SAINT PROCOPE
On croit qu’il était païen et gouverneur d’Alexandrie de Syrie lorsque parurent les édits de Dioclétien contre le christianisme. Il quitta donc Antioche, où l’empereur séjournait alors, mais à peine était-il à moitié route qu’une vision merveilleuse le convertissait soudain, comme il était arrivé à saint Paul sur le chemin de Damas. Au lieu d’aller à Alexandrie, il se dirigea vers Jérusalem, sa ville natale, et là, étant allé voir sa mère Théodosie, il chercha à l’arracher aux supers-
Fig. 140. — Médaille de Dioclétien, empereur romain.
titions du paganisme. Celle-ci, furieuse de voir son fils devenu chrétien, le dénonça à l’empereur lui-même ; Dioclétien le fît arrêter et conduire en prison à Césarée. Il montra une si grande fermeté d’âme au milieu des tortures, que les bourreaux se lassaient avant qu’il eût proféré une plainte. Jésus-Christ lui apparut et le récompensa d’un si grand courage en venant lui-même lui apporter le baptême ; il changea son nom païen de Néanie en celui de Procope , et le guérit de toutes les horribles blessures qui lui mettaient le corps en lambeaux.
Ce miracle, qui se répandit aussitôt, amena de nombreuses conversions, entre autres celle de sa mère. En même temps que douze autres personnes, elle subit le martyre, quelque temps avant notre saint. Comme le juge Paulin disait à Procope : (( C’est toi qui as causé leur perte ; n’en témoigneras-tu pas au moins du repentir? — Je n’ai pas causé leur perte, » répondit-il, (( mais bien leur salut éternel; car elles étaient dans la voie de la perdition, et elles sont maintenant dans le port de la vie et dans un bonheur qui ne finira jamais. )) Et le martyr fut rejeté aux bourreaux, mais il souriait, au milieu des souffrances : « Tu crois me maltraiter, et tu ne vois pas que tu me procures le plus grand bonheur que je puisse recevoir ; car qu’y a-t-il de plus doux à une âme qui aime Jésus que de souffrir quelque chose pour lui? Si tu savais quel est le grand plaisir que j’éprouve en ce moment, la haine que tu me portes t’empêcherait de me tourmenter. » On inventa alors un nouveau supplice si cruel que, malgré la force surnaturelle qui le soutenait, des larmes lui vinrent aux yeux. « Puisque les tourments te sont si agréables, )) lui dit ironiquement Paulin, « pourquoi pleures-tu donc? — Je ne pleure pas à cause de mon supplice, )) répondit le martyr, (( mais bien sur le malheur de ton âme qu’attendent les supplices éternels. ))
Las d’une si courageuse résistance, les bourreaux lui tranchèrent la tête, le 8 juillet 303.