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LE VIN

Je chante un vin délectable Que je n'ai jamais goûté.

( Laxdragix)

Il vous sied bien, chansonniers mièvres, D'aligner en couplets des mots, Célébrant le vin et ses fièvres, Les joyeux glouglous des goulots.

Cette bouteille aux mille charmes, Qui vous inspire des refrains, Elle a fait verser bien des larmes.

Elle a causé bien des chagrins.

Cette bûcheuse n'a, pour vivre.

Que l'âpre labeur du lavoir, Son mari tous les soirs est ivre :

Il rentre, et les coups de pleuvoir.

Lorsqu'elle aperçoit, la pauvresse, Le bourreau, plein comme un obus, Allez donc lui chanter l'ivresse, Allez donc lui prôner Bacchus !

Au traîne-misère qui trime A l'atelier, cet abattoir, Certes, je ne fais pas un crime D'aimer un peu trop le comptoir ; Mais il en advient qu'il se grise, Buvant jusqu'à son dernier sou ; Et le bourgeois, qui le méprise, Dit que le peuple est toujours soûl.

Célèbre^ la liqueur vermeille Chantres \élés du jus divin !

Ce que contient votre bouteille Le plus souvent n'est pas du vin ; Mais bast ! c'est la foi qui vous sauve, Comme ce pauvre Calino, Qui, buvant un jour de la mauve, Vantait la saveur du Pernod.

Soulards à l'ivresse méchante, Bourgeois qui sablez tous les crus, Ce n'est pas pour vous que je chante Mes refrains parfois un peu crus.

Et je trouve qu'il est stupide De parler de jus velouté Ou de nectar pourpre et limpide A qui boit du vin frelaté.

BEBE A L'EGLISE

Entré dans Saint-François-d Assise Un matin par désœuvrement, J'aperçois une dame assise A côté d'un bambim charmant.

Elle souriait avec grâce.

Jolie à tenter un abbé.

A l'enfant parlant à voix basse. Voici ce que disait bébé :

Sur la main avec un pinceau

Un monsieur, qui n'est guère aimable,

En entrant nous a mis de l'eau.

C'est avec un machin semblable

Que le matin l'oncle Mathieu

Met du savon sur sa barbiche.

Eh ! bien, maman, il n'est pas riche,

Le petit blaireau du bon Dieu.

Il6 LA VIE EN CHANSONS

Ce monsieur qui marche là-bas, Tu dis, maman, que c'est le suisse.

Pourquoi donc montre-t-il ses bas?

On les lui voit jusqu'à la cuisse.

Qu'il est beau dans son habit bleu Sur lequel il met sa bretelle !

On dirait un polichinelle.

N'est-ce pas celui du bon Dieu ?

Assis le soir sur tes genoux,

Je dis, quand tu veux que je prie :

« O bon Saint Joseph ! tendre époux

» De la Sainte Vierge Marie ! »

Cependant, réfléchis un peu,

On dit : Le Fils de Dieu fait homme.

Alors la Sainte Vierge, en somme,

C'était la dame du bon Dieu ?

A des messieurs qui sont cachés Dans une espèce de guérite, Tu vas confesser tes péchés Avec grand'mère Marguerite, Papa disait hier : « Morbleu !

« Que la gent en robe est bavarde ! » Petite maman, prends bien garde !

Ils doivent tout dire au bon Dieu.

BEBE A L'EGLISE I 17

L'an dernier quand six mois durant

Dans son lit fut cloué grand-père.

Tu me disais tout en pleurant :

« Dieu peut nous le sauver, espère ! »

Et nous priions au coin du feu

Avec une ferveur suprême ;

Mais grand-père est mort tout de même

Il n'entend donc pas, le bon Dieu ?

Musique de Victor Leclerc.

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