‹ La Vie des saintsChapitre 210 sur 536 · LE VENERABLE BEDE · texte numérisé non relu

LE VENERABLE BEDE

beaucoup plus mal. Il continua néanmoins de dicter gaiement, voulant préserver ses enfants de l’erreur, et leur assurer pour le temps qui suivrait sa mort une matière à des travaux fructueux. Le secrétaire ayant fini s’écria : « Tout est consommé. » Et lui : ce Tu l’as dit, répliqua-t-il, tout est consommé. Prends ma tête dans tes mains, et tournemoi; car j’ai beaucoup de consolation à me tourner vers le lieu saint où je priais. )) Ainsi posé sur le pavé de la cellule, il se mit à réciter le

Fig. 103. — Moines savants. D’après une miniature d’un ms. du XIII0 siècle.

Gloria Patri, et, comme il en achevait le dernier mot, il rendit le dernier soupir (27 mai 735).

Ce savant homme fut, à l’exemple de Cassien et d’Isidore de Séville, l’oracle de son temps; il avait parcouru le cercle entier des connaissances humaines. L’influence qu’il exerça sur la chrétienté fut aussi prompte qu’étendue, et ses nombreux ouvrages remplirent toutes les bibliothèques monastiques de l’Occident. Outre l’étude des saints pour laquelle il professait une prédilection marquée, il écrivit un Martyrologe avec des sommaires historiques et une exposition de la foi, divers

.traités en forme de manuels d’enseignement sur les sciences, la musique, la grammaire, la médecine, un essai de chronologie universelle, des poésies, et une Histoire des Anglais, où l’on a reconnu un choix critique des témoignages et des documents. Les vertus chrétiennes s’unissaient naturellement chez lui à la soif de la science ; il était un modèle accompli de ferveur et d’humilité. Aussi, bien avant que l’Eglise l’eût inscrit dans son Martyrologe, ses contemporains lui avaientils, par respect, décerné le titre de Vénérable.

SAINT GERMAIN

Fils de parents chrétiens, qui habitaient, au voisinage d’Autun, le village de Laizy, il naquit vers 498, et passa une grande partie de sa jeunesse sous la conduite d’un solitaire, occupés l’un et l’autre à prier, à lire l’Ecriture et à cultiver un petit champ, dont les produits subvenaient à leur frugale nourriture. L’évêque d’Autun, qui avait reconnu ses mérites, l’éleva au sacerdoce et lui confia la direction des religieux de Saint-Symphorien.

En 555, il fut appelé à remplacer Eusèbe sur le siège de Paris. Dans cette dignité, Germain sut allier à une exacte vigilance l’austérité des anachorètes. Il avait surtout un tendre amour pour les malheureux; il ne savait rien leur refuser, et leurs besoins lui faisaient quelquefois oublier ceux de ses coopérateurs. Sa réputation de vertu et ses miracles l’avaient rendu célèbre; le roi Childebert aimait à s’entretenir avec lui, et il le chargea de dispenser ses aumônes, persuadé qu’en passant par des mains si pures elles acquerraient un nouveau mérite devant Dieu. Etant tombé dangereusement malade, il fut guéri par les prières de l’évêque, et, dans l’ardeur de sa reconnaissance, il lui octroya des donations considérables, à l’aide desquelles furent bâtis, à Paris, une église et un monastère. L’église, alors une des plus magnifiques de la Gaule,

SAINT GERMAIN

dédiée d’abord à saint Vincent, le martyr espagnol, passa ensuite sous

le vocable de saint Germain, et le monastère donna naissance à la célèbre abbaye du’même nom.

Par malheur, plusieurs de ces rois neustriens avaient de détestables passions, sans parler de l’ambition de vouloir régir les consciences. Si Childebert, meurtrier de ses neveux, s’était parfois adouci jusqu’à protéger l’Eglise, dont il redoutait les censures, il n’en fut pas de même de ses barbares successeurs. Il fallut à Germain une grande prudence pour gouverner en paix son troupeau. Impuissant à rompre l’union sacrilège de Caribert, ainsi qu’à conjurer les fureurs de Brunehaut et de Frédégonde, il s’appliqua sans relâche à maintenir le peuple et les clercs dans l’observance des bonnes mœurs et de la discipline. Il siégea avec éclat dans plusieurs conciles et composa une explication de la liturgie, dans laquelle il traite des cérémonies de la messe, des ornements sacerdotaux, etc. Saint Germain mourut le 28 mai 576. On garde ses reliques dans l’église qu’il avait contribué à élever.

SAINT MAXIMIN

Vers la fin du troisième siècle, résidait à Mouterre-Silly, près de Loudun, une famille qui fournit à l’Église quatre saints et une sainte, les frères et la sœur. Maixent et Maximin étudièrent ensemble, puis le premier s’établit à Poitiers, où il devait devenir évêque, et le second se rendit à Trêves, où la même dignité l’attendait. Elu le 13 janvier 332, Maximin allait avoir à lutter contre la difficulté des temps et la propagande des ariens, qui s’étendait jusque dans les diocèses de la Gaule. Il réussit pourtant à empêcher l’empereur Constant de se laisser séduire par les hérétiques, et de faire cause commune avec son frère, qui était leur principal appui en Orient. En 336, il accueillit comme un ami saint Athanase exilé ; le patriarche d’Alexandrie, qui passa deux ans à Trêves, loue le zèle infatigable, la fermeté énergique et la vie exern-

30 mai. — SAINT FÉLIX.

plaire de son hôte, que le ciel avait, en outre, favorisé du don des miracles. Celui-ci exerça en 340 le même devoir envers saint Paul, qui venait d’être chassé par les ariens du siège de Constantinople. Maximin fut un des plus courageux défenseurs de la foi de Nicée dans les conciles de Milan, de Cologne et de Sardique. Etant allé dans le Poitou visiter sa famille, il y mourut, le 29 mai 349. Son corps fut rapporté à Trêves. D’après Grégoire de Tours, c’était la coutume d’obliger les accusés,

Fig. 105. — Basilique de Constantin, à Trêves. IVe siècle.

qui ne pouvaient être convaincus de leur crime par la déposition des témoins, à s’en purger par serment sur le tombeau de saint Maximin.

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