qui était le dentiste de Sa Majesté Catholique Philippe V, roi d’Espagne. En voici le texte :

Je m’intéresse trop à ce qui peut être avantageux au public pour ne pas témoigner, par la présente approbation, que je n’ai rien vu de plus parfait sur tout ce qui peut concerner les dents que le livre que M. Fauchard a composé. J’y trouve beaucoup de réflexions et de découvertes sur notre art, qui sont aussi sensées et aussi utiles que nouvelles. Le titre de chirurgien-dentiste qui est à la tête de cet ouvrage est soutenu par ce qu’un génie heureux, une grande attention et un grand travail assidu pouvaient rassembler, de connaissances. L’expérience que j’ai dans la profession de l’auteur, fait que je rends justice avec un extrême plaisir à l’excellence du Traité qu’il a produit et qu’il donne avec un désintéressement très louable et très rare.

Paris, ce 9 Juin 1728.

Signé : Landumiey.

D’autre part, voici un témoignage que nous tirons d’un ouvrage publié en 1746, sous le titre : Expériences et démonstration faites à l’hôpital de la Salpêtrière et à Saint-Côme en présence de l’Académie Royale de Chirurgie, par M. Bunon, chirurgien-dentiste, qui était un praticien fort instruit.

Bunon, qui s’occupa spécialement de la dentition des enfants, établit notamment la justesse de la théorie du retentissement qu’ont sur leurs dents : le rachitis, la rougeole, la petite vérole, l'éthisie et la langueur. Il sépara complètement le phénomène de l’érosion dentaire des causes de la carie. Ce fut donc aussi un observateur sagace dont le jugement, dans le cas présent, a pour nous une grande valeur.

Le paragraphe II du discours préliminaire de l’ouvrage de Bunon est entièrement consacré à Fauchard. La citation serait trop longue pour être faite ici/mais on peut la résumer en quelques mots en disant qu’il fait de l’ouvrage de Fauchard une analyse très étudiée et très juste et proclame qu’il considère cet auteur comme un

grand maître. D’autres chirurgiens-dentistes, Lécluse en 1754, Bourdet en 1757, Jourdain en 1768, etc., font de lui l’éloge le plus grand.

Un témoignage non moins précieux nous est fourni par Jacques Gardette', notre compatriote, qui importa l’art dentaire français aux Etats-Unis.

A la suite de Lafayette et de Rochambeau, il était parti pour l’Amérique, comme chirurgien de la marine, en 1778. AJ>rès la guerre de l’Indépendance, Gardette qui, à Paris, avait été l’élève de Le Roy de la Faudignère, dentiste réputé, s’était, en 1784, établi définitivement chirurgien-dentiste à Philadelphie,.

De cette ville, il écrivit le 30 mars 1791, à son frère graveur, ;fixé à Agen, la curieuse lettre suivante :

« Je t’invite, mon cher Spiritou, de passer à l’Amérique, je veux t’y faire dentiste et t’y faire faire ta fortune. Je me charge de t’instruire et dans un an de te mettre en état de gagner autant dans une heure, que tu le fais en grattant du cuivre en France pendant une semaine. Mon nom, sans me flatter, te mettra toujours à même de faire bien tes affaires dans ce pays qui est un des meilleurs du monde.

« Viens, mon cher Spiritou, et compte sur moi comme sur toimême... Si tu te déterminais de venir me rejoindre, il faut te munir de quelques livres sur le sujet de ma profession et je vais t’en donner une note :

« Le chirurgien-dentiste, de M. Fauchard, deux volumes.

« L’Art du dentiste, par M. Bourdet, deux volumes.

« Maladies des dents, par M. Bunon, deux volumes ».

Comme on le voit, d’après l’opinion de Gardette, considéré aux Etats-Unis comme le véritable initiateur des règles de l’art dentaire français, l’ouvrage de Fauchard était encore, près de quarante ans après la mort de son auteur, le livre d'études que l’on devait recommander en première ligne à quiconque voulait S’exercer dans notre art.

Bien que l’ouvrage de Fauchard n’ait pas été traduit en anglais, les confrères des Etats-Unis ne profitèrent pas moins des enseignements de Fauchard qui leur furent transmis directement par Gardette. Aussi, les dentistes des Etats-Unis, avec les aptitudes et l’esprit pratique qu’ils apportent en toute chose, purent-ils parvenir — et dès le milieu du xix e siècle — à la réputation qu’ils ont si justement conquise.

A la suite des grands bouleversements politiques et sociaux de la fin du xvm e siècle, l’oubli se fait presque totalement sur le nom de Fauchard, oubli absolument inexplicable.

En 1835, le Grand Dictionnaire de Médecine, aux articles : dents, dentition, maladies des dents, etc., traités copieusement avec bibliographies étendues, ne fait nulle mention du nom de Fauchard, si ce n’est à l’article : odontotechnie, et pourtant l’on cite ses contemporains Bunon, Jourdain, Léclusë, etc. Que penser de J. E. Oudet, exerçant cependant l’art dentaire, rédacteur de ces articles, qui cite Fauchard comme prothésiste et n’en fait aucune mention comme chirurgien-dentiste ?

Néanmoins, nous devons noter qu’en 1821, un vétéran de la profession, très qualifié comme praticien, Audibran, qui, vu son âge, avait appartenu à la phalange de ceux pour qui la valeur didactique de l’œuvre de Fauchard demeurait entière, disait- :

Les écrits de Fauchard sont encore de nos jours ce qui existe de mieux sur , l’art du dentiste ; ce sont ces écrits qui ont formé les praticiens les plus distingués. Il est en effet impossible d’exposer avec plus de clarté et de démontrer avec plus d’évidence les préceptes d’un art qui participe à la foi de la médecine et de la chirurgie . ; sous ce rapport quels que soient les progrès qu’on ait faits depuis, aucun ouvrage ne peut soutenir la comparaison avec le Traité de Fauchard.

Quelques années plus tard, encore, en 1843, Désirabode, dans ses Nouveaux éléments complets de la science et de l’art du dentiste, . fait un grand éloge de Fauchard, disant - qu’il fut- le restaurateur et le père de la chirurgie dentaire.

Il ne faut pas oublier qu’en 1863, Trousseau, un des plus grands maîtres de l’art médical, ne dédaigna pas de publier dans le journal de médecine VA beille une biographie de Fauchard qui, malgré son importance, passa malheureurement inaperçue du plus grand nombre de nos confrères.

A partir de 1880, l’obscurcissement de la renommée de Fauchard cessa définitivement, car cette année fut pour la mémoire de notre grand homme l’aùrore d’une nouvelle célébrité.

Le 13 novembre 1880, lors de l’inauguration de l’Ecole Dentaire de Paris, mon regretté ami, le docteur Louis Thomas, dans une conférence sur l’histoire de l’odontologie, s’exprima en ces termes :

J’ai nommé Pierre Fauchard ; retenez bien ce nom, messieurs, car c’est avec lui que commence une nouvelle période de l’histoire de votre art .

Enfin, je constate, non sans fierté, que l’envoi, que j’avais fait d’une copie du portrait de Fauchard, accompagné d’une étude biographique, au Congrès dentaire International de Saint-Louis aux Etats-Unis, tenu en 1904, fut l’occasion d’une véritable apothéose pour la mémoire de Fauchard.

Cet envoi provoqua dans l’assemblée un grand mouvement d’enthousiasme et fournit l’occasion aux plus éminents praticiens des Etats-Unis d’exprimer leur admiration pour l’importance de l’oeuvre de Fauchard, qu’ils proclament le fondateur de la dentisterie moderne.

Les Docteurs Burkhardt, Brophy, Grevers, Thompson, Trueman, Kirk, Thorpe prirent successivement la parole pour glorifier l’importance de l’œuvre de Pierre Fauchard.

Pour célébrer son bi-centenaire, mes confrères m’ayant demandé de vous parler de Fauchard, je vous ai exposé en résumé le résultat de mes longues recherches, réunies dans un manuscrit où j’analyse son ouvrage et que je devais publier il y a dix ans, mais j’espérais toujours parfaire mon travail par la découverte de nouveaux documents. Puis la grande guerre survint et ce fut une cause nouvelle de retard.

Je ne comptais plus rien trouver, lorsqu’un hasard bien extraordinaire vient de me mettre, il y a huit jours, en relations avec un descendant difect de Pierre Fauchard, son arrière-petit-fils, M. Robert Flüry-Hérard, et cela grâce à mon jeune ami et confrère Bruschera. 1 ( Applaudissements).

Je trouvais enfin le filon que j’avais cherché vainement pendant plus de vingt-cinq ans ! Or, aujourd’hui, tout devient lumineux, le mystère est évanoui, nous sommes en présence des papiers, actes, titres de propriétés, etc., que possède la famille et nous y trouvons des renseignements précis sur la vie familiale de Fauchard. »

Tout d’abord, il résulte très heureusement pour mes recherches et déductions qu’elles se trouvent en concordance avec la réalité. J’avais, en effet, situé la date de sa naissance entre 1675 et 1680 ; or les documents fixent cette date à 1678. Si la famille ne savait que peu de choses de la jeunesse et de la première période de la vie professionnelle de Fauchard, elle savait qu’il était un praticien célèbre au xvm e siècle, mais le récit que je viens de vous faire lui

était à peu près inconnu. Elle savait aussi qu’il possédait une assez belle fortune en 1729, époque de son mariage, et qu’en 1734 il avait acheté en adjudication un vaste domaine avec le château dit « de Grand-Ménil », situé prés d’Orsay, à l’entrée de la Vallée de Chevreuse.

Çe château, bâti en 1629 par le premier propriétaire, Antoine de Vallès, est un très pur spécimen du style Louis XIII, les encadrements de fenêtres en briques, la haute toiture à la Française rappellent les plus élégantes constructions de cette époque. Ce château est resté la propriété des descendants de Fauchard jusqu’en 1920, c’est-à-dire pendant près de deux siècles. Il appartient aujourd’hui à M. Maurice Fould.

Le portrait par Le Bel dont nous avons parlé précédemment est toujours dans la famille, ainsi que celui de M me Fauchard.

Pierre Fauchard épousa en 1729 M Ue Elisabeth-Guillemette Chemin, fille de Pierre Chemin, ancien conseiller du roi, notaire syndic et garde-scel de la communauté des notaires royaux et apostoliques de la ville et sénéchaussée de Rennes. Le contrat de mariage est daté du 17 août 1729, Fauchard s’y intitule chirurgiendentiste, demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint- Germain, paroisse de Saint-Sulpice.

De ce mariage il eut un fils unique né en 1737, Jean-Baptiste Fauchard, qui fut avocat au Parlement, puis conseiller à l’Amirauté. de France. Plus tard, s’étant prononcé contre le Parlement de Maupeou, il dut quitter la France au moment de la Révolution, et comme il possédait un réel talent de comédien amateur, pour pouvoir vivre il s’engagea au Théâtre de Bruxelles.

A son retour d’exil, en 1790, il vint débuter à la Comédie-Française. Pensionnaire, en 1791, Jean-Baptiste de Grandmesnil (nom de son domaine qu’il avait adopté au théâtre) fut reçu sociétaire en 1792 et devint un comédien célèbre, ami et contemporain de Talma qui avait été dentiste lui-même et était aussi, soit dit en passant, le fils d’un dentiste. De Grandmesnil remportait les plus grands succès dans les comédies de Molière, tandis que Talma triomphait dans la tragédie. Au foyer de la Comédie-Française, on peut voir le portrait de Grandmesnil dans le rôle de l’Avare.

Sa famille possède son buste par l’illustre sculpteur Houdon. Nous avons un portrait gravé en couleur dans le rôle d ’Arpagon, par A. Godfroy.

Lors de l’arrêté qui établit une classe de déclamation au Conservatoire, de Grandmesnil, homme célèbre et plein de distinction, fut nommé professeur en 1795 et premier titulaire de cette nouvelle

fonction. Enfin, il termina sa glorieuse carrière comme membre de l’Institut de France, élu de la 3 e classe, section de musique et de déclamation. Il mourut en 1816.

Naturellement la vie de Grandmesnil est beaucoup mieux connue que celle de son père et il est le grand homme de la famille.

Le Dictionnaire Larousse contient une biographie complète de Grandmesnil, mais rien ne pouvait nous faire supposer qu’il s’agissait du fils de Fauchard.

Remercions le hasard qui fait parfois si bien les choses, mais aussi M. Robert Flüry-Hérard qui, avec une obligeance extrême, a bien voulu mettre à ma disposition ces précieux documents qui nous permettent de connaître la vie de Pierre Fauchard dans les moindres détails. (Applaudissements).

Le hasard, encore une fois, Veut décidément nous combler en ce moment. M. Dagen, qui, sous le pseudonyme de Montcorbier, fait paraître dans la revue La Semaine Dentaire des études historiques sur notre art, vient de publier, sans que je le sache, un intéressant travail sur Fauchard.

Nous y trouvons un document de la plus grande importance : l’acte de décès de Fauchard, que j’avais cherché vainement comme je l’ai dit.

Voici cet acte, qui nous donne quelques renseignements complémentaires, et notamment le lieu où il fut inhumé : l’Eglise Saint - Côme et Saint-Damien, qui se trouvait rue des Cordeliers, vers l’endroit où la rue de l’Ecole-de-Médecine touche le boulevard Saint-Germain.

Extrait du registre des Baptêmes, Mariages et Sépultures de LA PAROISSE SaINT-CoME ET SAINT-DAMIEN, A PARIS (i)

Le 23 mars 1761, a été inhumé nef du Saint-Sacrement, le corps du sieur Pierre Fauchard, ancien maître chirurgien-dentiste, Seigneur du Grand Ménil, veuf en secondes noces d’Elisabeth Chemin et époux de Louise Rousselot, •décédé avant-hier, âgé de 83 ans, rue des Cordeliers, de cette paroisse. Ont été présents : Jean-Baptiste Fauchard, Seigneur du Grand Ménil, son fils, avocat au Parlement ; Jean-Baptiste Bellissen, avocat au Parlement et commandeur greffier, secrétaire général de l'ordre

(1) Archives de la Seine, Reconstitution des actes de l’état civil, 12 août 1876 — n° 437242 X.

hospitalier du Saint-Esprit, tous les deux rue et paroisse Saint-Andrê-des- Arçs, qui ont signé avec nous.

J.-B. Fauchard du Grand Mesnil, De Bellissen.

De la Roue.

Collationné à l’original par moi, prêtre vicaire, tenant registre de la dite Paroisse.

Girard.

Notoriété reçue le g Juillet 1762 par M e Robineau.

Il y a lieu de remercier vivement M. Dagen pour la découverte de cette pièce.

Voici, de plus, la lettre de faire-part de son décès qui nous est communiquée par M. d’Aubigné, généalogiste à la Bibliothèque nationale.

Vous êtes priez d’assister au convoy, service et enterrement de Monsieur Pierre Fauchard, ancien Maître Chirurgien-Dentiste, Seigneur de Grand Ménil, décédé en sa maison, rue des ^Cordeliers, qui se fera Lundy 23. mars 17,61, à dix heures du matin, à l’Eglise de Saint-Côme, sa paroisse, où il sera inhumé. ' \-

Requiescat in pace

De la part de Madame Sa Veuve et de Monsieur Fauchard de Grand Ménil, .avocat au Parlement, son fils.

L’église Saint-Côme fut démolie en 1836, mais la translation des cendres de Pierre Fauchard ne fut pas faite dans la sépulture de famille près du château de Grand-Ménil, où son fils est enterré.

Il résulte de cet aride essai de reconstitution que'nous ne connaissons pas encore le lieu de sa naissance ni la place exacte où il fut inhumé. Cependant, par une coïncidence impressionnante, nous nous trouvons aujourd’hui réunis dans cette Sorbonne située à quelques pas seulement de la maison où il vécut, où il est mort, et de l’emplacement présumé de sa sépulture.

Fauchard étant né en 1678, son bi-centenaire aurait pu être célébré en 1878, mais il dit qu’il avait terminé son manuscrit en 1723 — c’est-à-dire il y a exactement deux cents ans ; c’est donc son remarquable ouvrage que nous célébrons aujourd’hui. ( Applaudissements ).

Mais nous ne fêtons pas seulement le bi-centenaire de Pierre Fauchard, nous inaugurons aussi son buste. Il me reste à dire le rare bonheur d’avoir comme ami l’auteur de ce buste, le sculpteur de grand talent, Paul Paulin, dont nous avons tous admiré les

œuvres dans nos Musées et à la Faculté de Médecine. Il a suivi mes recherches et m’a dit qu’il était possible de faire une synthèse des portraits et d’exécuter le buste.

Comme sculpteur et comme odontologiste n’était-il pas qualifié pour retracer les traits de Pierre Fauchard ?

C’est une heureuse occasion pour nous, mon cher Paulin, de vous témoigner notre admiration et de vous dire que nous sommes fiers que l’un des nôtres soit devenu le grand statuaire que vous êtes. (Applaudissements ).

Les confrères français, ceux des Etats-Unis et de tous les pays seront unanimes à applaudir l’œuvre magnifique dont vous venez de doter notre profession et, en leur nom, je vous exprime leur profonde y gratitude. (Vifs applaudissements).

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