‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 85 sur 201 · Mat th., xi · texte numérisé non relu

Mat th., xi

l8o LA VIE DE S. VINCENT DE PAUL

très particuliers de reconnaissance envers Dieu, le remerciant, et se tenant grandement obligé à sa bonté de ce qu'il daignait se servir de lui et des siens pour opérer tous ces effets de sa miséricorde et de sa grâce. C'est aussi pour cette considération qu'il a toujours eu une affection tout extraordinaire de conserver dans sa Compagnie cette pratique des retraites qu'il appelait un don du ciel, quoiqu'elle lui fût grandement à charge, et qu'outre la peine que lui et les siens en recevaient, cela l'obligeât de faire une dépense fort notable, nourrissant gratuitement la plupart de ce grand nombre d'exercitants qui passent tous les ans par Saint-Lazare et par les autres maisons de la Mission, sans qu'il y ait aucune fondation ni revenu destiné pour les défrayer. Mais ce grand serviteur de Dieu n'avait aucun égard à la dépense, quand il était question de procurer le salut des âmes qui avaient coûté si cher à Jésus-Christ ' ; il lui semblait, selon ce que dit le Saint-Esprit dans les Cantiques, que quand bien même il eût employé toute la substance de la maison pour de telles œuvres de charité, il n'aurait encore rien fait au prix de ce qu'il croyait que cette divine vertu l'obligeait de faire.

Et comme s'il n'eût pas encore été pleinement satisfait de ce que les hommes de toute sorte de conditions trouvaient dans les maisons de sa Compagnie des aides si propres pour leur sanctification et pour leur salut, sa charité qui ne disait jamais : C'est assez, a procuré aussi que des femmes et des filles trouvassent quelquefois un semblable secours pour le bien spirituel de leurs âmes dans la maison des Filles de la Charité, où Mllb Le Gras les recevait à bras ouverts et leur rendait toutes les assistances qu'elle pouvait avec un cœur qui n'était jamais las de bien faire.

Voici l'extrait d'une lettre que M. Vincent lui écrivit un jour sur ce sujet :

i. Summar., p. \^b, 147 et 207

CHAP. XXVI. RETRAITES SPIRITUELLES l8l

« Mme la présidente Goussault et MIle Lamy s'en vont faire chez vous leur petite retraite. Je vous prie de les servir en cela, de leur donner le partage du temps que je vous ai mis en main, de leur marquer les sujets de leurs oraisons, d'écouter le rapport qu'elles vous feront de leurs bonnes pensées, en présence Tune de l'autre, et faire faire lecture de table pendant leur repas, au sortir duquel elles pourront se divertir d1une manière gaie et modeste. Le sujet pourra être des choses qui leur seront arrivées pendant leur solituds, ou qu'elles auront lues des histoires saintes. Et s'il fait beau après le dîner, elles se pourront promener un peu; hors ces deux temps, elles observeront le silence. Il sembon qu'elles écrivent les principaux sentiments qu'elles auront eus en l'oraison et qu'elles disposent leur confession générale pour mercredi. La lecture spirituelle pourra être de l'Imitation de Jésus-Christ, de Thomas a Kempis, en s'arrêtant un peu à considérer sur chaque période, comme aussi quelque chose de Grenade, rapportant au sujet de leur méditation. Elles pourront encore lire quelques chapitres des Evangiles. Mais il sera bon que le jour de leur confession générale, vous leur donniez l'oraison du Mémorial de Grenade, qui est pour exciter à la contrition. Au reste, vous veillerez à ce qu'elles ne se pressent pas trop âprement en ces exercices. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne son Esprit pour cela. »

Une autre dame ayant fait sa retraite en la même maison des Filles de la Charité, en quelque autre occasion, et sur la fin ayant donné à Mlle Le Gras ce qu'elle avait mis par écrit de ses bons sentimens et résolutions, pour les envoyer à M. Vincent, comme elle fit, ce sage et expérimenté directeur, les ayant lues, lui écrivit en ces termes :

« Je vous envoie les résolutions de Mme N., qui sont bonnes ; mais elles me sembleraient encore meilleures si elle descendait un peu au particulier. Il sera bon d'exercer à cela celles qui feront les exercices delà retraite chez vous ;

le reste n'est que production de l'esprit, lequel, ayant trouva quelque facilité et même quelque douceur en la considération d'une vertu, se flatte en la pensée d'être bien vertueux ; néanmoins, pour le devenir solidement, il est expédient de faire des bonnes résolutions de pratique [sur les actes particuliers des vertus, et être après fidèle à les accomplir. Sans cela, on ne l'est souvent que par imagination. »

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