‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 107 sur 201 · Lettre à Antoine Portail, du i5août i · texte numérisé non relu

Lettre à Antoine Portail, du i5août i

Mais en quel pays? Il pensait comme le prophète Habacuc, envoyer quelque secours à ces prélats dont il parle dans sa lettre; et il est comme emporté subitement en Babylone parmi des lions. Il reçoit un ordre du roi par M. le chancelier1, d'envoyer vingt prêtres à l'armée pour y faire une mission, qui était une chose non moins difficile que nouvelle et extraordinaire; et il pouvait bien dire comme ce prophète, qu'il ne savait pas le chemin de cette Babylone et qu'il n'avait jamais été en aucune armée; mais il se laissa prendre et porter par la tête, c'est-à-dire qu'il soumit son jugement, et fit voir qu'il n'excellait pas moins en l'obéissance et en l'affection de servir son roi, que dans les autres vertus. Il fit aussitôt partir quinze missionnaires, n'en ayant pas davantage2, et les envoya au rendez-vous de l'armée; d'où ils se dispersèrent en tous les quartiers où les régiments étaient campés, pour y travailler selon le dessein pour lequel ils avaient été envoyés. M. Vincent s'en alla en même temps à Senlis où était le roi, pour offrir son service et celui de toute sa Congrégation à Sa Majesté, et après s'être acquitté de ce devoir, il y laissa un de ses prêtres 3 pour recevoir les ordres de sadite Majesté et les envoyer au supérieur de cette mission. Il fit ensuite acheter une tente pour servir aux missionnaires de l'armée, et leur envoya des meubles et des vivres, avec un mulet et une charrette, pour les porter et leur servir dans leurs besoins. Et il leur donna depuis le

i. Séguier (Pierre). Lettre du ier septembre x636.

2. Ceux qui sont nommés dans les lettres de saint Vincent sont du Coudray, Lambert, Grenu, Mulan et le frère Alexandre.

3. G'était Robert de Sergis. La peste ayant éclaté dans l'armée, Vincent ne craignit pas d'enlever au roi le prêtre qui se tenait près de lui pour l'envoyer au milieu des malades. « Allez donc, Monsieur, lui écrivait-il, allez dans le même esprit que saint François Xavier alla aux Indes, et vous en remporterez, comme lui, la couronne que Jésus-Christ vous a méritée par son sang précieux, et qu'il vous donnera si vous honorez sa charité.» (Lettre à de Sergis, Lettres, U I", p. I47-)

CHAP. XXXIII. MISSIONS DANS LES ARMÉES 23l

règlement suivant par lequel il leur prescrivit ce qu'ils avaient à observer et à faire pendant cette mission.

« Les prêtres de la Mission qui sont à l'armée se représenteront que Notre-Seigneur les a appelés à ce saint emploi : i° Pour offrir leurs prières et sacrifices à Dieu pour l'heureux succès des bons desseins du roi et pour la conservation de son armée; 2° Pour aider les gens de guerre qui sont dans le péché à s'en retirer, et ceux qui sont en état de grâce à s'y conserver. Et enfin, pour faire leur possible que ceux qui mourront sortent de ce monde en état de salut.

« Ils auront pour cet effet une particulière dévotion au nom que Dieu prend dans l'Ecriture, du Dieu des armées; et au sentiment qu'avait Notre-Seigneur quand il disait : non veni pacem mittere, sed gladium : et cela pour nous donner la paix, qui est la fin de la guerre.

« Ils se représenteront que si bien ils ne peuvent ôter tous les péchés de l'armée, que peut-être Dieu leur fera la grâce d'en diminuer le nombre; qui est autant que si Ton disait, que si Notre-Seigneur devait être encore crucifié cent fois, il ne le sera peut-être que quatre-vingt-dix ; et si mille âmes par leurs mauvaises dispositions devaient être damnées, ils feront en sorte avec le secours de la miséricorde et de la grâce de Dieu, qu'il y en aura quelques-unes de ce nombre qui ne le seront pas.

« Les vertus de charité, de ferveur, de mortification, d'obéissance, de patience et de modestie leur sont grandement nécessaires pour cela : c'est pourquoi ils en feront une continuelle pratique intérieure et extérieure, et notamment de l'accomplissement de la volonté de Dieu.

« Ils célébreront la sainte Messe tous les jours, et communieront à cet effet.

« Ils honoreront le silence de Notre-Seigneur aux heures accoutumées, et toujours à l'égard des affaires d'état. Ils ne témoigneront leurs peines qu'à leur supérieur, ou à celui qu'il leur ordonnera.

« Si on les applique à entendre les confessions des pestiférés, ils le feront de loin et avec les précautions nécessaires, et laisseront l'assistance corporelle tant de ceux-ci que des autres malades, à ceux que la Providence emploie en ces fonctions.

« Ils feront souvent des conférences, après avoir pensé devant Dieu aux sujets qui seront proposés, par exemple :

« i ° De Timportance qu'il y a que les ecclésiastiques assistent les armées ;

« 2° En quoi consiste cette assistance;

« 3° Les moyens de la bien faire.

« Ils pourront traiter par la même méthode d'autres sujets qui leur seront convenables en cet emploi : comme de l'assistance des malades; de quelle manière on se comportera pendant les combats et les batailles; de l'humilité, de la patience, de la modestie, et des autres pratiques requises dans les armées.

« L'on observera le plus exactement que Ton pourra les petits règlements de la Mission, notamment à l'égard des heures du lever et du coucher, de l'oraison, de l'office divin, de la lecture spirituelle et des examens.

« Le supérieur distribuera les offices à chacun; donnera à l'un, celui de la sacristie; à l'autre, celui d'entendre les confessions de la Compagnie et de la lecture de table; à l'autre, des malades; à l'autre, de l'économie et apprêt du manger; à l'autre, de la tente et des meubles, pour les faire charger et décharger, et mettre en place. Et les uns et les autres seront employés aux prédications et confessions, selon que le supérieur le jugera expédient.

« Ils logeront et vivront ensemble si faire se peut, quoiqu'ils soient distribués dans les régiments. Que si on les emploie en divers lieux, comme en l'avant-garde, ou en l'arrière-garde, ou au corps de l'armée, le supérieur qui les distribuera, fera en sorte qu'ils logent sous des tentes, si faire se peut. »

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