CH. XXXII. — SERVICES RENDES AUX CHEVALIERS DE MALTE
de dire ce qui est plus admirable, de voir ou une telle humilité et simplicité en un personnage qui avait passé la meilleure partie de sa vie parmi les intrigues de la cour et dans le maniement des plus importantes affaires du royaume, ou bien une conduite si sage et si remplie d'onction, telle qu'était celle de M. Vincent, qui a pu, avec la grâce de Dieu, produire de si grands effets et gagner une telle créance sur l'esprit de ce seigneur.
Après un changement si considérable en l'état et en la vie, M. le commandeur de Sillerv, poussé par son zèle qui prenait tous les jours de nouveaux accroissements, eut la pensée de pourvoir aux besoins spirituels des religieux et des curés de son ordre, dépendant du Grand-Prieuré du Temple ; et ayant reçu commission de M. le grand maître de Malte pour les visiter, il en conféra avec M. Vincent et concerta avec lui de la manière de faire utilement ses visites. Ils convinrent ensemble qu'ils feraient des missions dans les paroisses, en même temps qu'il les visiterait, tant pour mettre les peuples en bon état que pour donner aux religieux et aux curés, qui étaient chargés de leur conduite, les avis et les remèdes les plus propres et convenables aux besoins des paroisses; ce qui fut fait avec un heureux succès. De quoi M. le grand maître de Malte ayant eu connaissance, il en reçut une telle satisfaction qu'il en écrivit la lettre suivante à M. Vincent pour l'en remercier.
« Monsieur, on m'a donné avis que le vénérable bailli de Sillerv vous avait choisi pour lui aider à faire la visite des églises et paroisses qui dépendent du Grand-Prieuré, à quoi vous avez déjà commencé d'employer utilement vos soins et fatigues pour l'instruction de ceux qui en avaient un extrême besoin : ce qui me convie à vous en faire, par ces lignes, de bien affectionnés remerciements, et à vous en demander la continuation, puisqu'elle n'a d'autre objet que l'avancement de la gloire de Dieu et l'honneur et la réputation de cet ordre. Je supplie de tout mon cœur la bonté
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de Dieu de vouloir récompenser votre zèle et charité de ses grâces et bénédictions, et me donner le pouvoir de vous témoigner combien je m'en reconnais votre, etc. Le grand maître Lascaris de Malte, le sept septembre 1637. »
M. le commandeur, considérant que ce n'était pas assez
1 de nettoyer les ruisseaux, si on ne purifiait la source, ne se contenta pas de bien faire ces visites; mais outre cela, il voulut procurer qu'on élevât de bons ecclésiastiques dans la maison du Temple, à Paris, et qu'on choisît pour cet effet les personnes que l'on reconnaîtrait bien appelées de Dieu pour lui rendre service dans cette religion, afin que ceux qui en prendraient l'habit en reçussent aussi le véritable esprit, et qu'on pût après tirer d'entre eux des sujets propres pour remplir dignement les cures et renouveler ainsi peu à peu toute la face de ce grand ordre. Mais ce bon dessein n'eut pas tout l'effet qu'on en espérait, quoique M. Vincent eût été prié de s'y appliquer, et que pour cela il eût fait quelque séjour dans le Temple; parce l,uc n'ayant pas eu la liberté d'y agir à sa façon, il n'y put pas réussir, comme il eût bien désiré. Voici ce qu'il en écrivit alors à une personne de confiance : « L'on me violente, dit-il, par la précipitation de l'affaire du Temple, dont je crains qu'on n'ait pas un succès tel que je le souhaite. Je le dis et redis, et néanmoins l'on passe par-dessus. L'humilité m'oblige à déférer, et la raison me fait appréhender. In . mine Domini1. Je ne vois rien de plus commun que le mauvais succès d'une affaire précipitée. »
) L'on apprend par une autre lettre de M. le grand maître de Malte, que M. Vincent lui en avait écrit plusieurs pour le service de M. le commandeur de Sillery et pour lui recommander ses pieuses intentions. Et en effet, il obtint
1. Comme nous disons vulgairement : Allons, à la garde de Dieu 1 C'était une formule pieuse qui revenait souvent sur les lèvres de saint Vincent.