CHAP. II. — SA NAISSANCE
porta notre Vincent à concevoir dès son plus jeune âge, et à nourrir en son cœur toute sa vie, une dévotion toute particulière envers cette Reine du ciel, se voyant né dans un lieu qui lui était dédié et qui était sous sa protection spéciale.
Ses parents ont été pauvres des biens de ce monde, vivant de leur travail; son père se nommait Jean de Paul1, sa mère Bertrande de Moras, et tous deux ont vécu non seulement sans aucun reproche, mais aussi dans une grande innocence et droiture. Ils avaient une maison2 et quelques petits héritages qu'ils faisaient valoir par leurs mains, à quoi ils étaient aidés par leurs enfants, qui furent six, savoir : quatre garçons et deux filles. Vincent était le troisième, et, dès son enfance, il fut comme les autres employé à travailler, et particulièrement à mener paître et garder les bestiaux de son père.
Et en cela il semble que Dieu ait voulu poser et établir sur cette humble et pauvre extraction le premier fondement de l'édifice des vertus, qu'il voulait élever en l'âme de son fidèle serviteur; car, comme a fort bien dit saint Augustin, celui qui veut devenir grand devant Dieu, doit commencer par une très profonde démission 3 de so i-même, et plus il prétend élever l'édifice de ses vertus, plus doit-il creuser
1726, et Histoire de Notre-Dame de Bu glose et souvenirs du berceau de Vincent de Paul, par l'abbé Labarrère, Paris, 1857.
1. Collet l'appelle Guillaume de Paul. — Vie de saint Vincent de Paul, t. 1er, p. 5. Édit. de 1748, Nancy, 2 vol. in-4. C'est l'édition que nous citerons.
2. Cette maison a été conservée et elle est devenue un but de pèlerinage. Transférée seulement à une petite distance du lieu qu'elle occupait primitivement, elle a été reconstruite avec les mêmes matériaux placés dans la même disposition qu'auparavant. On a dressé à l'intérieur un autel, mais on a laissé à l'humble édifice son antique simplicité. Autour du Berceau de saint Vincent se sont groupées les diverses œuvres de charité établies par le saint. —Voir la Notice sur le Berceau de saint Vincent de Paul, Annales de la Congrégation de la Mission, t. LI, p. 481.