‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 8 sur 201 · A LA REINE, MÈRE DU ROI · texte numérisé non relu

A LA REINE, MÈRE DU ROI

L'accueil favorable que Votre Majesté a toujours fait à M. Vincent pendant qu'il vivait sur la terre, et les témoignages de bienveillance dont elle a honoré sa mémoire après sa mort 2, m'ont donné sujet d'espérer qu'elle agréerait cet ouvrage, qui n'est qu'un crayon de la vie et des vertus de ce grand serviteur de Dieu, que je me suis étudié de tracer avec toute la fidélité qu'il m'a été possible. Il est bien vrai qu'on n'y trouvera pas les ornements qui sembleraient convenables pour le rendre digne d'être présenté à une si grande princesse ; mais j'ai pensé que plus cette copie serait simple et naïve, plus aussi serait-elle conforme à son original, et plus favorablement reçue de Votre Majesté, qui reconnaîtrait mieux M. Vincent lorsqu'elle le verrait paraître dans son équipage ordinaire, c'est-à-dire,

i. Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.

2. Lorsque, à la mort de Louis XIII, son époux, Anne d'Autriche devenue régente eut institué le conseil de Conscience pour les affaires ecclésiastiques, elle appela aussitôt saint Vincent à en faire partie. — Comme l'écrivit plus tard Louis XIV au Pape (Lettre du 2 août 1706), la Reine Mère avait distingué les vertus du serviteur de Dieu; elle le lui témoigna par de grandes marques de confiance. Quand il mourut, elle s'écria : « Quelle perte viennent de faire et l'K^lise et les pauvres! »

Vïe. - 1

2 DEDICACE DE I. AUTEUR

avec son humilité, sa simplicité et sa candeur accoutumées. Et pour y réussir plus heureusement, quoique ce saint homme pendant sa vie ait toujours retenu autant qu'il a été en son pouvoir sous le voile du silence les excellentes grâces qu'il recevait de Dieu, j'ai fait néanmoins ce que j'ai pu pour l'obliger de parler après sa mort et nous en déclarer quelque partie, ayant soigneusement recueilli ce qu'il a dit sur ce sujet en diverses rencontres, lorsque sa charité l'a contraint de découvrir ce que son humilité eût voulu cacher. Si Votre Majesté daigne lui donner quelque audience, il aura l'honneur de l'entretenir de plusieurs sujets qui sans doute contenteront sa piété, et tout ensemble lui donneront beaucoup de consolation, reconnaissant combien de grandes choses ont été faites pour la gloire de Dieu et l'accroissement du royaume de Jésus-Christ durant le temps de sa régence, non seulement par sa permission et sous l'appui de son autorité, mais encore par la coopération de son zèle et par l'application de ses soins et de ses libéralités. Et ce qui doit combler de joie Votre Majesté est que toutes ces grandes œuvres subsistent encore, s'augmentent et se perfectionnent toujours, à la faveur de la très sage conduite de notre incomparable monarque, qui éclaire comme un soleil et vivifie en même temps toutes les parties de son royaume, et qui, parmi les plus importantes affaires auxquelles il s'applique, pour le bien de son État, avec une force d'esprit infatigable, ne laisse pas d'étendre ses soins et d'employer son zèle pour maintenir en tout lieu la véritable religion et la solide piété.

DÉDICACE DE L' AUTEUR

C'est, Madame, ce qui obligera encore plus particulièrement celui duquel nous écrivons la vie, et dont l'innocence et la sainteté nous donnent tout sujet de le croire dans le ciel avec Dieu, d'employer incessamment ses prières pour obtenir de son infinie bonté toutes sortes de bénédictions sur la personne de ce grand prince, sur celle de Votre Majesté, et sur toute la maison royale, en reconnaissance des grâces et faveurs qu'il en a reçues, et qu'il continue d'en recevoir en la personne des siens.

Pendant qu'il a vécu sur la terre, et même dans les temps les plus périlleux et difficiles, il a toujours fait profession d'une constante fidélité envers le roi et d'une affection sincère pour tout ce qui concernait le bien de son service; et puisque les vertus des saints ne meurent point, et que leur charité est toujours vivante, il y a grande raison de croire que M. Vincent conserve dans le ciel cette même affection et ce même zèle, pour procurer auprès de Dieu toutes sortes de biens à la personne du roi, à Votre Majesté, et à tout ce qu'elle a de plus cher. Ce ne lui est pas un petit'sujetde consolation d'être assuré d'avoir un fidèle serviteur, ou bien, pour parler plus conformément aux sentiments de votre piété, un intercesseur et un protecteur qui lui est parfaitement acquis auprès de Dieu, lequel, comme un autre Jérémie !, est continuellement prosterné devant le trône de

i. Allusion à la vision de Judas Macchabée, qui aperçut dans le ciel Jérémie priant pour le peuple et pour la Ville Sainte : Hic est qui multum orat pro populo et universa sancta civitate, Jeremias propheta Dei. (II Machab., xv, 14.)

4 DEDICACE DE L AUTEUR

cette adorable Majesté pour lui demander tout ce qu'il voit, dans ce grand jour de la gloire, être vraiment salutaire à Votre Majesté et favorable à l'accomplissement de ses justes désirs.

Pour moi, Madame, ayant été prévenu et comblé des grâces du roi, et ayant ressenti les effets de votre bienveillance sans jamais les avoir mérités, et d'ailleurs me jugeant incapable d'en rendre à Votre Majesté une reconnaissance telle que je lui dois, je la supplie de souffrir que j'emprunte de celui dont j'écris la vie ce qui me manque pour m'acquitter de ce devoir; et qu'à son exemple, et sous la faveur des mérites qu'il s'est acquis par ses fidèles services, je me dise, avec tout le respect qui m'est possible,

Madame,

De Votre Majesté, Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet,

LOUIS, Évèque de Rodez.

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