ARCHEVÊQUE ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE
Né vers 1033, dans la ville d’Aoste, en Piémont, Anselme eut le malheur de perdre, à quinze ans, sa mère, qui l’avait formé à la piété. Devenu un objet d’aversion pour son père Gondulfo, gentilhomme milanais d’un caractère violent et bizarre, il s’enfuit secrètement en compagnie du chapelain de la maison, et faillit mourir de fatigue au passage du mont Cenis. Ses courses errantes à travers la France le conduisirent à Avranches, où l’attirait peut-être la renommée de Lanfranc, son compatriote ; il se retira ensuite à l’abbaye du Bec. Il fit des progrès rapides, secondés par un grand amour de l’étude, et fut bientôt en état d’enseigner les novices. Après d’assez longues hésitations, il prit l’habit monastique (1000). Il était prieur quand, à la mort du vénérable Hellouin, le choix unanime des religieux le désigna pour abbé (1078).
Au couvent, Anselme partagea son temps entre la pratique des austérités et la composition littéraire. Supérieur à tous ses contemporains par la sagacité de son esprit et ses talents en dialectique, il n’en fut pas
moins égal aux plus éminents en vertu et en dévotion. Disciple et successeur de saint Augustin, il tenta, dans de nombreux écrits, de développer la science de Dieu et des choses divines d’après des principes rationnels, et mérita d’être regardé comme le père de la philosophie chrétienne au moyen âge. «Je ne cherche pas à comprendre pour croire, disait-il ; mais je crois pour comprendre. )) Peu à peu, sa réputation se répandit; ses Traités métaphysiques, ses Méditations passèrent de main en main et excitèrent une admiration universelle. De toutes parts il recevait des marques d’estime, quelque preuve de dévouement. Il usait de son influence sur les âmes pour prêcher aux puissants et aux riches la mortification et l’humilité; sa volumineuse correspondance porte partout l’empreinte de cette préoccupation.
En Angleterre, où le Bec avait des dépendances, Anselme comptait de nombreux amis. Tout le clergé souhaitait qu’il fût nommé au siège de Cantorbéry, vacant depuis la mort de Lanfranc. On profita de sa présence dans bile pour arracher au roi Guillaume le Roux la permission de l’élire; il résista autant qu’il put, mais il fut élu, malgré ses répugnances (G mars 1093). On venait d’atteler sous le même joug, suivant ses propres expressions, un taureau indompté et une pauvre vieille brebis, laquelle serait tôt mise en pièces, sans avoir été utile à rien. En effet, la guerre ne tarda pas à éclater. Guillaume, tyran cruel, débauché, sans foi ni loi, oublia sa promesse de restituer à l’Eglise les biens dont il s’était emparé, et, outré des courageuses remontrances du prélat, travailla de toutes ses forces à le faire déposer. Presque tous les évêques soutenaient, avec le roi, le parti dé l’antipape Guibert, tandis qu’Anselme s’était attaché à Urbain II, le pape légitime. Il voulut alors quitter l’Angleterre ; on l’en empêcha, on l’arrêta même, on éloigna ses plus fidèles serviteurs. Enfin, on le laissa partir pour Rome (1097), où l’accueil du souverain pontife le dédommagea d’un passé d’humiliations; il assista au concile de Bari et y parla si clairement sur la procession du Saint-Esprit, que les prélats grecs furent réduits au silence.
Anselme apprit, au monastère de la Chaise-Dieu, la fin tragique de son persécuteur (1099). Rappelé en Angleterre par Henri Ier, il re-
22 avril. — SAINTS SOTER ET CAIUS.
commença avec ce prince artificieux la même lutte au sujet de l’investiture des bénéfices, refusa de sacrer les évêques nommés contrairement aux règles canoniques, et en déposa même neuf, coupables de simonie. La querelle s’envenimant de plus en plus, il fut convenu que l’archevêque irait en personne consulter le pape. Il s’embarqua le 27 avril 1103, et se rendit à Rome, où le roi avait, de son côté, envoyé une ambassade. Le pape, qui était Pascal II, approuva de tous points sa conduite. Anselme fut banni de nouveau et vécut en paix dans sa chère abbaye du Bec jusqu’en 1106. Une réconciliation avec Henri, ménagée par la reine Mathilde, lui permit de rentrer honorablement à Cantorbéry. Il y mourut, le 21 avril 1109, à l’Age de soixanteseize ans. En 1720, Clément XI le plaça parmi les docteurs de l’Église.