EAUX-BONNES, EAUX-CHAUDES
Eaux-Chaudes continuent leur route au sud, par un chemin bordé de précipices qu'il a fallu conquérir parla sape el par la mine, au-dessus du Gave mugissant dans le rocher qui semble à peu de distance barrer tout à fait le passage. Il \ a des endroits où le défilé est si étroit, qu'il ressemble à une fissure imperceptible de loin. Mais on ne côtoie plus, presque à pic, le terrible gouffre du Thoura ou Hourat (mauvais trou), nom que porte aussi la montagne. L'ancienne route, aujourd'hui abandonnée, le contournait, et présentait, soit à la montée, soit à la descente, de certains et vrais dangers, outre celui de descendre tout d'un trait dans l'insondable précipice. L'approche des Eaux-Chaudes est tout à fait grandiose. La route des Eaux-Bonnes traverse, après la bifurcation, le gave de Gabas, sur un pont d'où la vue embrasse avec prestige l'étroite gorge dans laquelle coule le torrent à une effrayante profondeur. Une montée âpre et elliptique conduit à un autre pont de bois qui marque l'entrée des Eaux-Bonnes, un vrai goulet rocheux, avec un autre torrent à son extrémité, qui est celui que l'on traverse.
Le village des Eaux-Bonnes se compose d'une seule rue, que termine une sorte de jardin anglais, et que forment vingt ou trente grands hôtels ou maisons meublées, pouvant contenir à la fois, à la condition de les y bien tasser, de quinze à seize cents habitants. En juillet et août, il esi presque impossible d"y espérer le moindre asile. Un mois avant, un mois après, il en était et il en sera autrement.
Bien que ces sources ne soient pas fréquentées depuis
mps, elles ont depuis nombre d'années un assez
grand renom, et c'étaient celles que les soldats d'Henri
d'Albret, blessés à la bataille de Pavie et ramenés dans
|.'iir< montagnes, nommaient VEaii d'arqnebiisade, en mé-
moire et reconnaissance du prompt soulagement qu'ils avaient dû à leur emploi.
La maison du gouvernement, qu'a occupée l'été dernier l'Impératrice aux Eaux-Chaudes, est un assez grand bâtiment sans caractère, qu'avait acquis l'empereur Napoléon Ier pour en faire, à l'exemple de Henri d'Àlbret, un hospice ou maison de santé militaire. Après 1815, elle resta aux mains de la commune, qui la passa à bail à un entrepreneur, pour être louée aux étrangers. Depuis un an, elle a été appropriée au service de la maison impériale et l'a été avec goût par les ouvriers et L'architecte qui avaient récemment réparé le château de Pau.
La vie est assez chère aux Eaux-Bonnes et pas très-animée, nonobstant les bals et réceptions d'hôtels garnis. La plus grande ressource est encore dans les promenades, qui sont, on le conçoit, admirables par les aspects magiques qu'elles déroulent en tout sens, et dues, pour la plupart, à la munificence de M. Eynard, de Genève. Par des sentiers en zigzags, on a rendu accessibles aux pauvres malades ces coteaux boisés qui entourent Eaux-Bonnes. Du haut de la butte du Trésor, on commande Laruns et le val d'Ossau. D'autres jolis méandres conduisent aux cascades du Valentin, petites, mais assez gracieuses. Une jolie vallée de hêtres mène à la belle promenade Jacqueminot, à demiheure du village. Enfin Eaux-Bonnes doit à M. Moreau, l'agent de change, bien connu et apprécié pour ses goûts artistes, par une originalité trop rare chez ceux de sa profession et autres financiers, la Vrmnemule horizontale, si précieuse et si agréable aux infirmes, d'où l'on découvre le- vais d'Aas et d'Ossau, et qui doit être continuée, assurel-on, jusqu'aux Eaux-Chaudes.
Les personnes infiniment alertes el douées d'un certain