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L'afué des Condé était appelé Monsieur le Prince

98 LA VIE ËLÉGAffTE A PARIS.

gae; il devint le chrf de cette seconde maison, si florissante et si bdle, détruite par la bataille de Hancj.

Lorsque les duchés sortirent de la maaon royale, le baron de Montmormcy devint duc. Pour lui c'était presque descendre, car les Bouchard avaient été comtes, qnand les comtes Paient rois. Le duc d'U2ès est de la création de 1572.

Depuis, les nominations de ducs se multiplièrent avec une certaine profusion, si l'on eon- Mkte qae quelques-uns de ces titres furent créés par la volonté ou la fantaisie des amies dé nos nâs.

On raconte à propos de grandes faveurs obtenues par de petites causes, que, sans la mort inattendue du grand Dauphin (fils de Louis XIV), Tépagneul de Mme de Choin, sa maîtresse , faisait un duc et pair.

Voici l'anecdote, que je vous donne sans garantie, Unn entendu.

c Le marquis d'Huicelles, qui voulait être duc, et n'en dormait pas, se mit sous le patronage du bwrbet, ti payait d'avance aea s^rices par deux têtes de lapin rôties qu'il lui envoyait tous les jours, de la rue Neuve-des-Âugustins au Petit-Saint-Antcmie. L'ingénieuse séduction du marquis avait levé tous les obstacles, lorsque la catastro^ de Saint-Gloud

Yiot briser ses fleurons de due, en inlerronq^t cette chaîne de rapports mystérieux qui alkiifidre donner par la reconnaissance de Tépagneiil de Mme de Choin un fauteuil à la grand'chainbre^ »

Lorsque vous rencontrez dans le monde un prince âgé ou d'une haute position dans les a£Gûres publiques, vous pouvez lui dire mon prince , mais pas continuellement; il faut éviter les airs de servilité.

A un autre prince, vous rappelez seulement œ titre en lui parlant. Par exemple, au prince de Graon qui joint à l'illustration de la maiMn de Beauvau un mérite qui lui est personnel, un cœur noble et élevé, et une sûreté de sentiments et d'afiections dont j'ai la preuve é^mu quarante ans, vous dites : « Prince, » sans le fiûre précéder du mot man^ qui du reste a vieilli.

Le titre d'Excellence se donne aux ministres, aux maréchaux, aux ambassadeurs. Mais il faut savoir qu'un maréchal de France sera très-peu flatté, s'il sait son monde et apprécie les vieilles traditions, que vous l'appeliez Excellence, ou que vous lui donniez son titre nobiliaire s'il ena un. On doit dire Monsieur le maréchal, quand on parle à M. le due de Malakoff.

On disait : M. le marédial de Turenne, de

1. Voy. la collection de la Btvue de Petit, Toy. aiian JT^ inotre# de Saint-Sinum, t. IV, p. 94, éd* Haebdtt (!■-$•).

Saxe, de Luxembourg, d'Âlbret, de Feuquières, de Gréqui, etc;

Le titre de maréchal de France, après le souverain et les princes du sang , domine tout.

Ou n^allez pas dans les hautes régions, ou apprenez-en la langue, les habitudes, en un mot, l'étiquette.

Quoique je réduise dans ma pensée l'étiquette à ce qu'elle a d'utile, il ne faut pas croire qu'elle ne soit pas nécessaire dans une foule d'applications , depuis la plus simple jusqu'à la plus difficile.

Ainsi, si tous terminez votre lettre à un souverain, à un ministre , à un maréchal , à un personnage en grande dignité, par les mots : Tai Vhonneur^ etc., vous faites une faute contre l'étiquette et contre les convenances adoptées. Vous devez écrire : Je suis, etc. Mais à toutes autres personnes, excepté vos amis et vos égaux , vous faites précéder votre signature des mots : Tai V honneur, etc.

De même dans les choses délicates, où votre susceptibilité craint une humiliation, considérez toujours ce que font les plus grands personnages.

Napoléon P', que j'aime à citer, car il a été mon guide au feu, car il m'a donné à la guerre ma première épaulette , et sur le champ de bataille ma première, croix, Napoléon le Grand, qui s'entendait en fierté et en grandeur, dit un jour à lord

Hamherst qui revenait de la Chine : c Quoi ! vous avez refusé une audience de Tempereur, parce qu'il faut se prosterner? Je dirais à mon ambassadeur, moi : c Restez deux heures ventre à terre, « s'il le faut , mais réussissez. »

On ne doit pas en effet se formaliser d'une forme, d'un usage qui n'a rien d'exceptionnel ni de personnel.

Si on a l'esprit peu familiarisé avec les usages des cours ou du monde, si on a la sotte vanité de se croire plus que tout le monde, il faut renoncer aux grandes réceptions , à toutes les grandes solennités officielles, à vivre enfin avec les gens que la société a classés.

Personne, je le suppose, ne demandera pourquoi tout est ainsi réglé pour les vieilles monarchies, par un homme qui commande, qui spécifie , qui ordonne à tous les autres hommes; car je répondrais par une question : < Quels sont les hommes réunis qui n'obéissent pas à un chef? »

Si le cérémonial, les préséances, si tous les genres d'étiquette agitent vos nerfs ou troublent votre paresse, restez chez vous; si cela blesse votre orgueil, restez chez vous; si vous voulez pour vous la liberté absolue dans votre costume votre tenue, votre langage, votre sans-géne, ne fréquentez que vos amis les plus intimes.

102 LA VIE ËLË6ANTE A PAEIS.

Si Ut même tous trouvez trop de servitude, rentrez chez vous, comme le colimaçon dans sa coquille, plutôt que de vous jeter dansle demi-monde, où l'on est accommodant pour tout.

Si vous avez le caract^ misanthrope, ou quelque orgueil rmtréy comme disait le prince de Talleyrand , et que vous ayez la crainte de vous heurter contre la fraîche importance de quelques parvenus, n'hahitez que Paris, car là on est libre et perdu dans la foule; nulle part aussi vous ne trouverez cette urbanité générale qui ravit tous les étrangers, amis ou ennemis. D^ailleurs, raisonnevous et pensez, que depuis quarante ans l'homme le plus froissé, le plus blessé par les impertinences d'en haut, n'a qu'à se dire : «J'aurai de la mémoire.» En effet, tout se rend tôt ou tard... hélas! quelquefois avec usure!

Avis aux impertinents de fraîche date.

La marquise de Lambert disait à son fils : « n y a plusieurs sortes de dignités ou grandeurs : celles personnelles et celles cF institution. A celles-ci , on doit un respect extérieur ; aux autres , c'est un r«pect de sentiment. Mais il y a des âmes basses qui sont toujours prosternées devant la grandeur qui provient de VamoritéK »

i. Avis dlwnemère à son fils^ Paris, 1S08«

DE L'ËLËGANCË DAMS LE MONDE. 103

Vous verrez peut»étre dans le oonra^ votre vie bon nombre de ces exemples. Vous serez pewt^^re aussi du nombre des personnes qui seront supérieures en esprit, en mérite, en courage, à eeox qui seront alors m dignité et anxqudb Véti^pit$Uc vous £oirc»ra pourtant de rendre une sorte d*hom* mage. Faites-le sans discussion oiseuse, sans tirail** lements pénibles, et rappdez-vous qu'il y a .isie certaine dignité à ne p»s se plaindre, une espèce de salisfiauction à mettre la fortune dans son tort.

Rappdez-Yous.encoreces motsde Moie de>lfaÛH tenon à son frère d'Âubigné qui désirait de l'élévation : « Après ceux qui ont les premiàres ptecea» je ne connais rien de plus malheorrax qpe cenx qui les enviait. »

L'étiquette de la cour , je dois vous le dire, a fait des martyrs de tous les genres. Voyez où en était réduit l'orgueil d'une grande dame, tr^-bauie de sa nature. Quel asservissement! et malgré ses plaintes elle se complaît, en quelque sorte, dans un service si propre à la rebuter*.

Ânne-Marie de La Trémouille, sœur du carcUnal de La Trémouille et du duc de Noirmoutier, d'abord iemme de Talleyrand-Chalais, puis du duc de ftrao-

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