LE DISTRAIT
J' n'ai fait qu' des bêtis' tout' ma vie, Aussi, j'en maudis le destin.
Je suis d'un' telle étourderie Que. coup sur coup, hier matin, J' prends un' pris' dans ma poivrière, Je m' découvr' devant mon portrait, Sur le nez, j'embrass' ma portière :
On n' peut pas être plus distrait !
A table, un monsieur chauv' me prie D'assaisonner la têt' de veau, Sur la sienn', dans ma brusquerie, J' répands 1' vinaigre et l'huil'. Tableau ! Un cri sortit d' tout' les poitrines, Mais moi. sans voir qu'il se cabrait, J' lui mis F persil dans les narines : On n' peut pas être plus distrait !
Souffrant d'un violent mal de tête,
Pour un bain d' pieds j' fais chauffer d' l'eau,
Par la même occasion j'apprête
Un bon pot au feu d'un kilo.
Et'dans la marin it', par mégarde,
J' prends mon bain d' pieds, puis, tout d'un trait
J' aval' la farin' de moutarde :
On n' peut pas être plus distrait !
J' fréquente assidûment les fêtes,
Or, récemment, visant dans 1' trou
De l'un' de ces énormes tètes
Où l'on lance un' boul' pour un sou,
Je m' disais : « Au but cett' fois j' touche. »
Mais la fémur qui t'nait l' jeu bâillait,
Vlan ! j' lui lanc' ma boul' dans la bouche :
On n' peut pas être plus distrait!
Pendant la nuit ma connaissance Me dit : « Atteins-moi donc, mon vieux, » L' vas' du Japon qui n'a qu'une anse. » Je lui passe en fermant les yeux, ?>Iais, lorsque j'ouvris ma paupière, Je vis — hélas ! tout était fait ! — Qu' je v'nais d' lui donner la soupière : On n' peut pas être plus distrait !