DO MODE D ACTION ET DES EFFETS GENERAUX DE L EAP DF. VICHY
L'action que les bains d'eau thermale de Vichy exercent sur la peau ne se fait guère remarquer que par une légère excitation, qui y appelle le sang et la fait légèrement rougir; encore cet effet n'est-il bien sensible que lorsque les bains sont d'eau minérale non mitigée et qu'on y reste un certain temps. L*: peau devient alors manifestement rouge et marbrée; mais cet effet ne persiste pas ordinairement longtemps après la sortie du bain. Certains malades y éprouvent des picotements et se plaignent même, au bout de quelques jours, d'y conserver quelques rougeurs accompagnées de démangeaisons.
Les eaux de Vichy exercent évidemment une action très-éner- -i que sur la circulation. Elles augmentent non-seulement l'activité des vaisseaux capillaires sangu ns, mais aussi celle de tout h- système lymphatique. Ainsi, lorsque les malades ont des plaies, elles ne tardent pas ordinaire nent â devenir rouges, dou-
loureuses et saignantes ; il semble que le sang acquière sous l'influence de localisation une expansion plus active, et que la vitalité de tout le système capillaire en soit augmentée. Aussi ces eaux ne conviennent-elles nullement dans les maladies du cœur ayant une certaine gravité, dans les catarrhes pulmonaires encore accompagnés d'une certaine irritation, chez les phthisiques, chez les malades sujets à l'hémoptysie, et en général dans toutes les affections des organes qui, comme les poumons, joignent à une organisation éminemment vasculaire une grande irritabilité. Mais, si elles peuvent être nuisibles dans les cas que je viens d'indiquer, a cause de l'action qu'elles exercent sur le système vasculaire et qu'il faut sans doute attribuer à l'alcalinité plus grande que le sang a alors acquise; précisément à cause de cette même action, et employées avec discernement, elles fournissent à la médecine un moyen puissant pour combattre la plupart des affections chroniques, et particulièrement celles si nombreuses et si variées qui ont leur siège dans les organes du bas-ventre. N'est-ce pas aussi, du moins en grande partie, à cette légère excitation qu'elles provoquent dans tout le système vasculaire, qu'il faut attribuer les heureux effets qu'on en obtient dans la chlorose, dans les affections du système lymphatique, et particulièrement chez les enfants scrofuleux?
.l'ai déjà fait remarquer qu'en rendant le sang plus alcalin les eaux de Vichy le rendaient aussi nécessairement plus fluide, ou du moins qu'elles s'opposaient à son épaississement. C'est 111113 observation qui semble avoir été faite par la plupart des médecins qui les ont administrées. « Ces eaux, dit Emmanuel Tardy, qui en était l'intendant vers le milieu du dix-huitième siècle, ne conviennent point à toutes les maladies qui sont l'effet de la trop grande ténuité ou dissolution du sang. »
Les effets que les eaux de Vichy produisent sur le système nerveux varient à l'infini. Ils dépendent tout à fait de la susceptibilité plus ou moins grande et quelquefois très-mobile de chaque malade. En général ils supportent facilement la dose ordinaire, qui varie de trois a six verres par jour, lorsque les voies
digeslivesnesonl pas dans un état trop grand d'irritation, ou qu'elles iif sont le siège d'aucune inflammation à Pétai aigu. J'ai vu des malades en prendre, dans certains cas où une forte alcalisatioo me semblait nécessaire, jusqu'à quinze, vingt verres et même davantage, indépendamment d'un et quelquefois de deux bains, non-seulement sans inconvénient, mais avec un grand avantage pour leur santé. D'autres, au contraire, ne peuvent en supporter la plus légère quantité, quoique se trouvant en apparence dans 'les conditions convenables pour les prendre; leur estomac s'en trouve instantanément et spasmodiquement affecté, et il leur est impossible de les digérer; mais ce sont là des susceptibilités exceptionnelles que l'on rencontre dans l'application de tous les remèdes, et qu'il est impossible de prévoir. Ces exemples doivent seulement apprendre à procéder avec prudence, à tâtonner un peu, comme toutes les fois que l'on a à administrer un remède un peu actif à un malade dont on ne connaît pas la susceptibilité. D'ailleurs, ces exceptions sont très-rares; et encore, dans le cas même ou un malade ne peut pas supporter les eaux en boisson, peut-on ordinairement tirer un grand avantage des bains employés seuls, et que l'on répète alors plus souvent. L'on peut d'autant mieux remplacer l'eau en boisson par un plus grand usage de bains, qu'en général les malades en prennent une grande quantité, sans éprouver la fatigue et l'affaiblissement que produisent souvent ceux d'eau douce. J'en ai vu s'étonner de pouvoir conserver et même gagner des forces en se baignant tous les jours et pendant plusieurs semaines de suite, tandis que quelques bains d'eau douce suffisaient pour les affaiblir à tel point qu'ils étaient obligés d'y renoncer. Pendant les premiers jours du traitement, on n'observe pas en général d'effets bien sensibles. Quelquefois seulement les malades se plaignent d'un peu de fatigue dans les membres, de pesanteur de tête, d'une sorte d'enivrement, et ils éprouvent, dans le jour, un penchant assez prononcé au sommeil ; ce qui provient évidemment de ce que, soit aux fontaines, soit au bain, ils ont respiré un air chargé de l'acide carbonique que
les eaux dégagent en très-grande quantité. Au bout de très-peu de jours, lorsque les organes digestifs ne sont pas trop fortement affectés, l'appétit manque rarement de se développer; il devient même quelquefois si vif, qu'il est fort dilficile d'empêcher les malades de s'y livrer complètement; mais il ne persiste pas ordinairement au même degré pendant tout le cours du traitement. 11 se calme naturellement après un certain temps, et il se perd même tout à fait lorsque les malades en abusent.
Des eaux minérales alcalines de Vichy, par le docteur Petit, médecin inspecteur de l'établissement.
THBORLE DE M. DURAXD-IARDEL SUR L ACTION DES EAUX DE VICIIV.
M. liurand-Fardel a été conduit, par l'observation des modiiiealions fonctionnelles présentées par les malades soumis au traitement thermal à Vichy, à reconnaître que ces eaux agissent spécialement en excitant l'ensemble des fonctions de l'économie, en particulier les fonctions de la peau, et surtout celles de l'appareil digestif et de ses annexes, du foie, des voies urinai r es.
Ces propriétés excitantes des eaux thermales expliquent comment les maladies les plus diverses y éprouvent de l'amélioration ; car ces maladies, toutes chroniques, s'accompagnent toujours d'un certain degré d'affaiblissement, de langueur ou de l'organisme en général, ou de quelque fonction en particulier. Ces propriétés excitantes n'appartiennent pas seulement aux eaux de Vichy, elles sont communes à toutes les eaux minérales sauf les différences (pie peuvent établir entre elles les conditions particulières de température, de composition, qui les caractérisent, et surtout la présence dominante du fer ou du soufre. Celte communauté d'action explique encore comment les mêmes maladies sont également modifiées par des eaux de
(composition toute différente. Pour bien faire <nini.irii.lic la pensée de M. Durand-Fa rdel, nous dirons avec lui que « les e;)nx minérales ne constituent pas des médications chimiques spécifiques, distinctes, mais un ordre particulier et identique de médications dans lequel on choisit telle ou telle d'entre elles, comme dans la thérapeutique ordinaire on choisit tel ou tel purgatif ou narcotique, lorsqu'on veut avoir recours à un ordre semblable de médicaments. »
A ces arguments tirés de l'analogie d'action de toutes les eaux minérales, M. Durand-Fardel en ajoute quelques-uns puisés dans l'observation : ainsi les conditions générales de l'organisme sont d'abord modifiées pendant le traitement thermal; les conditions morbides locales ne le sont que plus tard, et quelquefois à un faible degré, bien que l'organisme se trouve déjà dans un état d'amélioration très-prononcé. L'auteur fait remarquer que les eaux minérales disposent plutôt les malades à la guérison qu'elles ne les guérissent à proprement parler; en un mot, le traitement thermal est une médication générale et non une médication locale, et qui s'adresse plutôt à l'organisme tout entier qu'aux affections morbides de tel ou tel organe.
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