SAINTE VICTOIRE
Ses parents, qui étaient chrétiens, habitaient Tivoli, non loin de Rome : ils l’élevèrent dans la pratique des vertus religieuses, sans néanmoins lui donner aucun éloignement pour le monde. Elle fut promise en mariage, de son consentement, à un jeune patricien, nommé Eugène, qui avait les meilleures qualités, mais était païen. Quoique ces sortes d’unions fussent blâmées par l’Église, elle les tolérait cependant, à une époque où les chrétiens n’étaient peut-être pas encore en grand nombre. Victoire avait une sœur, Anatolie, qui fut fiancée en même temps au Romain Aurelius, contre son gré, car elle avait fait vœu
24 décembre. — SAINT DELPHIN.
de chasteté et s’était secrètement consacrée au Seigneur. Aurelius, pour vaincre les répugnances qu’elle lui témoignait, eut recours à Victoire, qui lui promit d’engager sa sœur à revenir sur sa décision. En effet, elle lui représenta que le mariage n’était nullement défendu par la foi chrétienne, que Dieu lui-même l’avait institué, qu’il pouvait s’allier avec la foi la plus pure et la vie la plus pieuse. De son côté , Anatolie fit. avec tant d’éloquence l’éloge de la virginité, énumérant tous les avantages et toutes les grâces attachées à cet état, qu’elle vainquit sa sœur et arriva à lui faire partager sa résolution. Elles vendirent leurs bijoux, et en donnèrent l’argent aux pauvres. Les jeunes gens auxquels elles avaient été promises mirent tout en œuvre pour briser leurs volontés, ce fut en vain ; furieux, ils les dénoncèrent aux magistrats. Anatolie subit le martyre ; sa sœur prit la fuite et vécut quelque temps cachée dans une maison isolée. Elle avait rassemblé autour d’elle quelques jeunes filles qu’elle avait converties, et elle se consacrait à leur instruction religieuse lorsqu’Eugène découvrit sa retraite, et la fit mettre à mort, soit qu’il eût obtenu une condamnation contre elle, soit que, par vengeance personnelle, il eût soudoyé quelque sicaire. Sur ce point, la vie de sainte Victoire n’est pas rapportée d’une façon précise. Son martyre eut lieu pendant la persécution de Dèce, en 253.