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que cette Congrégation, non seulement à l'extérieur dans ses premiers commencements, mais aussi quant aux sentiments intérieurs de M. Vincent et des premiers prêtres qui s'associèrent avec lui. Ils se considéraient comme les moindres de tous ceux qui travaillaient dans le ministère de l'Eglise, et se destinaient seulement à servir dans les œuvres les plus basses, les plus abandonnées et les plus méprisées selon le commun sentiment du monde : comme à instruire et catéchiser les pauvres, particulièrement dans les villages et autres lieux plus abandonnés; assister, secourir et aider les pauvres malades ; disposer les uns et les autres à faire de bonnes confessions générales; et se rendre comme les serviteurs non seulement des curés et des autres prêtres, mais aussi des villageois, des galériens et des plus misérables personnes, pour servir aux uns et aux autres gratuitement et sans en recevoir aucune chose, se tenant beaucoup honorés de servir Jésus-Christ en leurs personnes, et réputant à un grand avantage que les curés voulussent permettre et souffrir qu'ils exerçassent les œuvres de charité dans leurs paroisses selon leur Institut. Cependant il a plu à Dieu répandre de grandes bénédictions sur ces petits commencements, et en faire naître en fort peu de temps une Compagnie nombreuse qui s'est heureusement étendue en divers lieux, comme il sera dit en la suite de cet ouvrage, et qui a saintement contribué et contribue encore tous les jours, avec une spéciale bénédiction, à l'avancement du royaume de Jésus-Christ.
Ce fut, comme il a été déjà dit, en Tannée 1625, après la mort de Mme la générale des galères, que M. Vincent se retira au collège des Bons-Enfants, dont M. l'archevêque de Paris lui avait fait prendre la principauté, à l'instance de ladite dame et de M. le général, pour servir au dessein de leur fondation. M. Portail, dont il a été ci-devant parlé, ayant déjà demeuré douze ou quinze ans avec M. Vincent, ne le voulut pas quitter en une si belle occasion de servir
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Dieu, mais, prenant une nouvelle résolution de ne s'en jamais se'parer, se retira avec lui en ce collège à dessein de s'employer en sa compagnie à l'exercice des missions. Et pour travailler avec plus de fruit, ils convièrent de se joindre à eux un autre bon prêtre !, auquel ils donnaient cinquante écus par an pour s'entretenir, et ils allaient tous trois de village en village, catéchiser, exhorter, confesser et faire les autres fonctions et exercices de la mission, avec simplicité, humilité et charité, à leurs propres dépens, sans demander ni même vouloir recevoir aucune chose de personne. Ils travaillaient premièrement aux lieux où la mission était fondée, et puis ils allaient faire le même en d'autres paroisses, particulièrement en celles du diocèse de Paris. Et comme ils n'avaient pas le moyen d'entretenir des serviteurs qui demeurassent pour garder le collège en leur absence, quand ils en partaient pour aller en mission, ils en laissaient les clefs à quelqu'un des voisins.
Qui eût jamais pensé alors que de si petits commencements dussent avoir un tel progrès que l'on voit maintenant, et que deux pauvres prêtres, allant ainsi travailler dans les villages et autres lieux inconnus et abandonnés, eussent posé sans y penser les fondements d'un si grand édifice spirituel, que Dieu a voulu élever dans son Eglise? C'était un des étonnements de M. Vincent, lequel parlant un jour sur ce sujet à la communauté de Saint-Lazare : 'i Nous allions, dit-il, tout bonnement et simplement, envoyés par nosseigneurs les évèques, évangéliser les pauvres, ainsi que Notre-Seigneur avait fait : voilà ce que nous
i. C'était Adrien Gambart, prêtre du diocèse deNoyon (1600-1668). Entre autres ouvrages, il a publié le Missionnaire paroissial, recueil très estimable d'instructions; on y trouve une application constante de la méthode de prédication recommandée par saint Vincent. — Voy. Notices bibliographiques sur les écrivains de la Congrégation de la Mission, par un prêtre de la même Congrégation. In-8, Angoulême, 1878; supplément, article Gambart.
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faisions ; et Dieu faisait de son côté ce qu'il avait prévu de toute éternité. Il donna quelque bénédiction à nos travaux ; ce que voyant d'autres bons ecclésiastiques, ils se joignirent à nous et demandèrent d'être avec nous : non pas tous à la fois, mais en divers temps. O Sauveur ! qui eût jamais pensé que cela fût venu en l'état où il est maintenant ? Qui m'eût dit cela pour lors, j'aurais cru qu'il se serait moqué de moi. Et néanmoins c'était par là que Dieu voulait donner commencement à la compagnie. Eh bien! appellerez-vous humain ce à quoi nul homme n'avait jamais pensé? car ni moi ni le pauvre M. Portail n'y pensions pas, hélas ! nous en étions bien éloignés1. »
M. l'archevêque de Paris, messire Jean-François de Gondi, ayant ensuite donné une approbation authentique au premier dessein de l'institution de la Congrégation de la Mission, par ses lettres du 24 d'avril 1626 2, en la même manière qui était exprimée dans le contrat de fondation, deux bons prêtres de Picardie, nommés MM. François du Goudray et Jean de la Salle 3, vinrent s'offrir à M. Vincent, pour vivre et pour travailler sous sa conduite avec M. Portail. Il les reçut et les associa tous trois avec lui, en exécution de ladite fondation, par acte passé par-devant deux notaires du Châtelet, du 4 septembre, au même an 16264. Le feu roi Louis XIII de glorieuse mémoire, par ses lettres patentes du mois de mai 1627 expédiées en faveur dudit seigneur général des galères, en confirmant et agréant ledit contrat de fondation, permit ladite association et congrégation des Prêtres de la Mission, pour vivre en commun et s'établir en tels lieux du royaume de France que bon