‹ La Vie des saintsChapitre 182 sur 536 · SAINT HONORÉ · texte numérisé non relu

SAINT HONORÉ

Il appartenait à une noble famille gallo-romaine établie au bourg du Port, au midi d’Abbeville, et se mit de bonne heure sous la conduite

de saint Béat, évêque d’Amiens. 11 lui succéda vers 5G5. Son épiscopat fut principalement illustré par l’invention miraculeuse des corps des

saints Fuscien, Victorice et Gentien, qui avaient gagné la palme du martyre au milieu d’épouvantables tortures, sous l’empereur Maximien. Il mourut vers 585, en visitant son diocèse, dans le lieu même où il était né. La dévotion à saint Honoré s’étendit dans toute la France; les boulangers le choisirent pour patron, peut-être à cause de cette circonstance de sa vie où, célébrant la messe, une main divine lui présenta le pain d’autel; et un riche bourgeois de Paris lui dédia, en 1204, une église dans la rue qui porte son nom.

SAINT JEAN NÊPOMUCÈNE.

Il n’est pas une vertu chrétienne qui n’ait eu ses martyrs particuliers. Jean de Nepomuk, que nous appelons Népomucène, né en 1330, au village de Bohême dont il a pris le nom, devait avoir la gloire d’être le martyr du secret de la confession. Après avoir conquis, à la suite d’études assidues, les grades de docteur en théologie et en droit canon, il reçut une dignité plus précieuse pour lui, le sacerdoce. Il prêcha la parole de Dieu, et son éloquence égalait sa piété. Aussi, pendant qu’il tournait ses brillantes facultés vers un seul but, la conversion des pécheurs, la célébrité s’attachait à son nom. Des évêchés, de riches canonicats, des honneurs de tout genre lui étaient offerts. Jean refusait tout lorsqu’il fut appelé par l’empereur Yenceslas IV au poste périlleux de prédicateur de la cour. Le bien qu’il y avait à faire triompha de sa modestie; il accepta, et presque en même temps l’impératrice Jeanne, tille d’Albert, de Bavière, le choisit pour directeur de conscience.

La tâche eût été facile et pleine de consolations, car Jeanne était pieuse, aussi bonne chrétienne qu’épouse dévouée; mais Yenceslas était jaloux. Un jour, il prit Jean en particulier et le somma de lui révéler ce que disait l’impératrice au tribunal de la pénitence. Effrayé d’une si odieuse impiété, Jean fit de sévères, bien que respectueuses représentations à l’empereur, essayant de lui faire comprendre qu’un prêtre ne pouvait même prêter l’oreille à de semblables propositions sans se rendre coupable du plus grand des crimes. Mais V enceslas était

16 mai. — SAINT JEAN NÉPOMUCÈNE.

habitué à l’obéissance jusqu’en ses moindres caprices : il fit jeter Jean dans un cachot, défendit qu’on lui donnât à manger, espérant le dompter par la faim. Ce fut inutile. Presque inanimé, le saint demeura inébranlable et ses lèvres ne s’ouvrirent que pour proférer ces paroles de saint

Fig. 91. — La Confession. Fac-similé d’une gravure d’un opuscule de saint Antonin. XVIe siècle.

Pierre au prince des prêtres : (( Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. )) Alors on le jeta au bourreau : le chevalet lui rompit les membres, le fer rouge lui fit saigner les chairs. S’il ne mourut point, c’est que sa tâche n’était pas encore finie. En effet, il reprit ses prédications et édifia de plus en plus le monde par ses vertus.

Quelques années s’écoulèrent. Jean revenait d’un pèlerinage à Notre- Dame de Bruntzel; il passa sous les fenêtres du palais impérial. Venceslas, l’ayant aperçu, ordonna qu’on le lui amenât sur-le-champ. Sans lui donner le temps de se reconnaître, il lui dit qu’il fallait opter entre la mort ou la révélation des confessions de l’impératrice. Le saint dédaigna de répondre. Dès le soir même, et par ordre de l’empereur, on le précipitait, pieds et poings liés, dans la Moldau, du haut du vieux pont de Prague (16 mai 1383). Ses restes furent recueillis et enfermés dans un tombeau que les fidèles vénèrent dans l’église Sainte-Croix de Prague. Canonisé en 1721, il est le patron des confesseurs.

Page 1