‹ La vie en chemin de ferChapitre 8 sur 8 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Ces messieurs, comme Napoléon appelait les membres de l'Institut, ne comprirent rien ou ne voulurent rien comprendre à l'invention de Fulton qualifiée par eux d'idée folle, d'absurde, d'erreur grossière. Ce trait d'aveuglement systématique est certes la plus éclatante critique de la science officielle. Repoussé par l'Institut, Robert Fulton, toujours encouragé par Livingston, retourna aux

États-Unis, où il obtint la prolongation du brevet de son protecteur. Il construisit à New-York, en 4807, un bateau cà vapeur pourvu de la machine de Watt, qui avait été expédiée d'Angleterre, et cette même année, il accomplit heureusement une navigation de 240 kilomètres, de New-York à Albany, avec deux Français, les seuls qui eussent osé l'accompagner dans ce périlleux voyage maritime à la vapeur.

Fulton, de retour à New-York, pria un de ses compagnons de voyage d'annoncer le succès complet de son entreprise à Carnot qui, contre l'avis du ministre de la marine Decrès, l'avait encouragé en lui disant :

« Si j'avais encore l'honneur d'être ministre de la guerre, je n'hésiterais pas un instant à vous donner les moyens de faire cet essai, dont l'entière réussite est indubitable, car je comprends tous les moyens d'action, et j'en entrevois les immenses résultats pour l'avenir. »

Ainsi, par l'opposition aveugle d'un ministre de la marine et des membres de l'Institut, la France

perdait l'honneur et l'avantage de donner naissance à la navigation k vapeur; elle repoussait Fulton comme elle avait neutralisé et découragé Cugnot, de sorte qu'elle laissa réaliser deux des plus belles inventions modernes : la navigation et la locomotion à vapeur, par l'Amérique et l'Angleterre.

Il semble vraiment que notre pays se cantonne systématiquement dans la routine, le préjugé, l'antiquaille, dans le dédain de toute innovation. Toutes les fois qu'vuie grande idée industrielle est conçue chez lui, c'est à l'étranger qu'elle est obhgée de chercher un refuge et de demander des lettres de naturalisation. Pour les Prométhées de l'innovation, nous n'avons que le rocher et les vautours !

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