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Ce voyage se fait sous la conduite du Saint-Esprit : le Messie, en effet, vient sanctifier son Précurseur. L'Ange en parlant de ce dernier avait dit qu'il serait grand devant le Seigneur, qu'il marcherait devant lui avec l'esprit et la vertu d'Élie; mais il n'est pas moins vrai que pour le moment le futur Précurseur n’était encore qu'un malheureux captif du & "nou, à cause du péché originel avec leques 1l avait été conçu. Or le Rédempteur veut affranchir son Précurseur, et la grande hâte que Marie déploie duns ce long et pénible voyage n’est pas autre chose que l'impulsion du Verbe caché
qui vient délivrer son cousin des fers du demon.
Considérez ici le grand amour que le Messie incarné a témoigné à sa propre Mère, ï la digne fille de sainte Anne, en voulant se servir de son ministère pour ouvrir la toute première fc's cette source de gräces t de miséricordes qui devait jaillir dans lu suite avec tant d'abondance pour le salut des tunes. Oui, cette faveur que le Verbe de Dieu accorda à son Précurseur, c’est par l'entremise de Marie qu'il la voulait faire. Oh! quels effets admirables la voix seule de Marie peut opérer dans les cœurs!
C’est ce que le récit de l'Evangile va nous apprendre en détails :
‘En ces jours, dit le texte sacré, Marie se levant, s’en alla en hâte vers les montagues, dans une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Et il arriva que, quand Elisabeth eut ouï la salutation de Marie, l’enfant qu'elle portait tressaillit en son sein. Elle fut remplie du Saint-Esprit; et elle s’écria à haute voix: Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles! Et d'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi?
Car à peine votre salutation est-elle parvenue à mes oreilles que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Et bienheureuse êtes-vous qui avez cru; car elles s’accompliront les choses qui vous ont été dites par le Seigneur.”
O Marie, notre Mère! que votre douce voix retentisse souvent aux oreilles de notre cœur, afin que nous aussi nous soyons remplis de l’Esprit-Saint! Oh! que j'aime à vous entendre chanter: Magnificat, Mon âme glorifie ie Seigneur; et mon esprit est ravi de joie en Dieu, mon Sauveur: parce qu'il a regardé l’humilité de sa servante; car voici que désormais toutes les géncrations me diront bienheureuse. Parce qu'il a fait en moi de grandes choses, Celui qui est puissant : et son nom est saint. Et sa miséricorde s'étend de génération en gént-
ration sur ceux qui le craignent. Il a déployé la force de son bras; il a dissipé les orgueilleux dans 1°: p°nsées de leur cœur.
Il a renversé les “uissants de leurs trônes, et il a élevé les ::umbles. Il a rempli de biens ceux qui avait faim, et il a renvoyé les riches les mains vides. Il a pris en sa protection Israël, son serviteur, se ressouvenant de sa miséricorde, ainsi qu'il a parlé à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour toujours.”
Apprenons ici à connaître et à imiter Marie. Elle avait entendu un archange lui dire: ‘La chose sainte qui naïîtra de vous s'appellera lo Fils du Très-Haut’’; et elle avait répondu seulement qu'elle était la très humble servante du Seigneur. L’Esprit-Saint révèle aujourd’hui à Elisabeth la gloire incompréhensible de Marie; mais la fille de sainte Anne n’en garde rien pour elle; sa pieuse humilité rapporte tout à Dieu dont elle célèbre les infinies miséricordes.
‘Vous, répond-elle, vous glorifiez la Mère du Seigneur, mais mon âme glorifie le Seiyneur lui-même. Vous dites qu’au son de ma voix votre enfant a tressailli de joie; mon esprit a tressailli aussi d’une grande allégresse, mais en Dieu, mon Sauveur.
Vous m’appelez bienheureuse parce que j'ai cru; mais cette foi et ce bonheur ne sont qu'un effet de la miséricorde du Seigneur
qui a regardé favorablement la bassesse de sa servante. Et voilà pourquoi toutes les générations m'’appelleront bienheureuse.
C’est celui qui est puissant par lui-même qui m'a fait ces grandes choses; c’est celui dont le nom est la sainteté même. Sa miséricorde ne s'arrête pas à moi: elle s’étend de race en race, sur tous ceux qui le craignent. Il déploiera la puissance de son bras, il dissipera les superbes, il déposera les grands, il exaltera les humbles, :l rassasiera les affamés, il renverra dans l’inanition les riches, il recevra favorablement son serviteur Israël, il se ressouviendra pour lui de ses anciennes miséricordes, des promesses qu'il a faites à Abraham et à sa postérité; miséricordes, promesses qui subsistent à Jamais, in sæculu.
C’est ainsi que Marie rapporte à Dieu toutes les louanges dont elle est l’objet.
Plus elle est louée, plus elle loue Dieu.
Ne craignons donc point de la louer et de la bénir avec toutes les générations. Loucr et bénir Marie c’est louer et bénir Dieu lui-même.
‘Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois, avant de s’en retourner dans sa maison. Le huitième jour après, on circoncit le nouveau-né et on voulut l’appele* Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère répondit: Non, mais il sera appelt
Jean. On lui objecta qu'il n’y avait persoune dans la parenté qui s’appelât de ce nom. On demanda par signes au père, comment il voulait qu'il fût appelé. Et ayant demandé des tablettes, il y écrivit :
Jean est son nom. Et tous en furent dans l'admiration. Aussitôt sa bouche fut ouverte et sa langue déliée ; il parlait et louait Dieu. La crainte du Seigneur se répandit sur tous leurs voisins; et le récit du prodige fut divulgué dans tout le pays des montagnes de Judée. Tous ceux qui ouïrent ces paroles miraculeuses les mirent dans leur cœur, disant : Que pensez-vous que sera cet enfant? La main du Seigneur est visiblement avec lui.”
Zacharie se mit ensuite à prophétiser :
‘*Benedictus, “+ soit le Seigneur, Dieu d'Israël, s’écrr ‘ parce qu'il a visité son peuple et en a opéré la rédemption. Et il nous a élevé un boulevard de salut dans la maison de David, son serviteur: ainsi qu’il l'avait promis par la bouche de ses saints prophètes qui ont été depuis le commencement des siècles. Oui, il avait promis de nous sauver de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent. Il avait juré d'exercer sa miséricorde envers n9s pères et de se souvenir de son alliance sainte. C’est un serment qu'il a fait à Abraham, notre père, de nous accorder la
grace, qu'étant délivrés de la main de nos ennemis, nous le se:vions en sa présence sans crainte, dans la sainteté, dans la justice, tous les jours le notre vie. Et toi, enfant, tu seras appelé le Prophète du Très-Haut, car tn marcheras devant la face du Seigneur pour nous préparer ses voies et pour donner la science du salut à son peuple et la rémission des péchés. Ces faveurs nous les recevons par les entrailles de la miséricorde divine avec laqueile l’Orient nous a visités d’en naut; pour éclairer “eux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort et pour diriger nos pas dans la voie de la paix.”
Marie écouta attentivement ce cantique, dit saint Bonaventure, et elle repassa soigneusement toutes ces choses en son cœur.
Quant à saint Joseph, notons qu'il n’est pas étranger à la sanctification de Jean- Baptiste. De même que la Trinité céleste.
Père, Fils et Saint-Esprit contribue à la sainteté de tous les élus, ainsi la Trinité ter restre, Jésus, Marie et Jos ph devait cont:ibuer à la sanctification du type des élus. Or il est un fait digne de remarque c’est que dans ce my:tère, Joseph, le chef de la Sainte Famille, joue en quelque façon le même rôle que le Père dans l’œuvre du salut du monde: c'est Joseph qui, pour sanctificr Jean, envoie à son secours Jésus et Marie,
c'est-à-dire l’Auteur et le Canal de la gràce, comme Dieu le Père nous a envoyé son Fils et son Esprit-Saint.
Cependant remarquons encore que Joseph ne fut pas témoin de la scène qui se passa eutre Elisabeth et Marie. En efet la tradition nous dit qu’en arrivant, il se mit de suite à desseller l’humble monture sur Jaquelle il avait amené Marie. Et c’est pendant qu’il s’occupait de ces soins que Marie, dirigée par l'Esprit-Saint, pénétra directenent dans l'appartement d’Elisabeth, de manière que personne ne fut présent à leur eutrevue.
Saint Joseph se hâta de retourner à Nazareth quelques jours après son arrivée à Hébron. Il était trop attaché à son genre de vie pauvre et laborieuse, pour prolonger «cu séjour dans une maison où régnait l’abondance et où il se voyait vénéré, entouré de soins délicats.
Joseph nous a donné ici un bel exemple d'abnégation, de charité envers le prochain et de conformité à la volonté divine, car il s'est privé pour plusieurs mois de la eompagnie, de la conversation d’une Vierge incomparable dont il commençait à entrevoir la sublime grandeur, et qui lui était mille fois plus chère que la vie.
De ;!us saint Jorrph et sainte Anne ont donné au Seigneur des preuves éclatantes