LES BONNES MŒURS
a je VOUS conseille de ne jamais boire du vin. Les « buveurs d'eau vivent plus longtemps, ils sont plus '( forts et plus sains. Soyez-en bien sûrs : il est fau elle de ne pas prendre l'habitude de boire du vin ; c( mais, une fois cette habitude prise, il en coûte « beaucoup pour la satisfaire et des efforts souvent « pénibles pour se contenir dans les bornes de la « modération. Je n'ai bu du vin qu'à trente-cinq a ans, et j'aurais mieux fait de n'en boire jamais. Le « vin ne donne de la force qu'aux passions, il use « le corps et trouble l'esprit.
c( Je t'en prie, mon bon fils, mon bon ami, n'entre « jamais dans aucune maison de débauche. C'est un « lieu d'où l'on ne sort que corrompu ; on y perd « souvent la santé et toujours ce charme de l'inno- « cence qui fait l'attrait des passions honnêtes avec « le bonheur de la vie.
« Veux-tu être heureux époux? Garde ta virginité a pour celle que tu veux trouver vierge : c'est alors « que le mariage est le paradis de ce monde.
« Ce conseil, mon bon ami, il n'y a que ton père « qui puisse te le donner; ce n'est que de moi que « tu peux apprendre ce grand secret de la félicité
LES BONNES MŒURS \-2'ô
« humaine. J'y attache tant d'importance que je me « mets ici à genoux devant toi, je prends tes mains, « je les arrose de mes larmes ; et, les yeux baissés « devant les tiens, je te dis, mon cher enfant, que, « depuis que tu es né, j'ai veillé nuit et jour à la c( conservation de tes mœurs. J'ai écarté de toi, avec « le plus grand soin, tout ce qui aurait pu te cor- « rompre. Aujourd'hui que la mort me presse, je te « remets à toi-même le dépôt que Dieu m'avait a confié.
« Oui, garde-toi toi-même, mon fils, ne souille a point ton corps, garde-toi pour la femme que le a ciel te destine. Si à ma prière tu te conserves « chaste, crois que j'aurai plus fait pour toi que si « je t'avais laissé d'immenses richesses. Ta vie sera « longue; ta couche nuptiale ne cessera jamais de « t'être aussi chère, aussi douce que le premier «jour; tous tes jours seront des jours de satisfac- « tion, de paix et de bonheur domestique. Ton sang « pur coulera dans les veines de tes enfants. Leur « santé sera le prix de ta sagesse, et leurs bénédic- « tiens seront une nouvelle récompense pour toi.
« Mon bon fils, tu dois donc conserver tes mœurs « pour ton bonheur, pour celui de ta femme et de