ARCHAÏSMES
comme dans la vie linguistique nous retrouvons l' action des mêmes lois.
« Les êtres vivants, eux aussi, offrent des exemples innombrables de débris d'organismes antérieurs, fossiles vivants, puisque la force organique les a adaptés à des fonctions nouvelles, mais véritables fossiles, puisqu'ils ne sont pas expliqués par les conditions actuelles de la vie et n'ont leur raison d'être que dans les formes antérieures par lesquelles a passé l'espèce.
« Et la comparaison s'étend plus loin. Dans l'organisme linguistique, comme dans l'organisme physique, nous assistons à ce développement de la cellule qui grandit et qui prospère aux dépens des cellules voisines, antérieures, qu'elle liait par absorber. Dans le monde linguistique, comme dans le monde organique, nous assistons à cette lutte pour l'existence, à cette concurrence vitale qui sacrifie des espèces à des espèces voisines, des individus à des individus voisins, mieux armés pour le combat de la vie. D'une façon générale, s'il est acquis que la biologie tout entière n'est que l'histoire des différenciations que les organismes d'un même type ont subies en s'adaptant à des milieux divers, on peut affirmer que la linguistique n'est que l'histoire des évolutions, diverses suivant les races et les lieux, par lesquelles a passé le type primitif. Celte coïncidence est frappante entre les lois de la matière organisée et les lois inconscientes que suit l'esprit dans le développement naturel qu'il donne au langage. Ne
semble-t-elle pas nous dire que la vie, sous quelque forme qu'elle se présente, est soumise aux mômes lois, et, si ce n'est pas dépasser les justes limites de Tinduction, que Tesprit et la matière ne sont que les deux faces d'une même force à jamais inconnaissable, rÊtre ? »