‹ La vie de Victor HugoChapitre 2 sur 11 · A GEORGE HUGO · texte numérisé non relu

A GEORGE HUGO

Ne crois pas à l'oubli — fût-il en apparence, — 0 George, — un an après le sacre du grand mort. Son nom est si vivant, si bien debout, si fort, Il est si rayonnant dans les gloires de France, Qu'on foule en paix la tombe oii ton grand-père dort... Mais, George, ne crois pas à notre indifférence.

Il est resté pour toi, — George, mon cher enfant, — L'aïeul charmant qui gâte et qui jamais ne gronde; Quand tu songes qu'il n'est plus lit, ton cœur se fend. Et tu veux qu'à ton cri notre douleur réponde... Tu le pleures toujours'/... Songe que pour le monde Il vit en plein azur, comme un dieu triomphant.

L'ANNIVERSAIRE

Lorsque NapoU'on nioiinit à Sahttc-Ili'lhw,

Ceux qui iaimuicnt le plus, ses soldats, ont souri.

Ils sentaient avant tout sa gloire surhumaine...

Napoléon, mourir! — Leur piété sereine

N'admit jamais la mort de l'empereur chéri...

Les dieux ne meurent point : lu mort l'eût amoindri.

Un char de jUimmc emporte fJie au fond du rère;

Les dieux ne meiirent point, el c'est la rérite.

Ou bien sur leur tombeau toute douleur est brève;

Marie en pleurs a vu son fils ressuscité;

Pour tout homme plus grand que son humanité

ÏJt tombe n'est (/u'un socle oit sa gloire s'élève.

Rappelle-toi, — voici, George, un au Jour pour Jour, —

Les funérailles d'or, l'orgueil, les cris d'amour:

Devant le Panthéon, l'univers i/ui défile.

Et chaque nation l'aeclamunl it son tour;

— Toi, perdu parmi nous, sous le haut péristgle,

Tourné vers le cercueil, tu pleurais immobile.

Et te voyant ainsi, sur ce glorieux seuil.

Je ri)is il toi, te dire : « Enfant, l'heure est unique;

(c Qae d'étoiles, — vois donc! - sur le drap du cercueil!

« Ce mort français, le monde entier le revenili(iue!

v Tourne-toi du côte de la clameur pubUijUC,

a Des couronnes d'amour, des étendards d'orgueil! »

L'ANNIVERSAIRE

Tu regardas alors, et tu vis une foule

Immense, qui passait... quel fleuve!... encor, encov!

Dans la rue et la place, elle roule, elle coule,

Et les drapeaux (lottants, bercés avec la houle,

IS' élevaient qu'un seul nom sur mille hampes d'or!

Et, par-dessus, chantait la Gloire, en plein essor!

Et que faire, ayant fait et vu paveille ctiuse! George, pleure tout seul!... nous, nous levons les ijeux. Il est là-haut, pour nous, par-dessus les sept deux, Dominant ii Jamais l'ombre où, son corps repose... C'est là que vont nos cœurs; c'est là que sont les dieux... Tourne-toi du côté de son apothéose.

JEAN AIGARD.

Paris, ijuiii 1880.

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