III. Yeebes
A. Verbes de la première conjugaison.
amare
aimer
lavare
laver
appellare
appeler
levare
lever
bdneare
baigner
locare
louer
basiare
baiser
monstrare
montrer
cantare
chanter
nodare
nouer
clavare
clouer
operari
ouvrer
consummare
consommer
portare
porter
coronare
couronner
pretiare
priser
demorari
demeurer
salutare
saluer
dignari
daigner
salvare
sauver
donare
donner
sollicitare
soucier
durare
durer
sonare
sonner
formare
former
tentare
tenter
honorare
honorer
tonare
tonner
laudare
louer
B. Verbes des autres conjugaisons.
admittere
admettre
colligere cueillir
audire
ouïr
comprehendere comprendre
benedicere
bénir
conducere conduire
cadere
choir
credere croire
cognoscere
connaître
currere courre, courir
dicere
dire
placere
plaire
facere
faire
potere (lat.
pop.) pouvoir
finire
finir
putere
puir, puer
fodere
fouir
putrere
pourrir
frigere
frire
reducere
réduire
fugere
fuir
responden
e répondre
fundere
fondre
ridere
rire
gaudere
jouir
rumpere
rompre
inducere
enduire
scribere
écrire
jacere
gésir
sedere
seoir
jungere
joindre
sentire
sentir
légère
lire
sequere{i^i
t. pop.) suivre
lucere
luire
tacere
taire
mentiri
mentir
tenere
tenir
moriri (lat.
pop.) mourir
tondere
tondre
movere
mouvoir
ungere
oindre
mucere
moisir
valere
valoir
nascere (lat
. pop.) naître
ventre
venir
nocere
nuire
vestire
vêtir
nutrire
nourrir
volere (lat.
pop.) vouloir
parescere
paraître
Nous donnons ici, avec un commentaire explicali;, la pi Btle La Bruyère [Cabactêres, De ijuelqnes usages, fin) que nous ignalions plus haut (page tOi).
Qui pourrait rendre raison de la fortune de certains , I mots et de la proscription de quelques autres ? I
Ains a péri : la voyelle qui le commence, et si propre Ipour l'élision, n'a pu le sauver; il a cédé à un autre I. monosyllabe, et qui n'est au plus que son anagramme '. iCerîes est beau dans sa vieillesse, et a encore de la Jforce sur son déclin; la poésie le réclame, et notre ] ■"-langue doit beaucoup aux écrivains qui le disent ea l \ prose, et qui se commettent " pour lui dans leurs ou- ] r Trages. Maint est un mot qu'on ne devait jamais aban- , L donner, et par la facilité qu'il y avait à le couler dans ] pie style, et par son origine, qui est française'. Moult, |
u, du latin populaire nn(ejî, andw, sorte d'ablatif pluriel tiré de antea, aigniflait en Tieux français avant, de pi-éfért i^ais; il a disparu au iv[* siëde. Mais, du latin magis. qui si fiait dans la vieille langue plus, de plus, a hérilé de aim e son sens odversatif, en perdaut la piua grande partie de ses pi ois primitifs.
S. Qui se commellenl, c'est-à-dire se compromettent.
3. Certe» et mainC vieillissaient en effet au ivii» siècle : le témoignage des grammairiens de l'époque est formel k cet égard ; aujourd'hui certes est en plein usage; maint est moins usité que Bon synonyme plusieurs. — On ne voit pas trop ce que Lu Bruyère , Teut dire par l'origine française de muial. 11 oppose sans douttt ,
quoique latin , était dans son temps d'un même mérite^ et je ne vois pas par où beaucoup remporte sur lui*. Quelle persécution le car nVt-il pas essuyée I et, s'il n'eût trouvé de la protection parmi les gens polis, n était-il pas banni honteusement d une langue à qui il a rendu de si longs services, sans qu'on sût quel mol lui substituer'? Cil a été dans ses beaux jours le plus joli mot de la langue française; il est douloureux pour les poètes qu'il ait vieilli'. Douloureux ne vient pas plus naturellement de douleur, que de chaleur vient chaleureux ou chaloureux; celui-ci se passe, bien que ce fût une richesse pour la langue , et qu'il se dise fort juste oh chaud ne s'emploie qu'improprement*. Valeur devait
maint & moult, mot dont rorigine latine est éTidente. Il est ac-> quis aujourd'hui que maint remonte à un radical celtique qui avait pénétré dans le latin populaire de la Gaule.
\. Ni nous non plus ; la perte de moult ou molt est regrettable : il a disparu au xvie siècle ; on ne le retrouve plus que dans quelques patois où il se prononce mou. Quant à beaucoup, on le voit paraître vers le xiv« siècle : il signifie belle, grande quantité,
2. On connaît l'histoire des persécutions ridicules dirigées au xvno siècle contre car, Gomberville (en 1632) se signala par ce tour de force de ne pas employer une fois car dans son long roman, parfaitement insipide du reste, de Polexandre, Voir la LU® lettre de Voiture, ingénieux plaidoyer en faveur de car,
3. 11 y a quelque exagération dans cette assertion, qui fait de cil le plus joli mot de Tancienne langue : il était court et net ^ mais il n'avait rien de plus. Cet ancien nominatif singulier et pluriel de celui, ceux, a disparu devant les formes du régime, comme son corrélatif cist a disparu devant cest, ceux, et comme l'article nominatif H devant l'accusatif le, les,
4. Ici La Bruyère regrette que le maintien du substantif radical n'ait pas sauvé de l'oubli l'adjectif qui en était dérivé : à côté de douleur, la langue a maintenu douloureux; pourquoi chaleur n'a-t-il pas fait conseT^er chaleureux, et valeur, valeureux? £a
aussi nous conserver valeureux; haine, haineux^; peine, peineux^; fruit, fructueux'; pitié, piteux^; joie, jovial'; foi, féal*; cour, courtois''; gîte , gisant^ ;
effet, au zvii> siècle, ckaimreta: ou ohaloureux est peu usiti!, et valeureiai n'est guère d'usage qu'en poésie. — Quant à la différence entre les terminaisons eureux et oureux, elle tient uniquement à ce fait que oureux est de formation pliia ancienne que eureiix; chatoureux remonte au mojen âge; ekaleweux et vateueeux sont des dérivés récents de chaleur et
i. Haineux. tr6a usité au xvie siècle comme substantif, au sens d.'ennemi personnel, a, repris faveur i. la fin du xvii' siècle comme adjectif : gui a de la haine : une âme haineuse.
S. Peinewc, vieux mot très usité en ancien et ea mo; en fran*. çais, disparu au ivii' siècle.
3. Fructueux ne Tient pas de fruit, mais est le latin fructuosvj, introduit directemsat en français : la formation populaire eût donné fruiteux.
i. BUeux dérive directement du lutin populaire pietosus.
5. Jovial a'a. rien à voir avecyoif ; il représente le latin jouia/ui dérivé daJoiiem, Jupiter. Voir plus haut, p. 106.
6. Féal, forme populaire usitée en ancien français, et qu'a remplacée, duns l'usage général, son doublet de formation savante, fidèle. Féal, maintenu diins le langage spécial de la chancellerie, ne pouvait avoir amvn° siècle qu'un usage restreint, et, comme beaucoup de termes vieillis ou spècliiu:^, devait, introduit dans le langage général, prendre un sens comique ; llichelet dit qu'en eUetil s'emploie quelquefois « en burlesque ».
7. Courtois est noté par les grammairiens et lexicographes du xvn« siècle comme de vieux, style ou de l'usage provincial ; ouM préfère civil ; courtois a, depuis, repris faveur. Courtois dérive de l'ancienne forme court, plus tard cour, qui est le latin cortem ou cohorlem. Voir plus haut, p. 93.
8. Gite, gisant; !e rapport des deux mots n'est pas aussi visible que semble l'indiquer ce rapprochement. Gisant est le latin Jacentem, qui est devenu dans le gallo-roman jieisanl, par le changement de l'a eu ie, sous l'inQuence daj précédent, et le changement de -centem en -isant : cf. du-cenlem , du-isanl. La triphlongue iets'est, dans le français primitif, réduite ai, d'après le traitement normal des triph longues qui perdent leurs
haleine, halené^\ vaut erie, vantard^ \ mensonge, mensonger * ; coutume, coutumier * ; comme part maintient joartial^; point, pointu et pointilleux; ton, tonnant; son, sonore; frein, effréné; front, effronté; ris, ridicule ; loi, loyal; cœur, cordial; bien, bénin; mal, malicieux. Heur^ se plaçait où bonheur ne saurait entrer ; il a fait
médiales. — Gite est le substantif verbal d'un verbe glter, dérivé du participe gît, qui est le lat. jacitum,
!. Haleine, halené. Le verbe halener, d'un usage restreint au XVII® siècle, a &peu près disparu devant flairer, qui lui a pris son sens propre et ses emplois figurés.
2. Vantard est inconnu aux dictionnaires du xviio siècle, qui donnent seulement vanteur. Vantard était, en effet, alors peu usité et d'un emploi familier; l'usage l'a consacré aux dépens de vanteur,
3. Mensonger est signalé, au xvii® siècle, comme vieilli ou peu usité en prose.
4. Coutumier, Richelet et l'Académie (!'« édition du Dictionnaire) le signalent comme d'un usage restreint ou spécial.
5. Dans toute cette fin de phrase, il n'y a presque pas un seul des mots dérivés cités par La Bruyère qui sorte directement du radical qu'il lui attribue : partial vient, non du franc, partf mais du lat. partialis, dérivé de partem; pointu vient depotn^^ et non de point, et pointilleux de pointillé, dérivé de pointe; ton vient du lat. toniLS, et tonnant du verbe franc, tonner, du lat. tonare, dérivé de tonus; sonore représente le lat. sononts, dériva de sonus, qui est devenu le franc, son; effréné et effronté viennent seuls de frein et de front; ris est le lat. risus, et ridicule le lat. ridiculus; loi est le lat. legem, et loyal le lat. legalem; cœur sort par formation populaire de l'accusatif lat. cor; cordial est la transcription française du mot bas-latin cordialis, tiré par quelque clerc du moyen âge de cor, cordis. Bien est le lat. bene, bénin le lat. benigtius; mal vient de malum, malicieux de malice, qui est malitia,
6. Heur : observation très juste, devenue plus juste encore aujourd'hui que heur est totalement disparu (sauf dans le proverbe tout n*est qu'heur et malheur ici-bas). Au xvii® siècle, on le trouve encore quelquefois employé en poésie ou dans le style familier. Il vient du lat. augurium, devenu dans l'usage vulgaire
APPENDICE II I heureux, qui est si français , et il a cessé de l'être : si L quelques poètes s'en sont servis, c'est moins par choix L que par la contrainte de la mesure. Issue' prospère, b et vient d'issir, qui est aboli. Fin subsiste sans consél quence pour finer, qui vient de lui, pendant que cesse f et cesse;" régnent également '. Verd ne fait plus verfdoyer, ni fêle fétoyer, ni larme larmoyer^, ni deuil se ^douloir, se condoitloir^, ni Joie s'éjottir^, bien qu'il
tafflir, aâr,eùr,-piâseur,lieur, p rop rem eut desd'n. La B heur est logique devant bonheur et malheur, qui BjpÉciEent le caractéra de l'heur; mais pourquoi avoir coaaervS > ^hevreux au Bens de bcmheureax ou bienheureux? |
a métaphore astrologique que présente le mot heur, rap- I tproclieï astre, désastre et le vieux franc, malastru, devenu au- B'jourd'hui, par une déformation da bbiib et de son, malatra. *■ 1. Isiir, du !ot. exire; issue, passage et sortie, et flg. résultat fcè'une affaire, subalantif verbal tiré du participe issu, sorti, lequel Voe s'employait plus déjà au ivu^ siècle qu'au sens spécial' : I' est psu de telle famille.
2. Fin, finer : finer appartient à l'ancien franc, et a totalement tâisparu au ivn" siècle; il avait pria le sens spécial de ^ÎtiîV, (mnim%eT une affaire, et, comme les affaires se terminent par des paye- ►oients, était arrivé à signiBer payer; de It les dérivés inance, mjlnancer, financier, très usités de nos jours. Cf. plus haut, p. 156. ï 3. Verdoyer est assez peu usité encore aujourd'hui; fitoyer, I redevenu festoyer, est rentré dans l'usage; quant i. laiinùyer, mot ayant « peu d'usage ", dit FuretiÈre, et qui n vieillit •<, dit 1 Académie (eu 1669], il a repris faveur au s viii" et auxii» Biècla. i. Deuil n'est pas le radical de doulair; il an dérive à titre de substantif verbal; douioi'r est le latin (îoiere; il a disparu del'usage nuivn» siècle, elsou c^imposé {sa) condouloir a suivi son sort ; toutefois, à l'inËnitif, il trouverait encore aujourd'hui quelque emploi, S. Joie est le lat. gaudia, pluriel neutre pris pour un féminin «ingulier; eîjowVestun composé de yoiiir, qui est le lat. soiidere. E J.e verbe esjouir a disparu devant son dérivé resjouir, réjouir, ne plusieurs autres verbes simples devant leur tlérivé en. f. apetisser et rapetisser, emplir et remplir; — semvjoii Ueilli depuis le ivii> siècle.
fasse toujours se réjouir, se conjouir, ainsi qu orgueil, s'enorgueillir. On a d'itgent, le corps gent *, ce mot si facile non seulement est també , Ton voit même qu'il a entraîné gentil dans sa chute. On dit diffamé, qui dérive de famé, qui ne s'entend plus ^. On dit curieux, dérivé de cure^j qui est hors d'usage. Il y avait à gagner de dire si que * pour de sorte que ou de manière que; de moi^ au lieu de pour moiou de quamt à moi; de dire
1. « Gentil était autrefois un mot élégant, et nos anciens auteurs s'en servent beaucoup. Tout est geniil^dxim eux; le gentil rossignol, le gentil printemps, un gentil exercice, une gentille entreprise» Mais maintenant on n'en use point dans les livres : on ne le dit que dans la conversation; encore ne le dit-on pas trop sérieusement. Une femme dira en parlant d'elle : Je ne suis ni jeune ni gentille. On dit à demi en riant : C'est un gentil esprit, c'est un gentil cavalier, vous êtes gentil, pour dire vous êtes plaisant, » (Remarques nouvelles, etc., par le P. Bouhours, 2© édition^ 1676, p. 21 et 22.) — « Gent, adjectif, mot vieux et burlesque pour dire propre... — Gentil,,, est burlesque, et en sa place, lorsqu'on parle sérieusement, on dit joli, » (Richelet.) — « Gent^ vieux mot qui signifiait autrefois gentil, » dit Furetière. Gomme l'Académie, Furetière admet gentil avec ses acceptions habituelles. Voyez de plus les Observations de V Académie française sur le& Remarques de M. de Vaugelas, p. 440, édition in-4o, 1704. » (Note de M. Servois, dans son éditian de La Bruyère, collection Adolphe Régnier.)
2. Sauf dans l'expression de droit : re'tablir quelqu'un en sa bonne famé et renommée,
3. Curieux est le latin curiosus, lequel dérive du latin cura ; cure et curieux sont donc indépendants l'un de l'autre; d'ailleurs cure est un vieux mot, qui remonte au latin populaire; curieux a été repris au latin par formation savante, dans les temps modernes.
4. Si que a disparu au xviio siècle, avec l'emploi absolu de siy synonyme de ainsi ou aussi.
5. Les grammairiens du xvii^ siècle discutent encore l'emploi ^e de moi, qui, pour Vaugelas, a sa place dans le style poétique.
a préposition de s'explique dans cette locution comme dans-
je sais que c'est qu'un mal ^, plutôt que ^e sais ce que c'est gu'ttn ma/, eoit par l'analogie latine, soit par l'avantage qu'il y a souvent à avoir un mot de moins à placer dans l'oraison^. L'usage a préféré par conséquent par conséquence f et en conséquence à en conséquent façons de faire à manières de faire, et manières d'agir h. façons d'agir '. . . ; dans les verbes ', travailler à
celle-i
tAt.
: pour ce qui est de moi; cet emploi
ecUr
r que c'est ir l'avan- „
s à placer ^H léquent h ^H séquent ' ; ^^Ê s d'agir à^^^|
est usuel ^^H
{paru dauB-^^H /lup on mrf ^^^
1. Tour usité PU nncien et moyen français, et disparu dans-' la première moitié du iV[i> siècle. Le pronom relatif que ou qut au BeDS neutre s'employait, en effet, absolument saus antâcédent, et cette tournure remoulsit au latin populaire. Le ivi[° siècle a ajouté i'oatêcédeut ce, par recherche de la clarté.
2. Oraison, c'est-â-dira discours ; latinisme qui date du xvi* siècle ; BU sens religieu:!, le mot est ancien dons la langue et remonte au latin populaire.
3. Pflrconîi!çueii(, espresBÎon qui nousïient delà scolastique; pef cOTisequenlem (proposiiianem), par ce qu'eiprime le coosécpient, la seconde proposition de l'enthjmÈme. Dana en consfquence, en latin scolastique m conseqiteniia, 1 signification abstraite ; les deux locutions se justifient donb d'elles-mêmes, ainsi que les deux propositions.
4. 11 est très na.turel que l'usage oit préféré façon, latin populaire factionem, àe facere, pour l'unir au Terbe /aire .-l'un entrtrf' naît l'autre. Le choix de façon, pour faire, laissait â agir seulement le motmoniëre.
5. Ici toute une série de termes qui ont disparu devant d'autres termes correspondants, en leur abnudoiinant leur emploi et leur signification. Cf. plus haut, p. 133 et auiv. et p. 166.
6. Travailler signifiait d'abord peiner, souffrir, comme travail signifiait e/forl, peine (on dit encore dans ce sens, femme en Iraaail d'enfant) : puis, b. mesure que ouvrer sortait de l'usage, iravailler, étendant et affaiblissant sa signification propre, arrivait au sens qu'il a aujourd'hui. La perte du verbe ouvrer est regrettable : car elle laisse sans explication les mots qui en sont dérivés -.ouvrier, ouerobh, œuiirc, chef-d'au
être accoutumé à souloir^, convenir à duire*, faire du bruit à bruire^ y injurier à vilainer^, piquer k poindre^, faire ressouvenir à ramentevoir^..,; et dans les noms, pensées à penser s "^^ un si beau mot, et dont le vers se trouvait si h\Qn\ grandes actions k prouesses^,
1. Souloir, du latin solere, a dispara au xyii® siècle, peut-être par suite d'une homonymie fâcheuse avec saouler. Perte regrettable, car avoir accoutumé ou être accoutumé ne le remplace pas ayantageusement.
2. Duire est encore une perte fâcheuse, car elle laisse sans analogie les composés conduire, réduire, séduire, déduire, induire; duire était usité en vieux français au sens général de arranger, puis le moyen français n'en a gardé que le sens intransitif de convenir; le françÊiis moderne, depuis la fin du xyii® siècle, l'a totalement abandonné.
3. jB7*utr« en disparaissant laisse de même sans a-nalogie bruyant et bruit. Déjà presque inusité au xvn^ siècle, sauf à l'infinitif.
4. Vilainer était déjà disparu de l'usage au xvn® siècle ; il dérive de vilain, qui a donné aussi vilenie,
5. Poindre a disparu malgré point, pointe, pointu, pointiUer, pointilleux, épointer, etc., devant joe^wer, qui est proprement frapper d*un pic, d*une pique. Pourquoi piquer s'est-il graduellement substitué à poindre ?
6. Ramentevoir est déjà vieilli au xviie siècle ; fort beau mot qui signifie étymologiquement remettre, ravoir (dans son esprit), de re, à et mentevoir ou mentavoir = mente habere, 11 se conjuguait comme devoir,
7. Penser, substantif masculin, s'emploie encore en vers ; mais il est vieilli et n'existe plus dans le langage courant. C'est un débris d'une construction usuelle en vieux français et même en moyen français, et grâce & laquelle tous les infinitifs s'employaient comme des substantifs.
8. Prouesse, proprement acte de preux, mot que les critiques du xviie siècle bannissaient du haut style et n'admettaient que dans le discours familier, comme terme plaisant. L'arrêt était trop sévère, et La Fontaine a pu faire un bel emploi de ce mot quand il nous montre le vieux lion
Chargé d'ans et pleurant son n.ntique prouesse. Il faut toutefois reconnaître que, de par son étymologie, il
t à lo:', méchanceté à mauvaislié* , porte k Auû', navire & ne/"', armée è. oat^, monastère à monstier^, prairies à prées''... ; tous mots qui pouvaient durer ensemble d'une égale beauté ', et rendre une langue plus abondante. L'usage a, par l'addition, I la suppression, le changement ou le dérangement de I quelques iettrea', faii frelater de fralater '", prouver de
rappelle trop les nuBars passées du moyen âge, el que ce caractère archaïque lui donne une nuance de familiarité et de plaieauterie qui lui nuit. Cr. plus haut, p. 10S. 1. Loz ou lo3, vieux mot, â peine usité encore au xvi^ siècle, I el qu'on ne retrouve au svu" que chez les écrivains amateurs j d'archalsmee.
. Mauvaistié, formé de mauvais, comme amitié de ami ; ' Tieilli au iïli= siècle ; remplacé inomplètement par michan-
3. Huis, du latin osCium, n'a plus dès la fin du sm' siècle '^'un emploi restreint dans le langage du Palais. De 1& •liuissier.
4. Nef est le latin navem, qui prend à la fin du moyen Age un sens spécial, alors que son dérivé navire {navilia, proprement Qotte) le remplace.
H. Ost, archaïque au ïvii» siècle, uniquement employé en vieux français au sens de exercilus, remplacé sans raison visible par armée, peut-être sous l'inlluence de l'italien armala.
6. Morutier ; écrivez plus eiactement moustier et prononcez moutier; cf. ministeriwn, mestier, métier. Voir plus haut, p. 168.
T. Prêes : du pluriel prata pris pour un fém. sing,, disparu è. la fin du ivi" siècle. Quant à la formatiou, prée est à pré ce que graine {grana) est à grain {granum), ou ce que file {fila) est i fil ffilum). Ct.eoaorefota, fée. —Son remplaçant prairie, ou plus an- «enneraent praierie, préerie, est à prée ce que féerie est è. fée.
8. Toiii mots qui pouvaient durer ensemble d'une égale beauté 1— Regrets bien justifiés : la langue a certainement perdu en lais- --mnt touiber ces mots courts, nets et expressifs.
8. Ici La Bruyère fiignalc un certain nombre de faits de prononciation ou de phonétique.
10. Frelater est la tormc primitive usitée déjà au xm> siècle, et ■
preuver^f profit de prou fit ^, froment de froument^, profil de pour fil *, provision de pourveoir • , promener de pourmener, ei promenade àepourmenade^. Le même usage fait , selon roccasion, d'habile, d'utile, de facile, de docile, de mobile et de fertile, sans y rien changer , des genres différents : au contraire de vil, vile, subtil, subtile, selon leur terminaison, masculins ou féminins ''. Il a altéré les terminaisons anciennes : de scel il
qai a été altérée en fralater; la forme nouvelle, qui parait fort en usage & cété de rancienne, ne s'est pas maintenue. Le mot yient du flamaud verlaten, transvaser (le vin), et a eu d'abord ce sens (signalé par Nicot dans son dictionnaire), puis il Fa altéré au sens actuel.
1. Ici La Bruyère se trompe : prouver est la forme primitive ; ce mot appartient & une classe de verbes qui changent la voyelle du radical aux trois personnes du singulier et & la troisième du pluriel des trois présents (indicatif, subjonctif et impératif). La vieille langue disait : il preuve, il treuve, il pleure, etc., alors qu'aux autres personnes de ces temps et & tous les autres temps elle disait prouv-, trouv^, plour-, etc. Puis la langue a tiré de ces doubles formes une double conjugaison synonyme, dont elle a fini par supprimer une. Voir p. 10 et p. 140.
2-6. Ici La Bruyère signale la substitution savante du préfixe latin pro au préfixe français et de formation populaire pour : pour fil, pourmener, pourmenade, représentent la formation populaire et française ; profil, promener, promenade, une correction savante et un retour à l'orthographe latine. DB.usproufit et profit, on a une forme savante bâtarde, pour pourfit; quant à provision, pourveoir, le premier mot est emprunté directement au latin provisio, le second est de formation populaire et vient de providere, porvidere. Pour froument (ou, comme donnent les éditions 7 et 8 des Caractères, fourment), c'est la forme française sortie de frumentum (froument), altérée (en fourment) soit par une métathèse populaire, soit par confusion avec le préfixe pro (por), pour, Cf portrait au lieu de pourtrait, promettre au lieu de pourmettre, etc.
7. Les adjectifs en ilis introduits par la formation savante en
a fait sceau; de mantel, manteau; de capeî, chapeau; de coulel, couteau; de kamel, hameau; de damoisel, damoiseau; de jouvencel, jouvenceau'; et cela sans que l'on voie guère ce que la langue française gagne à ces dilTéreiicea et à ces changements. Est-ce donc faire pour le progrès d'une langue, que de déférer à l'usage? Serait-il mieux de eeeouer le joug de son empire si despotique ? Faudrait-il, dans une langue vivante , écouter la seule raison , qui prévient les équivoques , suit la racine des mots et le rapport qu'ils ont avec les langues originaires dont ils
Trunçaîa ont bésitë enlre les termmaiaûiia il et ile ; on trouve au XYi" siècle util et utile, fertil et fertitr:, etc. Toutefois l'usage de Ve miinX tendait à prévaloir et a. généralement été adopté. (yoa le Seizième Siècle en France, I, p. 191.) Quant & Vil, c'est un mot de formation populaire qui sort réguliËremeut du latin vilem; etsuiiiVcst le'leux frauçais soutil, aux trois quarts refait d'après le type latin : sub a reparu ; quant & la tcrmmaiBDn lil, elle s'est maintenue iulaote. |
1. Voici comment : L'ancien Trançois cban^^eait el en eau, 1 et de mËma al en au devant uoe consonne : le régime aingu- n lier dea mots eu ellimt, altum était donc el, al : scel, mantel, chapet, et cheval, etc., et le régime pluriel était eau^, aus:sceaus, manleaus, ehapeavs,.., ehesaug... [ou avec un i & U place de l't : sceaux, manteaux... chevaux...). L'ancienne langue disait da même : un linceul, dea lineeux, un éventail, dea évenlaux, un poitrail, des poilraux, un chevreuil, dea ckevreiix, un genouil, des genoux, un col, des cous, etc. Puis cette différence entre le eicgulier et le pluriel compliquant inutilement les déclinaisons, la langue simplifia les formes soit en imposant au singulier la terminaison du pluriel ; de Ib. un sceau, un manteau, etc., un genou, un cou, soit en imposant au pluriel la lerminùson du singulier : des lineeuli, des éventail! , dea poitrails, des chevreuils, etc. La différence dea deux terrainaisona s'est mniatonuc daus quelques mots eu al et en ail, et dans aicul.
sont sortis , si la raison d'ailleurs veut qu'on suive l'usage * ? »
1. Nous avons vu que la loi du langage est l'usage. On peut regretter souvent ses caprices et ses erreurs ; on doit s'incliner devant lui : le langage est un ensemble de faits où Tusage du plus grand nombre doit faire loi (voir plus haut, p. 8 et 117). L'usage, dans des familles naturelles de mots, laisse parfois tomber un mot important qui rendrait compte de la filiation : c'est que la langue, dans sa marche, ne fait pas œuvre de linguiste et frappe les mots isolément sans se préoccuper de leurs rapports avec leurs congénères. Voir encore p. 133.