SAINT LOUP
En 426, il fit un voyage à Mâcon pour vendre une terre qui lui restait de ce côté, afin de n’avoir plus rien en propre et de pratiquer la plus exacte pauvreté ; mais, comme il y pensait le moins, les députés de Troyes vinrent le supplier d’accepter le siège de leur ville, à la place de saint Ours, qui venait de mourir. Ses talents et sa sainteté le firent choisir par le concile de 429 pour aller combattre, avec saint Germain d’Auxerre, l’hérésie pélagienne en Angleterre. Quoiqu’il n’ait joué qu’un rôle secondaire dans cette mission qui produisit des effets si salutaires, il prouva qu’il était digne de la confiance des évêques. Jamais, dans sa ferveur monastique, il ne diminua rien de ses austérités, en même temps qu’il joignait à l’amour passionné du prochain beaucoup de zèle pour le maintien des études ecclésiastiques. Ses vertus et ses lumières lui valurent d’être loué par Sidoine Apollinaire, en un style un peu emphatique, comme « le prince des prélats de la Gaule, la règle des mœurs, la colonne de la vérité, l’ami de Dieu, le médiateur des hommes auprès du ciel )).
Attila envahit la Gaule en 451, â la tête d’une armée de barbares; toutes les villes qui se trouvaient sur son passage, qu’elles fissent ou non résistance, étaient livrées au massacre et à la ruine. Un même sort menaçait celle de Troyes, et les habitants, sans défense, étaient plongés dans la consternation. Loup entreprit de les sauver. Rempli d’une assurance surnaturelle, il revêt ses habits pontificaux, marche avec son clergé à la rencontre du farouche conquérant et lui demande hardiment : « Qui es-tu? )) On connaît la réponse : ce Je suis le fléau de Dieu. » Attila, désarmé par l’héroïque douceur de l’évêque, promet d’épargner la ville et s’éloigne. D’après les traditions, Attila, vaincu dans les plaines de Châlons, emmena Loup pour lui servir en quelque sorte de sauvegarde dans sa retraite, et, en le congédiant au moment de repasser le Rhin, il se recommanda à ses prières. Mais revenu auprès des siens, le noble pontife y fut accueilli par la défiance des généraux romains, qui l’accusèrent d’avoir favorisé la fuite de l’ennemi. Il fut forcé de s’exiler dans un ermitage des environs, et attendit pendant deux ans que les fidèles, mieux éclairés, vinssent le supplier de revenir.
Quoi qu’il en soit de ce récit d’une authenticité douteuse, Loup mourut dans son diocèse, le 29 juillet 479, laissant la mémoire d’un véritable apôtre. Il est un des patrons de Troyes.