FAIRE SON TESTAMENT
« Je désire donc que, dans toute ma famille, on (( sj fasse une loi de remplir un devoir si nécessaire « pour le maintien de l'ordre et de la paix, et pour « la conservation de notre patrimoine. Je recoma mande à chacun de vous de faire son testament, (( dès le moment où il sera devenu propriétaire, et c^ de le refaire ensuite toutes les fois que sa posic( tlon exigera crïil y soit apporté des changements.
AXIV
Le pcre doit régler son héritage.
« Je voudrais plus, je voudrais que le père de face mille lit lui-même le partage de ses biens entre « ses enfants et qu'il leur fit signer cet acte de son « vivant.
(( Y aurait-il un moyen plus sûr de maintenir Fu- « nion entre eux, de prévenir les formalités de jus- « tice qui appauvrissent les familles et les discordes « qui les détruisent?
c( Oui , mes enfants, si vous adoptez cette mea sure de sagesse et de prudence, votre maison se « soutiendra toujours, et partout l'on vous citera ^ « comme modèles et comme exemple.
220 RÉGLER SON IIÉUITAGE
« D'ailleurs, peut-il y avoir un arbitre plus sûr « qu'unpère? Et qui peut, mieux que lui, concilier « ce que demandent les besoins de chacun de ses « enfants avec ce qu'exige la nécessité de soutenir « le toit paternel, ce toit que chacun de vous doit « regarder avec respect, et sous lequel il doit « conserver l'espoir et les 'niovens de trouver un « jour un asile ^ ?
c( Je dis donc :
« l*» Il est nécessaire que chacun ait toujours un (( testament fait et déposé chez son notaire; et j'en <k fais un devoir exprès à tous mes enfants.
« 2° Il serait infiniment avantageux que, lorsque « le temps est venu, le père de famille réunît ses
1. Nous soulignons ces lignes comme traduisant d'une manière parfaite le régime qui a constitué et soutenu si Jongtemps, dans notre pays, l'esprit conservateur du foyer; mais il n'est pas un mot, dans celles qui précèdent, où l'idée ne s'accentue et ne se grave, en quelque sorte d'elle-même, avec une force égale.
Il serait difficile de trouver une formule plus éloquente et plus précise des mœurs, auxquelles la Provence et le midi de la France durent, pendant tant de siècles, de faire da testament la pierre angulaire des familles. Nous prions ici nos lecteurs de se reporter aux textes et aux détails, exposés dans le livre où nous avons décrit l'histoire d'un grand nombre de foyers domestiques de toute condition.
RÉGLER SON HÉUITAGE 221
c enfants, et qu'après avoir effectué de concert avec « eux le partage de sa succession, en assignant à a chacun la portion la plus convenable, il leur fit o: signer en sa présence cet acte solennel qui assu- « rerait à jamais leur petite fortune, leur repos et a leur amitié réciproque ^.
a Si, h ma recommandation, cet usage s'établis- « sait dans ma famille, j'aurais bien mérité d'elle, « et tous mes descendants m'auraient de grandes <( obligations.
1. « Mon père, après avoir disposé de ses biens, nous fit embrasser mon frère et moy pour l'amour de Dieu et de luy, et il s'en alla content jouir de la gloire des bienheureux dans le ciel. » — Livre de raison de J.-Josepii de Garidel.
Antoine Loysel, l'illustre auteur du Dialogue des avocats et des Insti/utes coutumières, avait lait de niôme à son lit de mort, le 4 dvni 1617. — « Il relut son tcslament , raconte Eusèbe de Laurières; il le signa et le fit signer à ses enlants et à ses gendres. »
Compte-rendu de mon administration.
* Mes bons amis, nous n'avons que la jouissance ce de nos biens, nous ne pouvons en consommer que <« les fruits. Nos biens sont entre nos mains, pour « que nous travaillions sans cesse à les améliorer, € et ensuite pour que nous les transmettions après < nous à ceux qui nous suivront dans la carrière de « la \\e.
• Celui qui dissipe son patrimoine commet un vol * horrible. Il trahit la confiance de ses pères et c déshérite ses enfants. Il eût mieux valu pour lui € et pour toute sa race qu'il ne fût pas né.
« Ce vol est d'autant plus odieux que, n'étant pas c puiii par les lois, il suppose dans celui qui s'en
Zli CONSERVER SON PATRIMOINE
« rend coupable un égoïsme honteux et la lâcheté € la plus vile. Un tel homme est marqué aux yeux c( de Dieu, et pour toute la société, du sceau de a la réprobation.
c( Tremblez donc de manger le bien de vos enfants « et de couvrir votre nom d'opprobre
« Je vous l'ai enseigné : le plus sûr moyen pour « éviter ce malheur est de vivre avec économie, de « ne rien entreprendre sans y avoir réfléchi long- « tëliips, et surtout sans avoir consulté. Je ne sau- « rais trop vous recommander cette conduite ; con- « sultez, consultez souvent avant d'agir.
« Un autre moyen, encore fort utile pour bien « conduire vos affaires, est de tenir note de votre tf administration et d'en rendre compte à vos ence fants, pour constater le droit que vous avez à leur dc reconnaissance et leur laisser des exemples et « des leçons profitables.
« C'est dans cette vue, mes bons amis, que je ff vais vous rendre compte ici de la manière dont c( j'ai administré le bien de vos pères.