SAINT WINOC
Issu de race royale, et même, d’après une tradition, fils du roi celte saint Judicaël, il naquit dans la Bretagne armoricaine, vers G50. Après une jeunesse toute consacrée à Dieu, il résolut de se retirer du monde et gagna à son projet trois de ses amis qui se nommaient Quadonoc, Tugenoc et Madoc. Dans le même temps, son frère Arnocli l’emmena en Angleterre, où il fit quelque séjour; aussitôt revenu, il se mit en route avec ses compagnons à la recherche d’un monastère de la règle de saint Benoît. Leur voyage fut long et pénible ; enfin , ils arrivèrent dans le diocèse de Térouanne et allèrent frapper à la porte de l’abbaye de Sithieu, qui était alors gouvernée, sous l’observance bénédictine, par saint Bertin. L’abbé les reçut volontiers et ne tarda pas à être si fort édifié de leurs vertus précoces qu’il leur conseilla , pour grandir encore en perfection , de se retirer dans la solitude. Il leur indiqua une colline nommée alors Grunobergue, en les engageant à y construire des cellules. Ils obéirent, mais le bruit de leur sainteté se répandit dans la contrée, et un seigneur du pays, nommé Hérémar, vint offrira Winoc une terre de sa dépendance, Wormhoudt, située sur la petite rivière de la Peene. Winoc, détaché des biens terrestres, envoya Hé-
rémar à saint Berlin, qui accepta la donation ; toutefois, pour respecter l’intention du donateur, il voulut charger AVinoc lui-même d’y élever un monastère. Les quatre amis se mirent à la besogne, et bientôt Wormhoudt fut pourvu, outre les bâtiments abbatiaux, d’une maison pour les pauvres et d’une église dédiée à saint Martin. Les religieux accoururent en grand nombre, et AVinoc fut nommé leur abbé. Ses compagnons s’éteignirent dans ses bras l’un après l’autre; et, après une longue vie d’édification, il alla les rejoindre le 6 novembre 717. Autour de l’ermitage de Grunobergue une petite ville prit naissance , qui s’appelle aujourd’hui Bergues-Saint-AVinoc.
7 NOVEMBKE.
SAINT WILLIBROD.
Il naquit, vers G58, dans le royaume anglo-saxon de Nortbumbrie. Son père, homme très pieux, devait se faire ermite , puis moine, et mourir abbé d’un petit monastère qu’il avait fondé près de l’Océan, sur l’Humber; il fut donc élevé fort chrétiennement. Très jeune encore, il prit l’habit au monastère de Ripon, que AVilfrid venait de ramener à l’observance romaine ; et peu de temps après, il accompagna en Irlande Egbert et AVigbert ; le premier se proposait de passer ensuite dans les îles du nord de l’Ecosse, l’autre revint sur ses pas et alla porter le christianisme dans la Frise. Son apostolat fut infructueux; AVillibrod, qui avait alors treize ans, résolut de tenter la même œuvre, et il se promit, avec l’aide de Dieu, de la mener à bien.
Avant AVigbert, saint Eloi, évêque de Noyon, s’était avancé quelque peu dans le pays; saint AVilfrid, à son second voyage à Rome, y avait séjourné un an, non sans profit pour la foi, et cependant, faute d’une mission permanente, la Frise était encore toute païenne. AVillibrod, aussitôt débarqué, alla trouver à Utrecht Pépin d’Héristal, lui annonça son projet, et se mit sous sa protection. Onze moines s’étaient joints à lui; il envoya chez les Boructuaires, dans le territoire de Berg, l’un d’eux, Swidbert, qui devint plus tard évêque de cette contrée. Avec
SAINT WILLIBROD.
es autres, il entreprit la conversion de la Frise récemment conquise par les Francs; en moins de six ans, le nombre des chrétiens y était devenu si considérable, que Pépin l’envoya à Rome, chargé de lettres où il priait instamment le pape de lui conférer l’épiscopat. L’apôtre partit, sans se douter des honneurs qui l’attendaient : il fut nommé archevêque des Frisons, sous le nom de Clément.
Fig. 273. — Les danseurs de Saint-Guy conduits en pèlerinage à l’église de Saint-Willibrod, à Epternacht, près Luxembourg. D’après un dessin de Breughel. XVIe siècle.
De retour, il établit son siège à Utrecht, y bâtit une église, fonda l’abbaye d’Epternacht, grâce aux libéralités de Pépin, qu’il eut le bonheur de convertir, et de ramener à Plectrude, sa femme. Il reprit ensuite le cours de ses travaux apostoliques, pénétra dans la Frise indépendante, qui obéissait au roi Radbod, et s’avança jusqu’en Danemark. Mais tandis que Radbod, bien que rebelle lui-même, laissait cependant le missionnaire libre d’annoncer l’Evangile, Ougend, le roi des Danois, s’opposa absolument à toute prédication ; son peuple devait être un des derniers de l’Europe à accepter le christianisme. En revenant chez les Frisons, l’apôtre ne craignit pas, pour les détromper sur le pouvoir
des idoles, de renverser la statue de Fosite, un de leurs dieux les plus révérés ; Radbod se fâcha , et il fallut quitter le pays , en y laissant un martyr. Il alla évangéliser la Zélande et les îles du littoral, jusqu’à ce que la mort de Radbod, en 719, lui permît de rentrer dans la Frise , où Boniface, avant d’aller en Allemagne, vint passer trois ans avec lui. Jusqu’à son dernier jour, Willibrod travailla à l’éducation des peuples qu’il avait convertis ; il établit à Utrecht des écoles et des séminaires , fît appel à tous les missionnaires de bonne volonté et réussit à déposer, dans ces contrées barbares, des germes féconds de civilisation. Parvenu à l’âge de quatre-vingt-dix ans, il choisit lui-même son successeur, et mourut le 7 novembre 738. Il fut enterré à Epternacht.