‹ La Vie des saintsChapitre 175 sur 536 · SAINT ISIDORE · texte numérisé non relu

SAINT ISIDORE

vœu de n’avoir d’autre époux que Celui pour qui elle sentait en son cœur le plus pur et le plus brûlant amour. Le matin, elle partait, disant ses prières le long du chemin, l’âme pleine de chastes pensées, et pendant que ses moutons paissaient, elle s’agenouillait et méditait, silencieuse. L’endroit favori de la jeune bergère a gardé le nom de champ de sainte Solange; on y a élevé une croix de bois.

Solange était pieuse, humble, pure, mais elle était jolie, et si l’on proclamait sa sainteté, l’on vantait aussi sa beauté. Bernard, comte de Bourges, à force d’entendre parler d’elle, résolut d’aller juger par luimême de l’exactitude de la voix populaire. Sous prétexte de chasser sur les terres de Villemont, il court les champs, la rencontre, et s’arrête. Sitôt qu’il la voit, dit une ancienne relation, il est frappé comme d’un coup de foudre. Ce n’est pas seulement son cœur qu’il met aux pieds de la bergère, c’est sa fortune, avec son nom. Il montre d’un geste l’étendue immense de ses domaines : « Tout ceci est à toi, » dit-il. — Et moi, je suis à Dieu, )> répond Solange. « Mon époux n’est pas de ce monde. Il m’attend, et j’attends l’heure qui me réunira à lui. » Bernard supplie; Solange s’enfuit. Le comte, en proie aux emportements de la passion, s’élance après elle, et va la saisir quand la jeune fille échappe à son ravisseur en se laissant tomber dans un ruisseau qui s’est rencontré sous leurs pas. Furieux d’une telle résistance, Bernard tire son épée, et d’un seul coup tranche le tête charmante de la courageuse fille.

Ainsi mourut, à seize ans, victime de sa chasteté, sainte Solange, patronne du Berry.

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