SAINT COLUMBA
rendre favorable le roi Bruidli, avec lequel il se découvrit un lien de parenté, mais un obstacle l’attendait contre lequel la faveur royale était impuissante : l’opposition des druides. La lutte fut assez longue, mais l’apôtre était résolu, et il n’abandonna pas le pays qu’il n’y eût détruit complètement le paganisme. Avant de mourir, il avait dompté
Fig. 114. — Druides, prêtres de la nation celtique. D'après un monument romain du IIe siècle.
ce peuple farouche, couvert ses forets, ses bruyères et ses montagnes d’églises, de sanctuaires et de couvents.
La conversion des Pietés est l’oeuvre capitale de saint Columba, mais il eut un autre rôle non moins important, bien que fort différent. On le voit servir d’arbitre au milieu des conflits sanglants qui s’élevaient sans cesse autour de lui. Il protège le roi Aïdan dans sa lutte contre les Anglo-Saxons, le couronne de ses mains roi des Scots et use de sa grande autorité morale pour faire reconnaître la nouvelle royauté écossaise. Son influence s’étendait partout et sur tout. Se souvenant
qu’il était poète lui-même, il protégea les Lardes et réussit à sauver leur corporation de la destruction dont la menaçait le roi Aedli. Comme il avait souvent navigué avec ses moines pour matelots, il aimait les marins, avec lesquels il partageait son expérience des choses de la mer. En Irlande comme en Ecosse, l’agriculture lui dut beaucoup : il enseigna à barrer les cataractes pour prendre les saumons, à greffer les sauvageons, à découvrir les sources, à labourer selon la meilleure méthode. Il réprima le brigandage, et une tradition nous le montre poursuivant lui-même un voleur jusque dans la mer.
Même en ses dernières années, ihretourna fréquemment en Calédonie, et ce fut dans son monastère d’Iona que la mort le prit, après une longue maladie, le 9 juin 597. C’était un saint qui mourait, et aussi un héros, « héros, dit Montalembert, capable et digne de cet honneur suprême de la sainteté pour avoir su dompter ses entraînements, ses faiblesses, ses instincts, ses passions et les transformer en instruments dociles, féconds et invincibles de la gloire de Dieu et du salut des âmes ».