Diogéne Laërce, VIÎ
futur fondateur du Portique s'assit chez un libraire occupé par hasard à donner lecture du second livre des Mémorables devant un cercle plus ou moins nombreux. Charmé de ce qu'il venait d'entendre, le jeune étranger s'enquit où il pourrail faire la connaissance d'un semblable maître de sagesse. Gratès le]cynique vint précisément à passer. « Voilà celui que tu cherches », dit le libraire, et dès ce moment la vocation de Zenon fut irrévocablement décidée. On raconte de même * qu'Epicure fut gagné à la philosophie pour avoir lu par hasard les écrits de Démocrite, comme chez nous Malebranche pour avoir ouvert un traité de Descartes.
Un fait cependant est de nature à nous éclairer sur le peu de services que cette industrie a rendu à la science. Quatre siècles après Platon, Cicéron, si avide de littérature, si prodigue quand il s'agit d'enrichir sa bibliothèque, en est réduit à demander à ses amis de lui prêter tel ou tel livre même très connu : c'est ainsi qu'il s'adresse à LucuUus pour consulter les ouvrages d'Aristote et de Varron, ou qu'il prie Atlicus de demander pour lui à Philoxène le traité de Panétins Sur la Providence *.
Au terme de ces considérations préliminaires, quelques mots nous suffiront pour les résumer. Jusqu'au commencement du iv® siècle, l'écrivain ne dispose d'aucune publicité régulière : il garde entre ses mains son œuvre, sauf à mettre à profit pour la faire connattre, tantôt les circonstances, comme l'historien ou le poète, tantôt, comme le philosophe, ses relations personnelles avec ses disciples. Rien qui ressemble à un éditeur, je veux dire à un intermédiaire attitré entre l'auteur et le public.