CHAP. XXV. — -EXERCICES DES ORDINAXDS
leur faire prendre l'esprit ecclésiastique, desquels on pourrait après pourvoir les paroisses.
M. de Beauvais ayant fort goûté cette pensée, il arriva un jour que, faisant voyage et menant avec lui M. Vincent dans son carrosse, au mois de juillet de l'année 1628, ce bon prélat demeura quelque temps les yeux fermés sans parler, méditant quelque chose dans son esprit. Ceux qui raccompagnaient s'étant retenus dans le silence, croyant qu'il sommeillait, il ouvrit les yeux et leur dit qu'il ne dormait pas, mais qu'il venait de penser quel serait le moyen le plus court et le plus assuré pour bien dresser et préparer les prétendants aux saints Ordres; et qu'il lui avait semblé que ce serait de les faire venir chez lui et de les y retenir quelques jours pendant lesquels on leur ferait faire quelques exercices convenables, pour les informer des choses qu'ils devaient savoir et des vertus qu'ils devaient pratiquer. Alors M. Vincent, qui lui avait déjà représenté en général la nécessité de cette préparation, en approuva grandement la manière et, élevant la voix, lui dit : « O Monseigneur! voilà une pensée qui est de Dieu; voilà un excellent moyen pour remettre petit à petit tout le clergé de votre diocèse en bon ordre. » Et sur cela, l'ayant encouragé de plus en plus à commencer une si sainte entreprise, ce vertueux prélat se résolut dès lors d'en venir à l'exécution. En se séparant de M. Vincent, il lui dit qu'il allait faire préparer toutes choses à cette fin, le priant de penser aux matières propres pour entretenir ceux qui se présenteraient à l'ordination et de mettre par écrit l'ordre qu'il devait observer pendant cette retraite. Il le convia aussi de se rendre à Beauvais quinze ou vingt jours avant le temps de la prochaine ordination, qui se devait faire au mois de septembre suivant. M. Vincent ne manqua pas de faire ce que ce prélat lui avait prescrit, « étant plus assuré, comme il le disait, que Dieu demandait ce service de lui, l'ayant appris de la bouche d'un évèque, que s'il lui avait été révélé par un ange ».
Lorsqu'il fut arrivé à Beauvais, M. l'évêque, après l'examen des ordinands, fit lui-même l'ouverture des exercices; et les entretiens dont le projet avait été disposé furent continués jusqu'au jour de l'ordination, par M. Vincent et par MM. Messier et Duchesne, docteurs de la faculté de Paris, à peu près selon l'ordre qu'on a depuis suivi et que l'on suit encore maintenant. M. Vincent expliqua particulièrement le Décalogue aux ordinands; ce qu'il fit d'une manière si nette et tout ensemble si affective et si efficace, que ses auditeurs en conçurent un désir de lui faire des confessions générales. Et même M. Duchesne, docteur, qui faisait de son côté une partie de ces entretiens, en fut tellement touché, qu'il voulut faire une confession générale de toute sa vie à M. Vincent : de quoi les ordinands furent grandement édifiés.
A quelque temps de là, M. l'évêque de Beauvais étant venu à Paris et ayant entretenu feu M. l'archevêque des grands fruits que ces exercices commençaient à produire dans son diocèse, il lui en fit voir l'importance, l'utilité, et même la nécessité ; de telle sorte que ce bon prélat ordonna, au commencement de l'année i63i, que tous ceux qui seraient admis pour recevoir les Ordres dans son diocèse seraient obligés de se retirer chez les prêtres de la Congrégation de la Mission, dix jours avant chaque ordination, pour être informés par eux des dispositions requises et aidés à les obtenir de Dieu. M. Vincent, obéissant à cette Ordonnance, commença, dès le carême suivant, à recevoir les ordinands au collège des Bons-Enfants, n'ayant pas encore son établissement à Saint-Lazare, et leur fit faire les exercices pendant le temps prescrit parla même Ordonnance; ce qui a toujours été continué depuis ce temps-là jusqu'à maintenant1. De cette première maison de la Con-
1. De tous les ordinands qui, sortis de Saint-Lazare, y revinrent ensuite comme prédicateurs, pour communiquer à d'autres le don
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grégation de la Mission, cette sainte pratique de retirer et exercer les ordinands pendant quelques jours s'est communiquée et répandue par le zèle de M. Vincent en plusieurs autres diocèses de France et d'Italie, et même jusque dans Rome, avec un fruit et une bénédiction qui se peuvent mieux reconnaître par les effets qu'expliquer par des paroles. Nous réservons de faire voir plus en particulier dans le second livre l'ordre qu'on observe en ces exercices, les fruits qu'ils ont produits, et les raisons principales qui en font connaître l'importance et la nécessité pour le bien de l'Église.
qu'ils avaient reçu, le plus illustie est sans contredit Bossuet. Dans e carême de i652, il y était venu faire sa retraite de préparation au sacerdoce, et les deux plus grands hommes du siècle, l'un par le génie, l'autre par la charité, se comprirent aussitôt et formèrent entre eux une liaison que la mort même ne put dissoudre. Après la mort du saint, l'évêque de Meaux écrivait à Clément XI : « Le vénérable prêtre Vincent de Paul nous fut connu dès notre jeunesse, et c'est dans ses pieux discours et ses conseils que nous avons puisé les vrais et purs principes de la piété chrétienne et de la discipline ecclésiastique : souvenir qui, même à cet âge, nous est un charme merveilleux. » (Lettre du 2 août 1702.)
Initié au sacerdoce et archidiacre de Metz, Bossuet se trouvait, en 165g, à Paris, où sa parole avait déjà retenti dans les chaires avec éclat, lorsque Vincent de Paul l'invita à faire les Conférences de Saint-Lazare pour l'ordination de Pâques. Il accepta; et quand, sa mission remplie, il alla saluer Vincent et lui dire adieu, le vénérable supérieur, le pressant dans ses bras, lui demanda la promesse de venir en 1660 faire pour l'ordination de la Pentecôte ce que tout à l'heure il avait si bien fait pour celle de Pâques. Et en effet, l'année suivante, Bossuet fut fidèle au rendez-vous, et cette fois il se surpassa lui-même. C'est ce qu'atteste l'abbé Fleury, l'historien de l'Église, qui se préparait aux ordres et assista aux instructions. Ainsi en fut-il en i663 et 1666, après la mort de saint Vincent de Paul, lorsque Aimeras, second supérieur de la Mission, obtint de Bossuet qu'il viendrait encore donner les exercices des ordinands. Au terme de sa vie, Bossuet parlait encore des retraites qu'il avait prêchées à Saint-Lazare, à la prière de Vincent de Paul, et il se rappelait avec émotion, et en même temps avec humilité, « ce travail que nous osâmes, disait-il, entreprendre, aidé des avis de cet homme de Dieu et soutenu par ses prières». (L'abbé Maynard, Saint Vincent de Paul, 1. IV, ch. 11.)
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Ij8 LA VIE DE S. VINCENT DE PAUL